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LE VRAI PATRIOTE

Pour aimer la patrie avec un sentiment véritablement élevé, nous devons commencer par lui donner en nous des citoyens dont elle n'ait pas à rougir, et dont elle puisse même s'honorer. Se moquer de la religion et des bonnes mœurs , et aimer dignement sa patrie, c'est chose incompatible, aussi incompatible que d'avoir une juste estime

pour une femme que l'on aime , et de ne pas se croire obligé de lui être fidèle.

Si un homme méprise les autels, la foi conjugale, la décence , la probité , et qu'il s'écrie : « Patrie ! patrie ! » ne le crois pas : c'est un hypocrite de patriotisme , c'est un très-mauvais citoyen.

îl n'y a de bon patriote que l'homme vertueux, l'homme qui comprend , qui aime tous ses devoirs , et qui se fait une étude de les remplir.

Il ne se confond jamais ni avec l'adulateur des puissants , ni avec le frondeur haineux de toute autorité : la servilité et l'irrévérence sont pareillement des excès.

S'il a des emplois civils ou militaires dans le gouvernement , son but n'est pas sa propre richesse , mais bien l'honneur et la prospérité du prince et du peuple.

S'il est simple citoyen , l'honneur et la prospérité du prince et du peuple sont également son plus ardent désir, et , loin de rien faire qui leur soit contraire , il y contribue de tout son pouvoir.

Il sait que dans toutes les sociétés il y a des abus , et il désire qu'on les corrige; mais il abhorre la fureur de ceux qui voudraient les corriger par la rapine et par de sanglantes vengeances, parce que, de tous les abus, ceux-ci sont les plus terribles et les plus funestes.

Il n'invoque et ne suscite aucune dissension civile; il modère au contraire les exagérés, autant qu'il le peut, par son exemple et par ses discours. Toujours disposé à l'indulgence et à la paix , il ne cesse d'être agneau que lorsque la patrie en péril a besoin d'être défendue. Alors c'est un lion qui combat, triomphe ou meurt.

AMOOR FILIAL.

La carrière de tes actions commence dans ta famille. C'est dans la maison paternelle qu'est la première lice de la vertu. Que dire de ceux qui prétendent aimer la patrie, qui font ostentation d'héroïsme, et qui manquent au plus grand des devoirs , à la piété filiale ?

Il n'y a pas d'amour de la patrie , pas le plus petit germe d'héroïsme, là où est une noire ingratitude.

A peine l'intelligence de l'enfant s'ouvre-t-ellc à l'idée des devoirs , que la nature lui crie : « Aime tes parents ! » L'instinct de l'amour filial est si fort, qu'il semblerait qu il n'est besoin d'aucun soin pour le nourrir toute la vie. Cependant , comme nous l'avons déjà dit , tous nos bons instincts doivent être sanctionnés par notre volonté, sans quoi ils se détruisent. Il faut que la piété envers nos parents soit exercée par nous avec une ferme résolution. Comment celui qui se pique d'aimer Dieu, d'aimer l'humanité, d'aimer la patrie, n'aurait-il pas la plus grande vénération pour ceux à qui il doit d'être créature de Dieu, homme, citoyen?

Un père , une mère , sont naturellement nos premiers amis; de tous les hommes, ce sont ceux à qui nous devons le plus; les nœuds les plus sacrés nous obligent envers eux à la reconnaissance , au respect , à l'amour, à l'indulgence, aux plus aimables démonstrations de ces sentiments.

La graude intimité dans laquelle nous vivons avec les personnes qui nous tiennent de plus près ne nous accoutume que trop facilement , hélas ! à les traiter avec une extrême négligence , et à faire trop peu de frais pour être aimables et pour embellir leur existence.

Gardons-nous d'un pareil tort. Celui qui veut se rendre aimable doit apporter, dans toutes ses affections , une cert aine volonté d'exactitude et de bonne grâce qui leur don ne toute la perfection qu'elles peuvent avoir.

Attendre, pour se montrer observateur empressé des égards de la politesse , que l'on soit hors de chez soi , et en attendant manquer de respect et d'aménité envers ses parents, c'est de la déraison, c'est une faute. Les belles manières demandent une étude assidue, et cette étude doit commencer au sein même de la famille.

« Quel mal y a-t-il , disent certaines gens , de vivre en toute liberté avec ses parents ? Ils savent bien que leurs enfants les aiment, même sans que ceux-ci affectent une amabilité extérieure , sans qu'ils s'imposent de dissimuler leurs ennuis et leurs impatiences.» Toi qui désires t'élever au-dessus du vulgaire, ne raisonne pas ainsi. Si vivre en toute liberté veut dire être grossier (c'est en effet de la grossièreté), il n'est pas de parenté, si intime qu'elle soit, qui la justifie.

Celui qui n'a pas le courage de s'efforcer dans sa maison, comme il le fait ailleurs, d'être agréable aux autres , d'acquérir quelque vertu , pour honorer l'homme en lui-même , et Dieu dans l'homme , est une àme pusillanime. Pour se reposer de la noble fatigue d'être bon, aimable, délicat, il n'est d'autre temps que le sommeil.

L'amour filial n'est pas seulement un devoir de gratitude, c'est encore un devoir d'indispensable convenance.

Dans le cas rare où quelqu'un aurait des parents peu bienveillants , peu en droit d'exiger l'estime , la seule qualité d'auteurs de ses jours leur donne un caractère si respectable, qu'il ne pourrait sans infamie, je ne dirai pas les rabaisser, mais même les traiter avec négligence. En pareil cas , les égards qu'il aura pour eux auront plus de mérite , mais n'en seront pas moins une dette payée à la nature, à l'édification de ses semblables, à sa propre dignité.

Malheur à celui qui se fait le censeur sévère de quelques défauts de ses parents ! Et par qui commencerons-nous donc à exercer la charité , si nous la refusons à notre père , à notre mère ?

Exiger, pour les respecter, qu'ils soient sans défauts, qu'ils soient la perfection humaine , c'est orgueil et injustice. Nous qui désirons pourtant tous être respectés et aimés, sommes -nous toujours irréprochables? Quand même un père et une mère seraient bien loin de cet idéal de sagesse et de vertu que nous voudrions , soyons ingénieux à les excuser, à cacher leurs torts aux yeux d'autrui, à apprécier leurs bonnes qualités. C'est en agissant ainsi que nous nous améliorerons nous-mêmes, que nous nous donnerons un caractère aimant , généreux , capable de reconnaître les mérites des autres.

Mon ami , ouvre souvent ton àme à cette pensée triste, mais féconde en sentiments de compassion et d'indulgence : « Ces tètes blanches qui sont là , devant moi , qui sait si bientôt elles ne dormiront pas dans la tombe? » Ah! tant que tu as le bonheur de les voir, honore-les, et donne-leur les consolations nécessaires aux maux de la vieillesse , qui sont si nombreux !

Leur âge ne les porte que trop déjà à la tristesse; ne

contribue jamais à les attrister ; que tes manières et ta conduite envers eux soient toujours si aimables , que ta vue seule les ranime et les réjouisse. Chaque sourire que tu rappelleras sur leurs lèvres antiques , chaque contentement que tu réveilleras dans leur cœur, sera pour eux le plus salutaire des plaisirs , et tournera à ton avantage. Les bénédictions qu'un père et une mère donnent à un fils reconnaissant sont toujours sanctionnées de Dieu.

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