SCÈNE I. — BLONDEL, ANTONIO
BLONDEL. — Antonio, qu'est-ce que j'entends? j'entends, je crois, chanter.
ANTONIO. — Ce n'est liou, c'est tout le hameau qui s'en retourne ;hez lui après l'ouvrage des champs; le soleil est couché.
BLONDEL. — Où suis-je ici, mon petit ami?
ANTONIO. — Vous n'êtes pas loin d'un château où il y a des tours des créneaux; je vois tout en haut un soldat qui fait faction avec son arbalète.
BLONDEL. — Je suis bien las.
ANTONIO. — Tenez, asseyez-vous sur cette pierre; c'est un banc...
BLONDEL. — Ah ! je te remercie.
ANTONIO. — C'est un banc qui est vis-à-vis la porte d'une maison qui paroît être une ferme : c'est comme une maison de gentilhomme.
BLONDEL. — Hé bien, mon ami , va t'informer si on peut m'y donner à coucher pour cette nuit.
ANTONIO. — Je vous retrouverai là?
BLONDEL. — Ah! je n'ai pas envie d'en sortir; quanrl on ne voit pas, on est bien forcé de rester où on nous dit d'attendre; ne manque pas de revenir.
ANTONIO. — Oii! non, car vous m'avez bien payé; mais, père Blondel, j'ai quelque chose à vous dire.
BLONDEL. — Quoi?
ANTONIO. — Ah ! c'est que....
BLONDEL. — Dis, mon fils, dis : qu'est-ce que r'oi"'
ANTONIO. — C'est que je suis bien fâché ; je ne pourrai pas vous conduire demain.
BLONDEL. — Hé! pourquoi donc?
ANTONIO. — C'est que je suis de noce; mon grand-père et ma grand'mère se remarient, et mon petit-fils qui est leur frère....
BLONDEL. — Ton pctit-fils! tu as un petit-fils?
ANTONIO. — Oui, leur petit-fils, qui est mon frère, se marie, aussi le m.Tme jour de leur remariage, à une fille de ce canton.
BLONDEL. — Hé, dis-moi, elle ne demeurer lit pas dans ce château que tu dis, où il y a un soldat qui a une arbalète?
ANTONIO. — Non, non.
BLONDEL. — Mais, mou ami, demain, comment ferai-je pour me conduire?
ANTONIO. — Ah! je vous donnerai un de mes camarades, il est un peu volage; mais je vous ferai venir à la noce, et vous y jouerez du violon : ah! ne vous eçnbarrassez pas.
BLONDEL. — Tu aimcs donc bien à danser?
ANTONIO
La danse n'est pas ce que j'aime, Mais c'est la fille à Nicolas; '
Lorsque je la tiens par le bras, Alors mon plaisir est extrême, Je la presse contre moi-même; Et puis nous nous parlons tout bas :
Que je vous plains! vous ne la verrez pas.
BLONDEL. — C'est vraï, mon fils, je suis bien à plaindre.
ANTONIO
" , Elle a quinze ans, moi j'en ai seize,
Ahl si la mère Nicolas N'étoit pas toujours sur nos pas :
■ Hé bien, quoique cela déplaise,
Auprès d'elle je suis bien aise ; Et puis nous nous parlons tout bas :
Que je vous plains! vous ne la verrez pas.
BLONDEL. — Continue, je crois la voir.
ANTONIO, — Vous la voyez? ah! vous êtes aveugle. BLONDEL. — Va, mon fils, va toujours voir si je pourrai trouver dû passer cette nuit