SCÈNE III. — ANTOINE, VICTORINE
viCTORiNE. — Monsieur n'est donc pas rentré?
ANTOINE. — Non. Il est retourné chez le notaire.
VICTORINE. — Madame m'envoie vous demander.... Ah ! je voudrois que vous vissiez Mademoiselle avec ses habits de noces : on vient de les essayer. Les diamants, le collier, la rivière de diamants! Ah! ils sont beaux! il y en a un gros comme cela: et Mademoiselle, ahl comme elle charmante ! Le cher amoureux est en extase. Il est là, il la mange des yeux. On lui a rnis du rouge et ime mouche. Vous ne la reconnoîtriez pas.
ANTOINE. — Sitôt qu'elle a une mouche!
VICTORINE. — Madame m'a dit : va demander à ton père si Monsieur est revenu, et s'il n'est pas en affaire, et si on peut lui parler. Je vous dirai ; mais vous n'en parlerez pas. Mademoiselle va se faire annoncer comme une dame de condition sous un autre nom; et je suis sûre que Monsieur y sera trompé.
ANTOINE. — Certainement un père ne reconnottra pas sa fille.
VICTORINE. — Non, il ne la reconnoîtra pas, j'en suis sûre. Quand il arrivera, vous nous avertirez : il y aura de quoi rire. Cependant il n'a pas coutume de rentrer si tard.
ANTOINE. — Qui?
VICTORINE. — Son fils.
ANTOINE. — Tu y penses encore?
VICTORINE. — Je m'en vais : vous nous avertirez. Ah ! voilà Monsieur.
SCÈNE IV. — M. VANDERK, ANTOINE, deux hommes, portant de l'argent dans des hottes.
M VANDERK, aux portBurs. — Allez à ma caisse, descendez trois marches, et montez-en cinq, au bout du corridor.
ANTOINE. — Je vais les y mener.
M. VANDERK. — Nou , reste. Les notaires ne finissent point. (Il pose son chapeau et son épée; il ouvre un secrétaire.) Au reste ils ont raison : nous ne voyons que le présent, et ils voient l'avenir. Mon fils est-il rentré?
ANTOINE. — Non , monsieur. Voici les rouleaux de vingt-cinq loms que j'ai pris à la caisse.
M. VANDERK. — Gardes-en un. Oh ça, mon pauvre Antoine, tu vas demain avoir bien de l'embarras.
ANTOINE. — N'en ayez pas plus que moi.
M. VANDERK. — J'en aurai ma part.
ANTOINE. — Pourquoi ? Reposez-vous sur moi.
«. VANDERK. — Tu ne peux pas tout faire.
INTOINE. — Je me charge de tout. Imaginez-vous n'être qu'invité. Vous aurez bien assez d'occupation de recevoir votre monde.
M. VANDERK. — Tu auras un tas de domestiques étrangers : c'est ce qui m'effraye : surtout ceux de ma sœur.
ANTOINE. — Je le sais.
M. VANDERK. — Je ne veux pas de débauches.
ANTOINE. — Il n'y en aura pas.
- M. VANDERK.— Que la table des commis soit servie comme la mienne.
ANTOINE. — Oui, monsieur.
M. VANDERK. — J'irai y faire un tour.
ANTOINE. — Je le leur dirai.
M. VANDERK. — Je VOUS reccvoir leur santé , et boire à la leur.
ANTOINE. — Ils seront charmés....
M. VANDERK. — La table des domestiques sans profusion du côté du vin.
ANTOINE. — Oui.
M. VANDERK. — Un demi-louis à chacun comme présent de noces.
ANTOINE. — Oui.
M. VANDERK. — Si tu u'as pas assez de ce que je t'ai donné, avance-le.
ANTOINE. — Oui.
M. VANDERK. — Je crois que voilà tout.... Les magasins fermés.... que personne n'y entre passé dix heures.... Que quelqu'un reste dans les bureaux, et ferme la porte en dedans.
ANTOINE. — Ma fille y restera.
M. VANDERK. — Non : il faut que ta fille soit près de sa bonne amie. J'ai entendu parler de quelques fusées, de quelques pétards. Mon fils veut brûler ses manchettes.
ANTOINE. — C'est peu de chose.
M. VANDERK. — Aie toujours soin que les réservoirs soient pleins d'eau. (Ici Viclorine entre; elle parle à son père à l'oreille : il l'u répond.)
ANTOINE, à sa fille. — Oui. (Âpres qu'elle est partie.), Monsieur, vous crnyez-vous capable d'un grand secret?
M. VANDERK. — Encorc quelques fusées, quelques violons I
ANTOINE. — C'est bien autre chose. Une demoiselle qui a pour vous la plus grande tendresse.
M. VANDERK. — Ma fille?
ANTOINE. — Juste. Elle vous demande un téte-à-tête.
M. VANDERK. — Sais tu pourquoi ?
ANTOINE. — Elle vient d'essayer ses diamants, sa robe de noce : on lui a mis un peu de rouge. Madame et elle pen.sent que vous ne U* reconnoîtrez pas. La voici.