‹ Œuvres choisiesChapitre 240 sur 454 · SCÈNE I.— CLÉMENTINE, ALIX · texte numérisé non relu

SCÈNE I.— CLÉMENTINE, ALIX

(L'ouverture exprime les mouvements, le bruit, les morceaux de musique qui peuvent accompagner une marche de captifs, et dans un instant indiqué de l'ouverture.)

AUX. — Venez, mademoiselle; nous les verrons beaucoup mieux passer, en regardant par cette fenêtre. {L'ouverture continue.)

DUO

ALIX. CLÉMENTINE

Ah ! c'est lui , c'est lui , c'est lui ,

Oui, c'est lui-même en personne. Hé '.qui donc?qui donc, ma bonne?

Ah! c'est lui, c'est lui, c'est lui; Ma bonne, dites-moi qui.

Votre surprise m'étonne.

Voilà mon rêve accompli. Ma bonne, dites-moi qui.

De qui dites-vous : C'est lui?

D'aussi loin que je le vois, A peine je l'aperçois.

Je saisis sa ressemblance : De qui donc la ressemblance?

C'est lui , c'est mon cher Laurence. Quel est donc ce cher Laurence ? Ah ! je suis dans une transe !

Voyez comme mon cœur bat. Ah! c'est vrai, votre cœur bat:

C'est lui, c'est mon cher Laurence Oui, c'est vrai, votre cœur bat

Il est dans un triste état. De qui donc la ressemblance?

90 LE MAGNIFIQUE

ALIX. CLÉMENTINR.

Ah! c'est lui, c'est lui, cest lui Ma bonne, dites-moi qui. Voilà mon rêve accompli. S'il vous plaît , dites-moi qui.

(Pendant la ritournelle, Alix retourne à la fenêtre.)

ALIX. — Ils sont passés , ils sont passés.... Ah, quel bonheur! ah, quel bonheur! Aurois-je jamais pensé i... aurois-je jamais cru...l

CLÉMENTINE. — Je VOUS en prie, dites-moi donc ce que c'est.

ALIX. — Il m'avoit défendu de vous en parler.

CLÉMENTINE. — Qui donc?

ALIX. — Votre bon ami, votre tuteur, le seigneur Aldobrandin.

CLÉMENTINE. — Et de quoi ?

ALIX. — De tout ceci.

CLÉMENTINE. — Mais je ne sais pas ce que vous voulez dire

ALIX. — Oui, oui, c'est lui, j'en suis sûre, j'en suis sûre. Ah! laissez-moi reprendre mes sens; ah! je ne peux plus me soutenir. (Elle s'assied.)

CLÉMENTINE. — Ma bonne , voulez-vous quelque chose? j'irai le chercher.

ALIX. — Non, non ; écoutez, écoutez-moi : vous ne savez pas, ma chère Clémentine, vous êtes un enfant, vous ne savez pas toute la tendresse qu'on peut avoir pour un mari qu'on a perdu; vous l'apprendrez, vous ne serez pas toujours insensible. Ah, quelle joie! ah, quelle joie ! lorsqu'après neuf ans, lorsqu'après neuf ans d'absence.... Oui, c'est lui, j'en suis sûre.

CLÉMENTINE. — Hé mais 1 dites-moi donc, dites-moi donc, ma bonne, racontez-moi toute cette histoire.

ALIX. — Hélas! si votre père.... Hé mais! que sait-on? votre père est peut-être avec lui, peut-être n'est-il pas mort : mais non, ils seroient ensemble ; et la nouvelle de sa mort fut trop certifiée par votre bon ami.

CLÉMENTINE. — Votre mari...! mon père...! sa mort! mon bon ami! Mais je ne sais rien de tout cela.

ALIX. — Je le crois bien, on ne vous en a jamais parlé; mais écoutezmoi. Quand votre père s'est marié, ah! je n'ai jamais vu une plus belle noce, c'est alors que j'ai connu mon mari : quelques années ensuite, votre mère mourut; alors votre père fut forcé de partir pour aller recueillir une succession. Il s'embarque : ah, malheureux jour I je m'en doutois; il s'embarque avec mon mari, qui étoit son domestique; ils comptoient tous les deux n'être que six semaines à leur voyage (comme je les ai pleures!) : on apprit que leur vaisseau étoit péri avec tout l'équipage, d'autres dirent qu'il avoit été pris par des corsaires; il faut bien que cela soit, car c'est mon mari qui vient de passer, c'est mon mari, j'«n suis sûre; il a levé les yeux comme cela à notre fenêtre en passt.-<; ',i a mis la main sur son cœur, et puis il a soupiré.

CLÉMENTINE. — Ma bonne, il faut s'en informer.

ALIX. — Je n'en dirai rien, je n'en veux rien dire au seigneur Aldo- \)randin. Je veux le surprendre.

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