SCÈNE II. — RICHARD, sur la terrasse
Ah, grand Dieu, quel funeste coup du sort! Couvert de laurier, cueillis dans la Palestine, au milieu de ma gloire, dans la vigueur do l'âge, être obscurément confiné, comme le dernier des hommes, dan? le foad d'une prison! (Il se lève.)
Si l'univers entier m'oublie, S'il faut passer ici ma vie, Que sert ma gloire, ma valeur?
Cil regarde un portrait de Marguerite.) Douce image de mon amie.
Viens calmer, consoler mon cœur.
Un instant suspends ma douleur.
0 souvenir de ma puissance!
Crois-tu ranimer ma constance?
Non, tu redoubles mon malheur :
0 mort! viens terminer ma peine!
0 mort! viens, viens briser ma chaîne!
L'espérance a fui de mon cœur.
SCËNE III.— RICHARD, BLONDEL, ANTO.NIO. {Tlichard est le coude appuyé sur unr saillie de pierre, et paroil ahimé dans le plus profond chagrin : sa tôle est en partie cachée par sa main.)
BLONDEL. — Petit garçon, arrêtons-nous ici : j'aime à respirer cet air frais et pur qui annonce et accompagne le lever de l'aurore. Où suis-je à présent?
ANTONIO. — Près du parapet de cette forteresse, où vous m'avez dit de vous mener.
BLONDEL. — C'est bien. {Comme il semble tdter ce parapet pour monter dessus.)
ANTONIO. — Ah! ne montez pas dessus ce parapet, vous tomberiez dans un grand fossé plein d'eau, et vous vous noieriez.
BLONDEL. — Ah ! je n'en ai pas d'envie. Tiens, mon fils, voilà de l'argent, va nous chercher quelque chose pour déjeuner.
ANTONIO. — Ah! vous me donnez trop.
BLONDEL. — Le reste sera pour toi.
ANTONIO. — En vous remerciant. {Il part.)
BLONDEL. — Quand tu seras revenu, nous irons promener. Sans doute que les campagnes sont aussi be'les que je les ai vues autrefois. Au défaut de mes yeux, je me plais à l'imaginer. Tu ne réponds pas. Ah! est-il parti?
SCÈNE IV. — RICHARD, sur sa terrasse; BLONDEL monte et s'arrange sur le parapet.
BiCHARD. — Une année ! une année entière se passe, sans que je reçoive aucune consolation, et je ne prévois aucun terme au malheur qui m'accable 1
BLOXDEL. — S'il est ici, le calme du matin, le silence qui règne dans ces lieux laissera sans doute pénétrer ma voix jusqu'au fond de sa retraite. Eh! s'il e.st ici, peut-il n'être pas frappé d'une romance qu'autrefois l'amour lui a inspirée? Auteur, amoureux et malheureux : que de raisons pour s'en souvenir!
RICHARD. — Trône, grandeurs, souveraine puissance! vous ne pouvez donc rien contre une telle infortune! Et Marguerite, Marguerite! (Pendant ce couplet, Blondel paraît accorder son violon presque en sourdine, afin de faire sentir qu'il est très-loin ; il commence à jouer lors du mot, Marguerite.) Quels sons! ô ciel! est-il possible qu'un air que j'ai fait pour elle ait passé jusqu'ici? EooHtons. (Lorsque Blondel commence à chanter.) Ciel! quels accents...! quelle voix!
BLONDEL
Une fièvre brûlante, Un jour me terrassoit,
RICHARD. — Je connois cette voix-là.
BLONDEL
Et de mon corps chassoit