ACTE SECOND
(Le théâtre représente un appartement magnifique; sur un des côtés, la porte ornée d'un cabinet.)
SCÈNE I. — RAOUL, avec un cortège auquel il fait signe de se retirer; OFMAN.
RAOUL. — Eh bien! Ofman, n'ai-je pas une épouse charmante?
OFMAN. — Oui, seigneur.
RAOUL. — Je vais enfin savoir si une femme d'une naissance illustre cède au tourment de la curiosité avec autant de foiblesse que les filles de mes vassaux.
OFMAN. — Ah! je crois, seigneur, que vous ne la mettrez pas aux mêmes épreuves que les autres.
RAOUL. — Pourquoi doutes-tu que je n'éprouve si elle est aussi curieuse que l'ont été les trois femmes que j'ai punies?
OFMAN. — Punies! ah, monseigneur! la punition est si terrible, et votre épouse est si douce et si belle !
RAOUL. — As-tu oublié ce qui m'a été prédit trois fois? As-tu oublié que trois femmes, l'une aprrs l'autre, en trois occasions différentes, m'ont assuré que la curiosité de ma femme seroit la cause de ma mort? Et tu veux que j'aie de l'indulgence! non. je n'épargnerai que celle qui n'aura point la foiblesse de vouloir connoître les choses dont je lui interdirai la connoissance.