ACTE II, SCÈNE VI
FLORESTAN. — Hé bien! parle.
BLONDEL. — Êtes-vous seul?
FLORESTAN. — Oui. Retirez-vous, vous autres. {Les soldats se retirent dans le fond.)
BI.ONDEL. — Monsieur, c'est que la belle Laurette....
KLOHESTAN. — Parle bas.
BLON'DEL. — C'est quB la belle Laurette m'a lu la lettre que vous lui avez écrite, afin que vous vissiez que je suis envoyé par elle; or, vous y dites que vous vous jetez à ses pieds, et vous lui demandez un rendez-vous pour cette nuit.
FLORESTAN. — Hé bien, mon ami?
BLONDEL. — Hé bien, monsieur 1 elle m'a dit de vous dire que vous pourriez venir à l'heure que vous voudriez.
FLORESTAN. — Comment à l'heure que je voudrois?
BLONDEL. — Il y a chez son père une dame de haut parage, qui, pour célébrer la joie d'une nouvelle intéressante, y donne toute la nuit il danser, à boire, manger et rire, et vous pourriez y venir sous quelque prétexte; alors la belle Laurette trouvera toujours bien l'occasion de vous dire quelque petite cliose.
FLORESTAN. — C'est donc pour me parler que tu as chanté?
BLONDEL. — C'est pour être mené vers vous que j'ai fait tout ce bruit avec mon violon.
FLORESTAN. — Il n'y a pas de mal : dis-lui que j'irai. Mais se servir d'un aveugle pour faire une commission! Ah! elle est charmante. Va-t'en.
BLONDEL. — Mais, monsieur le gouverneur! monsieur le gouverneur !
FLORESTAN. — Hé bien?
BLONDEL. — Ah! vous voilà de ce côté-là. Pour qu'on ne soupçonne rien de ma mission, grondez-moi bien fort, et renvoyez-moi.
FLORESTAN. — Tu as raison ; ce drôle a de l'esprit.
Pour le peu que tu m'as dit Falloit-il faire ce bruit!
BLONDEL
Ah! je n'ai pas fait de bruit; Vos soldats ont fait ce bruit. ^
Téméraire, téméraire.
Tu devrois, tu dois te taire;
Alarmer la garnison !
Tu devrois être en prison.