‹ Œuvres choisiesChapitre 3 sur 454 · NOTICE SUR SEDAINE. III · texte numérisé non relu

NOTICE SUR SEDAINE. III

nondance littéraire de Grimm , qui a la gloire d'être d'accord avec la ' "ûstérité dans la plupart de ses appréciations :

« M. Sédaine, qui exerce ici le métier de maître maçon ou d'archiecte subalterne, est d'ailleurs connu par un recueil de poésies qu'il a ionné, il y a plusieurs années, et qui a fait dans le temps une espèce de fortune. Ce poète a du naturel et des saillies. Il a fait, ce carnaval, un opéra-comique intitulé Biaise le Savetier, qui a été mis en musique par M. Philidor, fameux joueur d'échecs. Cette musique est monotone, parce qu'elle manque d'idées. Ce n'est pourtant pas la faute du poète, qui a fourni à son musicien des situations très-plaisantes. M. Philidor a, je crois, plus de génie aux échecs qu'en musique. Quand on louait, l'année dernière, la belle campagne que M. le prince P'erdinand de Brunswick avait faite en deçà du Rhin, Philidor disait : « Il est vrai..., o je lui donne la tour. »

' Grimm parle avec plus d'éloges d'une pièce imitée de l'anglais de Dodsley, et que Monsigny avait mise en musique, sous ce titre : le Roi et le Fermier. «■ Voilà, dit-il, plusieurs jolies pièces que M. Sédaine nous donne. Si jamais un poète italien, ayant de la simplicité et de la facilité s'avise de les traduire, afin de mettre les Galuppi et les Piccini à portée d'en faire la musique, ces pièces feront le charme et les délices de toute l'Europe. »

Lorsque la Comédie -Française se disposait à jouer le Philosophe sans le savoir, le censeur, nommé Marin, retint la pièce sous prétexte d'immoralité, parce que le Philosophe permet à son fils, qui a [ reçu un soufflet, d'aller se battre. L'auteur et les comédiens réclamèrent, comme de raison. La police résolut de faire une expérience. Une commission du Châtelet (c'est comme qui dirait aujourd'hui le tribunal de première instance ) se transporta à la Comédie-Française pour assister à une répétition. « La commission, dit Grimm, était composée de M. de Sartines, lieutenant général de police, de M. du Lys, lieutenant criminel, et du procureur du roi. Le poète très-sagement avait prié ces magistrats de vouloir bien mettre leurs femmes de la commission, a Mais elles n'entendent rien à la partie de la législation, a dit a M. de Sartines. — N'importe, a dit M. Sédaine, elles jugeront le « reste. » M. Sédaine a de l'esprit; sans cette précaution, nous n'aurions peut-être jamais eu la satisfaction de voir sa pièce. Mme de Sartines est fort aimable, Mme la lieutenante criminelle a de fort beaux yeux, sans compter un naturel charmant. Les beaux yeux de ces dames ont fondu en larmes pendant toute la répétition. La sévérité des magistrats n'a pu tenir contre de beaux yeux en larmes....

a Je ne me souviens pas d'avoir jamais eu au spectacle une émotion plus délicieuse que celle que j'éprouvai à la première représentation ' de cette charmante pièce. Mon seul regret était de ne la pas voir recommencer tout de suite. Quoique je ne connusse l'auteur pas même de vue, je me sentis tout à coup embrasé pour lui de l'amitié la plus vive et la plus tendre. Je l'ai vu depuis; son air simple, serein et tranquille n'est pas propre à diminuer l'intérêt qu'inspire son ouvrage. Je pense que tout homme qui a le goilt du vrai et de l'honnête, ne peut

Page 1