ACTE II, SCÈNE I
MARCOU
Écoute, ici tu peux l'entendre.
AUCASSIN.
Quoi! jamais je ne te verrai!
MARCOU
Il me fait peine avec tous ses regrets.
BREDAU.
Et moi de même , et je ne suis pas tendre.
MARCOU
Mais que vois-je là-bas?
BREDAU.
Dis bien plutôt là-haut.
MARCOU
Ah ! c'est quelqu'un qui va faire le saut.
BREDAU.
C'est une femme.
MARCOU
Je parie Que c'est elle à l'instant qui fait cette folie, Que Nicolette cherche à pouvoir s'échapper.
BREDAU.
Elle descend.
MARCOU
J'y cours.
BREDAU.
Non, non, laisse-la faire, Tu l'arrêteras mieux, oui, beaucoup mieux à terre, Et tu pourras toujours bien l'attraper.
MARCOU
Oui, mais si les gardes,...
BREDAU.
Qu'est-ce que tu hasardes?
Tu pourras toujours l'attraper.
AUCASSIN.
Elle ne sait pas ma détresse, Et doutera de ma tendresse !
MARCOU ET BREDAU.
Ah, grands dieux! quelle hardiesse!
Elle mérite bien le cœur de son amant. Ils sont faits l'un pour l'autre, et j'en ferois serment.
SCÈNE II. — AUCASSIN, qu'on ne voit pas, NICOLETTE, les DEUX GARDES, cachés , mais vus des spectateurs.
Ah, grand Dieu! je vous remercie.
C'est à vous, ô ciel! que je dois D'échapper au danger qui menaçoit ma vie
=298 AUCASSIN ET NICOLETTE.
Mais, où fuir? où courir? Hélas! c'est fuit fie m : De quel côt6?
AUCASSIN.
Nicolette ?
NICOLETTE
Qu'entends-je?
Aucassin!
AUCASSIN.
Nicolette, est-ce toi?
NICOLETTE
Oui , c'est moi, 0 ciel! par quel bonheur étrange Me trouvé-je si près de toi?
AUCASSIN.
Eh! comment se peut-il, comment est-il croyalilc
Qu'au milieu de mon désespoir....
Mais attends, j'entrevois un moyen secourable Oui va me procurer le bonheur de te voir.
NICOLETTE
Mon ami....
AUCASSIN.
Chère amie, eh! comment se peut- il, A celte heure, en ces lieux, que tu sois parvenue'*
NICOLETTE
Je viens de courir un péiil Dont je suis encor tout émue; On ra'avoit enfermée en l'une de ces tours : Ton père, m'a-t-on dit, devoit m'ôter la vie. Pour conserver mes tristes jours, De mes draps attachés ensemble J'ai fait un lien assez fort, Afin de me sauver et d'éviter la mort. Et pour comble de bien le hasard nous rassemble. Je t'entends, je te vois!
AUCASSIN.
Où vas-tu?
NICOLETTE
Je ne sais:
De tous côtés mes pas sont menacés.
Et si je ne peux fuir, peut-être dans une heure, A ton père amenée, il voudra que je meure.
AUCASSIN.
Barbare! ah! je mourrois aussi.
NICOLETTE
Mon Aucassin, mon doux ami, Ote-moi de ton cœur, obéis à ton père; Sols heureux.
AUCASSIN.
Si l'ardeur de nos tendres amours