ACTE I, SCÈNE I
CLÉMENTINE.— Et pourquoi après la mort de mon père sommes-nou3 venues demeurer avec lui ?
ALIX. — Non, c'est le seigneur AldoLran'Hn qui est venu demeurer avec nous, lui et sa femme, qui est morte sussi : votre père, en partant, nous avoit recommandées à eux. Hélas I c'est un si bon seigneur, si riche, si humain! Quoique vous n'ayez rien que ce que vous tenez (le sa bonté, il vous a donné de l'éducation, des maîtres; il vous habille superbement, il va môme jusqu'à vouloir vous épouser.
CLÉMENTINE. — Pourquoi si jeune? je n'ai pas encore joui de mes premières années.
ALIX. — Mais, mais convenez donc avec moi qu'on doit bien bénir le Magnifique, si c'est lui qui a racheté mon mari.
CLÉMENTINE. — Comment? que dites-vous du Magnifique?
ALIX. — Ah! vous ne savez pas (aussi votre bon ami ne veut pas qu'on vous parle de rien), ce seigneur florentin qui demeure de l'autre côté de la place, celui que tout le monde appelle le Magnifique, qui depuis quelque temps donne des sérénades les soirs; tenez, celui qui hier à l'église étoit à quelques pas de voue , l'avez-vous remarqué ?
CLÉMENTINE. —Je crois que oui.
ALIX. — Hé bien 1 le Magnifique a donné une somme d'argent pour racheter des esclaves, et ce sont eux qui viennent de passer avec ce cortège, avec ces trompettes, avec ces tambours, et toute cette musique; et mon mari étoit avec eux! et mon mari étoit avec eux! et mon mari étoit avec eux 1
CLÉMENTINE. — Et c'est le Magnifique qui a payé tout cela?
ALIX. — Oui : il paye aujourd'hui de son argent le prix de la course des chevaux; toute la ville est en réjouissance; mais nous, nous ne voyons rien.
CLÉMENTINE. — Et c'est lui qui fait toute cette dépense?
ALIX. — Oui.
CLÉMENTINE. — Qu'il est heureux de faire du bien !
ALIX. — Je vais trouver votre bon ami , je vais lui demander de me permettre de sortir.
CLÉMENTINE. — Et s'il VOUS refusc ?
ALIX. — Ohl j'irai toujours; je ne peux, je ne peux rester en place.