‹ Œuvres choisiesChapitre 17 sur 33 · RESOLDTIOI'I SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

RESOLDTIOI'I SUR LA RELIGION

Que les considérations précédentes, et les preuves infinies qui existent en faveur du christianisme et de notre seule Église, te fassent répéter ces paroles , te fassent dire résolument :

« Je veux rester insensible à tous ces arguments toujours spécieux, mais nullement concluants, avec lesquels ma religion est attaquée. Je vois qu'il n'est pas vrai qu'elle s'oppose aux lumières; je vois encore qu'il n'est pas vrai qu'ayant été bonne pour des siècles barbares , elle ne puisse l'être aujourd'hui , puisque après avoir convenu

à la civilisation asiatique , à la civilisation grecque , à la civilisation romaine , aux gouvernements très-divers du moyen âge , elle convint aussi à tous les peuples qui , après le moyen âge , se civilisèrent de nouveau , et qu'elle convient encore aujourd'hui à des intelligences qui ne le cèdent en élévation à personne. Je vois que, depuis les premiers hérésiarques jusqu'à l'école de Voltaire et de ses partisans, et jusqu'aux saint-simoniens de nos jours, tous se sont vantés d'enseigner quelque chose de meilleur, sans qu'aucun Tait jamais pu. Donc? Donc, puisque je me glorifie d'être ennemi de la barbarie et ami des lumières, je me glorifie d'être catholique, je plains ceux qui me tournent en dérision, et qui affectent de me confondre avec les superstitieux et les pharisiens. »

Après ces réflexions et cette protestation, sois conséquent et ferme. Honore la religion de tout ton pouvoir, de toutes tes facultés intellectuelles et morales; professe-la également parmi les incrédules comme parmi les croyants ; et professe-la non pas seulement en remplissant froidement et matériellement les pratiques du culte , mais en animant par de nobles pensées l'observance de ces pratiques, en t'élevant par l'admiration jusqu'à la sublimité des mystères , sans chercher orgueilleusement à les expliquer, en te pénétrant des vertus qui en découlent, et n'oubliant jamais que la seule adoration dans la prière ne sert à rien , si nous ne nous proposons pas d'adorer Dieu dans toutes nos actions.

11 est quelques hommes aux yeux desquels resplendissent la beauté et la vérité de la religion catholique ; ils sentent qu'il n'est aucune philosophie qui soit plus qu'elle philosophique, plus qu'elle contraire à toute injustice, plus qu'elle encore amie de tout ce qui est avantageux à

rhonime ; et néanmoins ils se laissent tristement aller au courant, ils vivent comme si le christianisme n'était que l'affaire du vulgaire , et que l'homme bien élevé ne dût point y participer. Ceux-là sont plus coupables que les véritables incrédules , et il y en a beaucoup.

Moi, qui fus de ce nombre, je sais que l'on ne peut sortir sans effort de cet état. Si jamais tu y tombais , faisle, cet effort; que les railleries du monde n'aient aucun pouvoir sur toi lorsqu'il s'agit de confesser un noble sentiment : le plus noble des sentiments est celui de l'amour de Dieu.

Mais dans le cas où tu aurais à passer des fausses doctrines ou de l'indifférence à la sincère profession de la foi , garde- toi de donner aux incrédules le scandaleux spectacle d'une ridicule bigoterie et de scrupules pusillanimes ; sois humble devant Dieu et devant tes semblables, mais sans oublier jamais ta dignité d'homme et sans être apostat de la saine raison. Celle d'où naît l'orgueil et la haine est la seule contraire à l'Évangile.

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