REPENTIR ET RETOUR AD BIEN
En te recommandant de bannir l'inquiétude , je t'ai dit de ne pas te laisser aller à la paresse , surtout dans le dessein de devenir chaque jour meilleur.
Il s'abuse, l'homme qui dit : Mon éducation morale est faite, et mes œuvres l'ont affermie. Nous devons sans cesse apprendre à nous faire une règle pour le jour présent et pour les jours à venir; entretenir sans cesse la ferveur de notre vertu par de nouveaux actes ; avoir sans cesse mémoire de nos fautes et nous en repentir.
Oui , nous en repentir ! Rien de plus vrai que ce que dit l'Église : que notre vie doit être toute de repentir et d'aspiration à nous amender. Le christianisme n'est pas autre chose. Et Voltaire lui-même, dans un de ces moments où il n'était pas dévoré de la fureur de s'en moquer, écrivit : « La confession est une chose excellente; c'est n un frein pour le péché , inventé dans l'antiquité la plus « reculée ; la confession était en usage dans la célébration « de tous les mystères antiques. Nous n'avons fait qu'imi- « ter et sanctifier cette sage coutume ; elle est très-eflicacc " pour ramener les âmes ulcérées de la haine au pardon. »
Il serait honteux que ce dont Voltaire ne craint pas de convenir ici ne fût pas senti par celui qui s'honore d'être chrétien.
Prêtons l'oreille à la voix de notre conscience , rougissons des actions qu'elle nous reproche, confessons-les
pour nous en purifier, et ne cessons jamais , jusqu'à la fin de notre vie , d'avoir recours à cette sainte piscine. Si cela ne se pratique pas avec une volonté endormie ; si l'on ne se contente pas de condamner du bout des lèvres les fautes dont on se souvient; si au repentir se joint un véritable désir de s'amender, en rie qui voudra ; mais rien ne peut être plus salutaire , plus sublime, plus digne de l'homme.
Lorsque tu te reconnais coupable d'une faute, n'hésite pas à la réparer. Ce n'est qu'en la réparant que tu auras la conscience satisfaite. Le retard apporté à la réparation enchaîne l'àme au mal par un lien chaque jour plus fort , et l'habitue à se mésestimer. Et malheur à l'homme lorsqu'il se mésestime intérieurement ! Malheur à lui lorsqu'il feint de s'estimer, en sentant dans sa conscience une corruption qui n'y devrait pas être ! Malheur à lui lorsqu'il croit qu'il n'y a pour cette corruption d'autre remède que de la dissimuler! Il est déchu du rang des êtres nobles; c'est un astre tombé, un malheur de la création.
Si quelque jeune impudent t'accuse de faiblesse parce que, comme lui, tu ne t'obstines pas à persévérer dans tes fautes , réponds-lui qu'il y a plus de force à résister au vice qu'à s'y laisser entraîner ; réponds-lui que l'arrogance du pécheur n'est qu'une force factice , puisqu'il est certain qu'il la perd au lit de la mort , s'il n'est pas dans le délire ; réponds- lui que la force que tu désires est précisément celle de dédaigner les moqueries, lorsque tu abandonnes la mauvaise voie pour suivre celle de la vertu.
Quand tu as commis une faute , ne mens jamais pour la nier ou pour l'atténuer : le mensonge est une hideuse faiblesse. Avoue que tu as failli ; c'est là qu'est la magnanimité , et la honte que te coûtera cet aveu te vaudra les éloges des gens de bien.
S'il t'arrive d'offenser quelqu'un , aie la noble humilité de lui en faire tes excuses. Comme toute ta conduite montrera que tu n'es pas un lâche, personne pour cela ne t'accusera de lâcheté. S'obstiner dans l'insulte et en venir au duel ou à une éternelle inimitié , plutôt que de se rétracter honorablement, ce sont des forfanteries d'hommes orgueilleux et féroces , ce sont des infamies que vainement on s'efforce de parer du nom brillant d'honneur.
Il n'j a d'honneur que dans la vertu , et il n'y a de vertu qu'à la condition de se repentir continuellement du mal et de s'en proposer la réparation.
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Lorsque tu auras pris parmi les carrières sociales celle qui te convient, et qu'il te semblera avoir donné à ton caractère assez de fermeté dans les bonnes habitudes pour pouvoir être dignement homme , alors et pas plus tôt , si ton intention est de te marier, applique-toi à choisir une femme qui mérite ton attachement.
Mais avant de renoncer au célibat , réfléchis bien si tu ne devrais pas le préférer.
Dans le cas où tu n'aurais pas su dompter assez ton penchant à la colère , à la jalousie , au soupçon , à l'impatience , à une domination dure , pour espérer être ai-
mable avec une compagne , aie la force de renoncer aux douceurs du mariage. Tu ne prendrais une femme que pour la vouer au malheur, et t'y vouer toi-même.
Dans le cas où tu ne rencontrerais pas une personne qui reunît toutes les qualités qui te sembleraient nécessaires pour te rendre heureux , et pour qu'elle mît en toi toute sa tendresse, ne te laisse pas entraîner à prendre une femme : ton devoir est de rester célibataire, plutôt que de jurer un amour que tu n'aurais pas.
Mais , soit que tu prolonges seulement le célibat , soit que tu y restes pour toujours, honore-le par les vertus qu'il prescrit, et sache en apprécier les avantages.
Oui, cet état a ses avantages ; et, dans quelque condition que l'homme se trouve , il doit les reconnaître et les apprécier ; autrement il s'y croira malheureux ou dégradé , et diminuera en lui le courage d'agir avec dignité.
La manie de se montrer furieux des désordres sociaux , et l'opinion qu'il faut peut-être les exagérer pour en amener la réforme , porte souvent des hommes d'une éloquence véhémente à tourner l'attention des autres sur les scandales que donnent beaucoup de célibataires , et à crier que le célibat est contre nature , que c'est une énorme calamité , et la cause la plus puissante de la dépravation des peuples.
Ne te laisse pas exalter par ces hyperboles. 11 n'est que trop vrai que le célibat a ses scandales ; mais parce que les hommes ont des bras et des jambes , et qu'il en résulte quelquefois aussi le scandale qu'ils se donnent des coups de poing et des coups de pied, cela ne veut pas dire que les bras et les jambes soient une très-mauvaise chose.
Ceux qui entassent les considérations sur l'immoralité prétendue inséparable du célibat, devraient aussi énu-
mérer les maux qui résultent de la décision au mariage sans y avoir de l'inclination.
Aux courtes folies des noces succèdent l'ennui , l'horreur de ne plus être libre. On s'aperçoit que le choix fut trop précipité, que les caractères sont incompatibles. ])u regret réciproque , ou de celui de l'un des époux , naissent les grossièretés , les offenses , les cruelles et journalières amertumes. La femme , l'être le plus doux et le plus généreux des deux, est ordinairement la victime de ce funeste désaccord , ou en en souffrant jusqu'à la fin de ses jours , ou, ce qui est pis encore, en se dénaturant, en perdant sa bonté , en ouvrant son cœur à des affections dans lesquelles elle croit trouver une compensation au manque d'amour conjugal, et qui ne lui apportent que l'ignominie et le remords. De ces malheureux mariages naisseni des enfants qui pour première leçon ont l'indigne conduite de leur père ou de leur mère , ou de tous les deux à la fois ; des enfants que , pour cela , l'on aime peu ou que l'on aime mal ; auxquels on donne peu ou point d'éducation ; qui n'ont aucun respect pour leurs parents , aucune tendresse pour leurs frères , aucune notion des vertus domestiques , qui sont la base des vertus civiles.
Toutes ces choses sont si fréquentes , qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour les voir : personne ne me taxera d'exagération.
Je ne nie pas les maux qui naissent du célibat ; mais quiconque réfléchira aux autres maux dont je parle ne les jugera certainement pas moindres , et dira avec moi , d'une infinité d'époux : Oh ! que n'ont-ils jamais })rononcé ce fatal serment !
Une grande partie des mortels est appelée au mariage ; mais le célibat est aussi dans la nature. S'affliger de
voir des individus s'y dévouer est ridicule. Le célibat, quand il est choisi pour de bonnes raisons, et qu'il est gardé avec bonneur, n'a rien de méprisable; il est même très- digne de respect, comme toute espèce de sacrifice raisonnable fait dans de bonnes vues. En affranchissant des soins d'une famille, le célibat laisse à ceux-ci plus de temps et plus de vigueur pour se livrer à de hautes études ou aux sublimes ministères de la rehgion ; à ceux-là , plus de moyens d'être utiles à des parents qui ont besoin de leur aide ; à d'autres enfin , une plus grande liberté d'affections, qu'ils peuvent répandre sur beaucoup de pauvres.
Et tout cela ne serait pas un bien ?
Ces réflexions ne sont point inutiles. Pour abandonner le célibat , ou pour l'embrasser, il faijt savoir ce que l'on abandonne ou ce que l'on embrasse. Les déclamations partiales bouleversent le jugement.
EONMEDR Ali FEMMB.
Le vil et railleur cynisme est le génie du vulgaire ; comme Satan , il forge sans cesse des calomnies contre le genre humain , pour le porter à rire de la vertu et à la fouler aux pieds. Il recueille tous les faits qui déshonorent l'autel, et, dissimulant ceux qui l'honorent, il
s'écrie : Qu'est-ce que Dieu? qu'est-ce que l'influence bienfaisante du sacerdoce et de l'instruction religieuse? ciiimères de fanatiques ! Il recueille tous les faits qui déshonorent la politique , et s'écrie : Qu'est- ce que les lois? qu'est-ce que Tordre civil? qu'est-ce que l'honneur? qu'est-ce que le patriotisme? tout cela est guerre de ruse et de force du côté de ceux qui gouvernent ou qui aspirent à gouverner, imbécillité du côté de ceux qui obéissent ! 11 recueille tous les faits qui déshonorent le célibat, le mariage , la paternité, la maternité , la position de fils , de parent, d'ami; il crie avec une joie infâme : « J'ai découvert que tout cela n'est qu'égoïsme , imposture , fureur des sens, aversion et mépris réciproque 1 » Les fruits de cette sagesse infernale et menteuse sont précisément l'égoïsme , l'imposture , la fureur des sens , l'aversion et le mépris réciproque.
Comment le génie honteux du vulgaire , qui est le profanateur do toute chose excellente, ne serait-il pas souverainement l'ennemi de la vertu de la femme , et ardent à l'avilir?
Dans tous les siècles il s'est efforcé de la peindre méprisable , de ne voir en elle qu'envie, artifice, inconstance, vanité; de lui dénier le feu sacré de l'amitié, l'incorruptibilité de l'amour, et il considéra toute femme de mérite comme une exception.
IMais les tendances généreuses de l'humanité protégèrent la femme. Le christianisme la releva en défendant la polygamie, les attachements déshonuètes, et en présentant , après l'Homme- Dieu , une femme pour première créature humaine supérieure à tous les saints et aux anges même.
La société moderne ressentit l'influence de ce noble
esprit. Au milieu des temps barbares , la chevalerie s'embellit du culte élégant de l'amour; et nous, chrétiens civilisés , enfants de la chevalerie , nous ne tenons pour bien élevé que l'homme qui honore le sexe de la douceur, des vertus domestiques et des grâces.
Néanmoins l'antique adversaire des nobles affections et de la femme est resté dans le monde , et plût à Dieu qu'il n'eût pour prosélytes que des âmes grossières et des esprits communs ! Mais il déprave quelquefois de brillants génies, et cette dépravation arrive toujours là où cesse la religion, qui seule sanctifie l'homme.
On a vu des philosophes (c'est du moins le nom qu'ils se donnaient) qui , dans certains moments , se montraient remplis d'un zèle ardent pour l'humanité, et qui, en d'autres, possédés par l'irréligion, dictaient des écrits obscènes , s'acharnant à exciter l'ivresse des sens par des poèmes et des romans scandaleux , par des raisonnements, des anecdotes et des fictions de tout genre.
On a vu le plus enchanteur des écrivains. Voltaire (cette àme qui fit preuve de quelques bonnes qualités , mais corrompue par de basses passions , et par l'effréné , l'ignoble désir de faire rire) , composer gaiement un long poème où il tourne en dérision l'honneur des femmes et l'héroïne la plus sublime qu'ait eue sa patrie , la magnanime et infortunée Jeanne d' 4.rc. Madame de Staël , avec raison, appelait ce livre un crime de lèse-nation.
D'hommes obscurs ou célèbres, d'auteurs morts ou vivants , de l'impudence de quelques femmes même qui se sont rendues indignes de la modestie de leur sexe, de mille côtés enfin s'élèvera souvent autour de toi ce génie du vulgaire, qui dit : Méprise la femme l
Rejette cette infâme tentation , ou toi-même, fils de la
femme, tu seras méprisable. Détourne tes pas de ceux qui, dans la femme, n'honorent pas leur mère. Foule aux pieds les livres qui la dégradent en prêchant la licence. Reste digne, ])ar ta noble estime pour la dignité de la femme, de protéger celle qui te donna le jour, de protéger tes sœurs , de protéger un jour peut-être celle qui acquerra le titre sacré de mère de tes enfants.
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