‹ Œuvres choisiesChapitre 1 sur 33 · VI NOTICE SUR SILVIO PELLICO · texte numérisé non relu

VI NOTICE SUR SILVIO PELLICO

(jui firent battre son cœur. Bientôt , malgré une enfance maladive, l'amour de la poésie s'empara de son imagination précoce : Silvio futpoëte, pour ainsi dire , au sortir du berceau; à dix ans il avait composé une tragédie. Il eut pour émide et pour compagnon de ses études classiques, qu'il fit sous les yeux de son père, Luigi , son frère aîné , qui depuis est devenu un poëte comique distingué . Tous deux annoncèrent dès l'enfance une vocation particulière pour les compositions dramatiques. Leur père , qui lui-même avait publié plusieurs œuvres lyriques, encouragea cette vocation en arrangeant les scènes qu'ils composaient, et en leur permettant de se construire une espèce de petit théâtre où ils récitaient les essais plus ou moins heureux de leur jeune verve.

M. Pellico ayant obtenu un emploi à Turin, Silvio continua dans cette ville , avec plus de succès encore , les études qu'il chérissait. En même temps que son goût pour les lettres se développait , d'autres sentiments commençaient à germer dans son cœur. Mais , comme si la Providence eût voulu l'avertir qu'il ne devait pas se fier aux illusions qui s'offraient à sa jeunesse, il perdit l'objet d'une tendre prédilection , et ce fut déjà un douloureux souvenir pour le temps de l'adversité.

Les scènes politiques qui se déroulaient alors sous les yeux du jeune poëte agitèrent aussi prématurément son âme , et l'impression pénible qu'elles y produisirent vint souvent ajouter aux souffrances physiques que les soins d'une tendre mère parvenaient seuls à alléger.

Quelques années de bonheur étaient néanmoins réservées à Silvio avant qu'il allât dans la prison de Sainte-Marguerite , sous les Plombs de Venise et au Spielberg , faire l'apprentissage de toutes les douleurs humaines.

NOTICE SUR SILVIO PELLICO . Vif

Il fit un voyage à Lyon , où était établi un riche parent de sa mère, et le temps qu'il passa dans cette ville fut, dit-il , l'une des plus heureuses époques de sa vie. Livré tour à tour au charme d'une société aimable et à l'étude de nos grands poëtes , il trouvait dans chacune de ses journées un nouvel enchantement, une nouvelle source de plaisirs. Que la vie alors lui semblait belle ! que de décevantes illusions vinrent enivrer son cœur ! et quels ne furent pas ses regrets lorsque plus tard , sous les voiites d'un noir cachot , se retraçant ce temps heureux de sa jeunesse, il s'écriait : — 0 riantes années, vous êtes pour jamais évanouies! et pourtant qui dans le monde a joui d'un bonheur égal au mien ?

Ce fut toutefois au milieu de cette félicité qu'il sentit tout à coup se réveiller en lui avec une nouvelle ardeur son amour pour l'Italie, et que, saisi par ce qu'on appelle le mal du pays, il dit adieu aux bords riants du Rhône et de la Saône, pour retourner au sein d'une famille qu'il chérissait.

Fixé avec elle à Milan, c'est là qu'il allait fonder sa réputation comme poëte, et que pendant dix années encore sa vive imagination allait se livrer à toutes les jouissances intellectuelles que semblait lui promettre la carrière des lettres.

A la chute du royaume d'Italie , sa famille quitta Milan pour aller de nouveau établir son domicile à Turin ; mais i 1 ne la suivit pas, ne pouvant se décider à s'éloigner d'une ville qui était devenue le centre de tous ses plaisirs et de toutes ses espérances.

Son mérite et ses qualités aimables lui avaient ouvert la ma'son du comte de Briche, qui lui confia l'éducation d'un de ses enfants. Silvio PoUico comprenait toute l'importance de sa mission. " La charge d'instituteur, dit-:! , m'a tou-

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