‹ Œuvres choisiesChapitre 144 sur 199 · Première partie · texte numérisé non relu

Première partie

Voici comment Voltaire présente les faits :

bas Calas, âgé de soixante-huit ans i, exerçait la profession de négociant, à Toulouse, depuis plus de quarante années, et était reconnu de tous ceux qui ont vécu avec lui pour un bon père. 11 était "protestant, ainsi que sa femme et Œdipe. 1/1-.' tQus ses onfantSj excepté un qui avait

abjuré l'hérésie, et à qui le père faisait une petite pension. 11 paraissait si éloigné de cet absurde fanatisme, qui rompt tous les liens de la société, qu'il approuva la conversion de son fils Louis Galas, et qu'il avait depuis trente ans chez lui une servante zélée catholique, laquelle avait élevé tous ses enfants.

(\) Jean Calas n'avait que soixante-trois ans. Voici les noms des six enfants de Calas et leur âge en 1761: Marc-Antoine, vingt-neuf ans ; Jean-Pierre; vingt-huit ans ; Louis, vingt-cinq ans ; Donat, vingtdeux ans; Anne-Rose, dix-neuf ans; Anne (Nanette), dix-huit ans. Quelques années auparavant. Louis, s'etant converti au catholicisme, .avait quitté la maison paternelle. Des difficultés s'étaient élevées au sujet de la pension que son père devait lui verser. Une intervention de l'intendant à ce sujet nvait-été nécessaire. A cette occasion une lettre de M. Amblard à l'intendant signale Jean Calas comme fort dur à l'égard de sou fils Louis.

Un des fils de Jean Calas, nommé Marc-Antoine, était un homme de lettres : il passait pour un esprit inquiet, sombre et violent. Ce jeune homme ne pouvant réussir ni à entrer dans le négoce, auquel il n'était pas propre, ni à être reçu avocat, parse qu'il fallait des certificats de catholicité qu'il ne put obtenir, résolut de finir sa vie et fit pressentir ce dessein à ses amis; il se confirma dans sa résolution par la lecture de tout ce qu'on a jamais écrit sur le suicide.

Enfin, un jour, ayant perdu son argent au jeu, il choisit ce jour là même pour exécuter son dessein. L'n ami de sa famille jet le sien, nommé Lavaisse, jeune homme de dix-neuf ans, connu par la candeur et la douceur de ses mœurs, fils d'un avocat célèbre de Toulouse, était arrivé 1 de Bordeaux la veille; il soupa par hasard chez les-Calas. Le père, la mère, Marc-Antoine leur fils aîné, Pierre leur second fils mangèrent ensemble. Après le souper on se relira dans un petit salon; Marc-Antoine disparut : enfin, lorsque le jeune Lavaisse voulut partir, Pierre Calas et lui étant descendus trouvèrent en bas, auprès du magasin, Marc-Antoine en chemise, pendu à une porte et son habit plié sur le comptoir; sa chemise n'était pas seulement dérangée ; ses cheveux étaient bien peignés : il n'avait sur son corps aucune plaie, aucune meurtrissure 2.

On passe ici tous les détails dont les avocats ont rendu compte : on ne décrira point la douleur et le désespoir du père et de la mère : leurs cris furent entendus des voisins. Lavaisse et Pierre Calas hors d'eux-mêmes coururent chercher des chirurgiens et la justice 3.

(1) 12 octobre 1761. Ce jour-là, il ne se trouvait chez Jean Calas que N deux de ses fils, Marc-Antoine et Pierre. Comme nous l'avons dit, Louis n'habitait plus avec ses parents, Donat était à Nimes, les deux jeunes filles avaient été conduites la veille à la campagne chez des amis.

(2) On ne lui troava après le transport du cadavreà l'Hôtel-de-Ville, qu'une petite égratignure au bout du nez, et une petite tache sur la poitrine^causées par quelque inadvertance dans le transport du corps. i Note de Voltaire.)

(3) Voltaire passe sous silence un point assez important. Dans un premier interrogatoire, les Calas, pour ne pas discréditer leur famille et pour épargner à leur fils les rigueurs dont on usait envers les corps

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