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ACTE I, SCÈNE VI

SCÈNE VI. — BLONDEL, LAURETTE, ANTONIO. (Antonio, prndant cette scène, tire dxi pain d'un biasac, et va le manger un peu loin.)

LAURETTE. — Ail, bonhomme ! je vous en prie, dites-moi ce que vous a dit mon père,

BLONDEL. — C'est vous qul êtes la belle Laurette?

LAURETTE. — Oui , monsieuT.

BLONDEL. — Votre père est irrité; il sait ce que contient la lettre du chevalier Florestan,

LAURETTE. — Oui, Florestan, c'est son nom. Est-ce qu'on a lu la lettre à mon père?

BLONDEL. — Non, pas moi, je suis aveugle, mais c'est mon petit conducteur.

ANTONIO. — Oui, c'est moi : mais, est-ce que vous ne me l'aviez pas dit, de la lire?

LAURETTE. — On auroit bien dû ne le pas faire.

BLONDEL. — Il i'auroit fait lire par un autre.

LAURETTE. — C'est vrai. Et que disoit la lettre?

BLONDEL. — Que sans le prisonnier qu'il garde.,.. Et qu'est-ce que c'est que ce prisonnier?

LAURETTE. — On ne dit pas ce qu'il est.

BLONDEL. — Que sans le prisonnier qu'il garde, il viendroit se jeter à vos pieds.

LAURETTE. — Pauvre chevalier !

BLONDEL. — Mais que cette nuit....

LAURETTE

Cette nuit? Ah, la nuit!

(Elle soupire.) Je crains de lui parler la nuit, J'écoute trop tout ce qu'il dit.

Il me dit : « Je vous aime, » et je sens malgré moi , Je sens mon cœur qui bat, et je ne sais pourquoi : Puis il prend ma main, il la presse

Avec tant de tendresse, Que je ne sais plus où j'en suis; Je veux le fuir, mais je ne puis.

Ah ! pourquoi lui parler la nuit? etc

BLONDEL. — Vous l'aimez donc bien , belle Laurette !

LAURETTE. — Ah, mon Dieu, oui, je l'aime bien!

BLONDEL. — En vérité, votre aveu est si naïf que je ne peux m'empêcher de vous donner un conseil.

1 AURETTE. — Dites, dites. Je ne sais fci à qui me confier; mais votre nir, votre âge.... et puis vous ne pouvez me voir.... tout cela me donne la hardiesse de vous parler, et me fait, je crois, moins rougir.

BLONDEL. — Hé bien, belle Laurette....

LAURETTE. — Mais, qui vous a dit que j'étois belle?

BLONDEL.— Hélas! pour moi, pauvre aveugle, la beauté d'une femme •Ast dans le charme, dans la douceur de sa voix.

LAURETTE. — Hé bien?

BLONDEL.— Je vous dirai donc que, lorsque ces chevaliers, ces gens de haute condition, s'adressent à une jeune personne, d'un état inférieur, moins touchés souvent de la beauté, de la noblesse de son âme que de celle de leur extraction....

LAURETTE. — Hé bien?

BLONDEL.— Ils ne se font quelquefois aucun scrupule de la tromper

LAURETTE. — Mais ma noblesse est égaie à la sienne.

BLONDEL. — Le sait-il?

LAURETTE. — Saus doute. Quoique mon p^re ait peu d'aisance, nous avons toujours vécu noblement; et si je ne craignois sa vivacité, vivacité qui heureusement l'a forcé de s'établir dans ce pays-ci, je lui aurois confié les intentions du chevalier.

BLONDEL. — C'est lui qui est le gouverneur de ce château?

LAURETTE. — Oui.

BLONDEL. — Et tout en attendant cette confiance en votre père, vous le recevrez cette nuit : cette nuit! Ce chevalier que vous aimez, vous lui parlerez cette nuit! Écoutez-moi, ceci n'est qu'une chansonnette.

Un bandeau couvre les yeux Du Dieu qui rend amoureux; Cela nous apprend, sans doute, Que ce petit Dieu badin N'est jamais, jamais plus malin Que quand il n'y voit goutte.

LAURETTE

Ah! redites-moi, s'il vous plaît.

Ce joli couplet; Ah! je ne dois pas l'oublier, Je veux l'apprendre au chevalier.

BLONDEL

, Très-volontiers.

(Ils reprennent ensemble.) Un bandeau, etc.

LAURETTE. — Ah! voici je ne sais combien de personnes qui arrivent; des chevaux, des chariots. C'est sans doute cette dame qui descend ici : j'y cours.

BLONDEL. — Ecoutez donc, belle Laurette, j'ai quelque chose h. vous dire.

^..iURETTE. — De lui?

ILONDEL. — Non.

LAURETTE. — Dites douc vite.

BLONDEL. — Pourrai -je passer celte nuit-ci seulement dans votre maison?

LAURETTE. — NoD , cek no se peut pas. Mon père, à la prière d'un ancien ami, a cédé, pour cette nuit seulement, la maison tout entière

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