‹ Œuvres choisiesChapitre 4 sur 454 · IV NOTICE SUR SÉDAINE · texte numérisé non relu

IV NOTICE SUR SÉDAINE

panser à M. Sédaine et à sa pièce avec indifférence, et j'ai éprouvé que l'attache qu'on met à son succès peut aller jusqu'à troubler le sommeil.... Mais j'aime mieux laisser parler M. Diderot. Je lui écrivis le lendemain de la première représentation. J'avais à rûparer avec lui. Il avait vu la pièce plus de huit mois auparavant, il m'en avait parlé avec enthousiasme, je m'étais un peu moqué de lui : non que je n'eusse hoiine opinion des talents de M. Sédaine, mais je connaissais encore mieux la facilité de mon philosophe de créer de très-belles choses, et de croire en.suite de la meilleure foi du monde les avoir vues dans l'ouvrage qu'on lui a montré. Voici la réponse qu'il fit à ma lettre :

a Si je savais, mon ami, où trouver Sédaine, j'y courrais pour lui a lire votre lettre et vos observations.... Mais une chose dont vous ne a me parlez pas et qui est pour moi le mérite incroyable de la pièce, a ce qui me fait tomber les bras, me décourage, me dispense d'écrire tt de ma vie, et m'excusera solidement au jugement dernier, c'est ce Wa naturel sans aucun apprêt, c'est l'éloquence la plus vigoureuse, sans ^« l'ombre d'effort ni de rhétorique. Oui, mon ami, oui, voilà le vrai a goût, voilà la vérité domestique, voilà la chambre, voilà les actions a et les propos des honnêtes gens, voilà la comédie. Ou cela est faux, « ou cela est vrai. Si cela est faux, cela est détestable; si cela est a vrai, combien il y a sur nos théâtres de choses détestables, et qui a passent pour sublimes ! J'étais à côté de Cochin, et je lui disais : Il « faut que je sois un honnête homme, car je sens vivement tout le mé- « rite de cet ouvrage. »

tt On assure que Sédaine ayant lu son manuscrit à Diderot, le philosophe se jeta à son cou quand il eut fini, en lui disant : « Oui, man a ami, si tu n'étais pas si vieux, je te donnerais ma fille, -n

Ces extraits donnent une idée de la pièce, de l'enthousiasme qu'elle excita, et de la passion avec laquelle les hommes de lettres de cette époque aimaient leur art.

En publiant les œuvres de Sédaine, nous avons dû faire un choix. Il a Iwaucoup écrit, et ses opéras-comiques, destinés à être chantés, perdent beaucoup à la lecture. Nous n'avons donné que ses chefsd'œuvre, et des poëmes qui, comme le Déserteur et Richard Cœur de [Aon, doivent laur immortalité à la musique de Monsigny et de Grétry. Un auteur n'a pas la permission de vanter son œuvre; un éditeur est plus heureux, et en of^ant au public, en un seul volume, les œuvres choisies de Sédaine, nous avons le droit de dire que nous lui faisons un charmant cadeau.

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