‹ Œuvres choisiesChapitre 393 sur 454 · SCÈNE V. — WILLIAMS, BLONDEL, ANTONIO · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — WILLIAMS, BLONDEL, ANTONIO

ANTONIO. — Oui, c'est moi, père Blondel.

BLONDEL. — Tu as été bien longtemps.

ANTONIO. — Ah! c'est que je l'ai trouvée, et je lui ai dit un petit mot.

BLONDEL. — Tiens, lis la lettre de ce monsieur que voilà, et lis bien haut, et distinctement; lis, lis, mon petit ami.

ANTONIO. — oc Belle Laurette.... »

WILLIAMS. — Belle Laurette I voilà comme ils leur font tourner la tête.

ANTONIO. — a Belle Laurette, mon cœur ne peut se contenir de la joie qu'il ressent par l'assurance que vous me donnez de m'aimer toujours. »

WILLIAMS. — Ah, fille indigne! elle l'aime.

BLONDEL. — Laissez, laissez; continue.

ANTONIO. — « Si le prisonnier que je ne peux quitter.... »

WILLIAMS. — Tant mieux.

BLONDEL , à part. — Ce prisonnier !

ANTONIO. — « Si le prisonnier, que je ne peux quitter, me permettoit de sortir pendant le jour, j'irois me jeter.... »

WILLIAMS. — Fût-ce dans les fossés de ton château !

BLONDEL, à part. — Qu'il ne peut quitter; (haut) lis toujours.

ANTONIO. — '< J'irois me jeter à vos pieds; mais si cette nuit.... » L y a des mots efTacés.

BLONDEL. — Ensuite?

ANTONIO. — « Faites-moi dire par quelqu'un à quelle heure je pourrois VOUS parler. Votre tendre, fidèle amant, et constant chevalier, Floreslan. »

WILLIAMS. — Ah, damnation! goddam!

BLONDEL. — Goddam! est-ce que vous êtes Anglais?

WILLIAMS. — Ah! oui, je le suis.

BLONDEL. —Vigoureuse nation! eh! comment est-il possible que, né un brave Anglais, vous soyez venu vous établir dans le fond de l'Allemagne, et dans un pays aussi sauvage qu'on m'a dit qu'il étoit?

WILLIAMS. — Ah! c'est trop long à vous raconter. Est-ce que nous dépendons de nous? Il ne faut qu'une circonstance pour nous envoyer bien loin.

BLONDEL. — Vous avez raison; car moi je suis de l'Ile-de-France, et me voilà ici : et de quelle province d'Angleterre êtes-vous?

WILLIAMS. — Du pays de Galles.

BLONBEL. — Vous êtes du pays de Galles! Ah! si j'avois la jouissance de mes yeux, que j'aurois de plaisir à vous voir! Et comment avezvous quitté ce beau pays ?

WILLIAMS. — J'ai été à la croisade, à la Palestine.

BLONDEL. — A la Palestine 1 et moi aussi.

WILLIAMS. — Avec notre roi Richard.

BLONDEL. — Avec votrc roi ! et moi de même.

WILLIAMS.— Quand je suis revenu dans mon pays, n'ai-je pas trouvé mon père mort!

BLONDEL. — Il étoit peut-être bien vieux?

WILLIAMS. — Ah! ce n'est pas de vieillesse : il avoit été tué par un gentilhomme des environs, pour un lapin qu'il avoit tiré sur ses terres. J'apprends cela en arrivant, je cours trouver ce gentilhomme, et j'ai vengé la mort de mon père par la sienne.

BLONDEL. — Ainsi voilà deux hommes tués pour un lapin.

WILLIAMS. — Cela n'est que trop vrai.

BLONDEL. — Enfin vous vous êtes enfui?

WILLIAMS. — Oui, avec ma fille, et ma femme, qui est morte depuis; et me voilà. La justice a mangé mon château et mon fief, et je n'ai plus rien là-bas, qu'une sentence de mort; mais ici je ne les crains pas.

BLONDEL. — Je vous demande bien pardon do toutes mes questions.

WILLIAMS. — Ahl il ne me déplaît pas de parler de tout cela.

BLONDEL. — Et à la croisade, vous avez donc connu le brave roi Richard, ce héros, ce grand homme?

WILLIAMS. — Oui, puis(iue j'ai servi sous lui.

BLONDEL. — Et sans doute vous avez...?

WILLIAMS. — Mais j'ai affaire, et je crois que voilà cette voyageuse qui va arriver.

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