‹ Œuvres choisiesChapitre 18 sur 33 · PHILANTHROPIE 00 CHARITE · texte numérisé non relu

PHILANTHROPIE 00 CHARITE

Ce n'est que par la religion que l'homme sent le devoir d'une pure philanthropie , d'une pure charité.

Ce mot charité est admirable; mais celui de philan- Ihropie, quoique beaucoup de sophistes en aient abusé,

est aussi un saint mot. L'Apôtre s'en est seni pour exprimer l'amour de l'humanité , et même il l'a appliqué à cet amour de l' humanité qui est en Dieu. On lit dans

YÉpître à Titus, C. m : 6~z Sk i yur.n-Jj-rr^z xa'i i (pùavOpwTTiz

sTzsfôMr, To-z «TcdT^po; r.arb-j ©ioû... (Ouaud parut la bonté et la philanthropie du Sauveur notre Dieu....)

Le Tout-Puissant aimeles hommes, et ilveutque chacun de nous les aime. ]\ous l'avons déjà dit, il ne nous est donné d'être bons, d'être contents de nous, de nous estimer, qu'à la condition de l'imiter dans ce généreux amour , en souhaitant vertu et félicité à notre prochain , et en lui faisant tout le bien que nous pouvons.

Cet amour renferme presque tout le mérite de l'homme, et il fait même partie essentielle de l'amour que nous devons à Dieu , comme le montrent plusieurs passages sublimes des livres sacrés , et notamment celui-ci :

'< Le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez , ô « bénis de mon Père , posséder le royaume qui vous est « préparé depuis la création du monde. J'ai eu faim, et '< vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous « m'avez donné à boire ; j'étais étranger , et vous m'avez « accueilli; j'étais nu , et vous m'avez couvert ; j'étais ma- '< lade , et vous m'avez visité ; j'étais prisonnier , et vous « êtes venus à moi. > Alors les justes lui répondront: " Seigneur, quand est-ce donc que nous vous avons vu « ayant faim , et que nous vous avons nourri ; ayant soif, « et que nous vous avons donné à boire; étranger, et que « nous vous avons accueilU ; nu , et que nous vous avons • couvert ; malade ou captif , et que nous sommes allés à « vous? » Et le Roi , répondant , leur dira : « Oui , vous « dis-je , chaque fois que vous avez fait ces choses pour

« un de mes frères, quelque petit qu'il fut, c'est à moi » que vous l'avez fait. «

Formons-nous dans l'esprit un type élevé de l'homme, et travaillons à lui ressembler. Mais que dis-je ? Ce type, notre religion nous le donne; et quelle n'en est pas l'excellence ! Celui qu'elle offre à notre imitation est l'homme fort et patient au plus haut degré, l'ennemi irréconciliable de l'oppression et de l'hypocrisie , le philanthrope qui pardonne tout , excepté la perversité impénitente; celui qui peut se venger, et qui ne le veut pas ; celui qui fraternise avec les pauvres, et qui ne maudit pas les heureux delà terre, pourvu qu'ils se souviennent que les pauvres sont leurs frères ; celui qui n'apprécie pas les hommes selon le degré de leur science ou de leur prospérité, mais selon les sentiments de leur cœur et selon leurs actions: c'est l'unique philosophe en qui ne se trouve pas la plus petite tache; c'est l'entière manifestation de Dieu dans un être de notre espèce, c'est l'Homme-Dieu.

Avec un si digne modèle présent à l'esprit, quelle vénération n'éprouvera-t-on pas pour l'humanité ? L'amour est toujours proportionné à l'estime; pour beaucoup aimer l'humanité, il faut l'estimer beaucoup.

Celui , au contraire , qui ne fait de l'homiue qu'un type mesquin , ignoble , vague ; celui qui se complaît à considérer le genre humain comme un troupeau de bêtes stupides et rusées , nées uniquement pour manger , se reproduire, s'agiter, et retourner en poussière ; celui qui ne veut voir rien de grand dans la civilisation, dans les sciences, dans les arts, dans la recherche de la justice, dans notre perpétuelle tendance vers le beau , vers le bon , vers ce qui est divin : oh ! quelle raison aura-t-il celui-

là , de respecter sincèrement son semblable , de l'aimer, de le pousser avec lui à la conquête de la vertu , de s'immoler pour lui être utile ?

Pour aimer l'bumanité, il faut savoir regarder ses faiblesses et ses vices sans se scandaliser.

Partout où nous la voyons ignorante, pensons quelle haute faculté c'est, dans l'homme, de pouvoir échapper à tant d'ignorance en faisant usage de son intelligence ; pensons quelle haute faculté c'est, dans l'homme, de pouvoir, même au milieu de beaucoup d'ignorance, pratiquer de sublimes vertus sociales , le courage , la compassion , la reconnaissance , la justice.

Ceux qui ne cherchent jamais à s'éclairer, qui ne pratiquent jamais la vertu, ne sont que des individus , et non l'humanité. Sont-ils excusables? A quel point le sont- ils? Dieu le sait. Qu'il nous suffise de savoir qu'il ne sera demandé compte à chacun que de la somme qu'il aura reçue.

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