PLAN DELA BATAILLE DE FONTENOY
■ta Troupes françaises o=t Troupes anglaises ou hollandaises • l On voit au centre la marche en avant de la colonne anglaise )
une voiture d'osier qui lui servait, de lit, et dans laquelle il se faisait traîner quand ses forces épuisées ne lui perni'l (aient plus d'être à cheval. Le roi et son fils avaient déjà passé un pont sur l'Escaut à Galonné ; ils allèrent prendre leur poste par delà la Justice de Notre-Damëaux-Bois, à mille toises 2 dje ce pont, et précisément à l'entrée du champ de bataille.
'1) Contre. V. notes gramm , p. 989. VIII, \i. {tr'ToUe. V. Lax.
...En jetant les yeux sur les cartes, qui sont fort communes, on voit d'un coup d'œil la disposition des deux armées. On remarque Anthoin assez près de l'Escaut, à la droite de l'armée française, à neuf cents toises de ce pont de Galonné par où le roi et le dauphin s'étaient avancés ; le village de Fontenoy par delà Anthoin, presque sur la même ligne ; un espace étroit de quatre cent cinquante toises de large entre Fontenoy et un petit bois, qu'on appelle le bois de Barry. Ce bois, ces villages étaient garnis de canons comme un camp retranché. Le maréchal de Saxe avait établi des redoutes entre Anthoin et Fontenoy: d'autres redoutes aux extrémités du bois de Barry fortifiaient cette enceinte. Le champ de bataille n'avait pas plus de cinq cents toises 1 de longueur depuis l'endroit où était le roî, auprès de Fontenoy, jusqu'à ce bois de Barry, et n'avait guère plus de neuf cents toises2 de large ; de sorte que l'on allait combattre en champ clos, comme à Dettingen, înais dans une journée plus mémorable.
On commençait à se canonner de part et d'autre à
six heures du iuati#i. Le maréchal de Noailles 3 était alors auprès de Fontenoy, et rendait compte au maréchal de Saxe d'un ouvrage qu'il avait fait à l'entrée de la nuit pour joindre le village de Fontenoy à la première des trois redoutes entre Fontenoy et Anthoin ; il lui servit de premier aide de camp, sacrifiant la jalousie du commandement au bien de l'État, et s'oubliant soi-même pour un général étranger et moins ancien. Le maréchal de Saxe sentait tout le prix de cette magnanimité et jamais on ne vit une union si grande entre deux hommes que la faiblesse ordinaire du cœur humain pouvait éloigner l'un de l'autre.
Le maréchal de Noailles embrassait le duc de Grainmont, son neveu, et ils se séparaient, l'un pour retourner
(1) Environ 900 mètres.
(8) Environ 1.800 mètres.
(3) Adrien-Maurice de Noailles (1678-1766) s'était distingué pendant la guerre de la Succession d'Espagne. Il gagna le bâton de maréchal au siège de Philipsbourg, en 1733, mais il avait été battu à Dettingen, en 1743, par les Anglo-autrichiens, sous la conduite du roi George II.
auprès du roi, l'autre pour aller à son poste, lorsqu'un boulet de canon vint frapper le ducdeGrammonl à mort : il fut la première victime de cette journée.
Les Anglais attaquèrent trois fois Fontenoy, et les Hollandais se présentèrent à deux reprises devant Anthoin. A leur seconde attaque, on vit un escadron hollandais emporté presque tout entier par le canon d'Anthoin : il n'eu resta que quinze hommes, et les Hollandais ne se présentèrent plus dès ce moment.
Alors le duc de Gumberland l prit une résolution qui pouvait lui assurer le succès de cette journée. Il ordonna à un major général, nommé Ingolsby, d'entrer dans le bois de Barry, de pénétrer jusqu'à la redoute de ce bois, vis-à-vis Fontenoy, et de l'emporter. Ingolsby marche avec les meilleures troupes pour exécuter cet ordre : il trouve dans le bois de Barry un bataillon du régiment d'un partisan : c'était ce qu'on appelait les Grassins, du nom de celui qui les avait formés. Ces soldats étaient en avant dans le bois par delà la redoute, couchés par terre. Ingolsby crut que c'était un corps considérable : il retourne auprès du duc de Gumberland et demande du canon. Le temps se perdait. Le prince était au désespoir d'une désobéissance qui dérangeait toutes ses mesures, et qu'il fît ensuite punir à Londres par un conseil de guerre qu'on appelle cour martiale.
Il se détermina sur-le-champ à passer entre cette redoute et Fontenoy. Le terrain était escarpé, il fallait franchir un ravin profond ; il fallait essuyer tout le feu de Fontenoy et de la redoute. L'entreprise était audacieuse; mais il était réduit alors à ne point combattre, ou à tenter ce passage.
Les Anglais et les Hanovriens s'avancent avec lui sans presque déranger leurs rangs, traînant leurs canons à bras par les sentiers : il les forme sur trois lignes assez pressées, et de quatre de hauteur chacune, avançant entre les batteries de canon qui les foudroyaient dans un ter-
(1) Leduc de Cumberland (17211765), deuxième - fils du roi d'Angleterre George II.
rain d'environ quatre cents toises1 de large. Des rangs entiers tombaient morts à droite et à gauche; ils étaient remplacés aussitôt ; et les canons qu'ils amenaient cabras vis-à-vis Fontenoy et devant les redoutes, répondaient à l'artillerie française. En cet état ils marchaient fièrement, précédés de si* pièces d'artillerie, et en ayant encore six autres au milieu de leurs lignes.
Vis-à-vis d'eux se trouvèrent quatre bataillons des gardes françaises, ayant deux bataillons de gardes suisses à leur gauche, le régiment de Courten à leur droite, ensuite celui d'Àubeterre, et plus loin le régiment du roi qui bordait Fontenoy le long d'un chemin creux.
Le terrain s'élevait à l'endroit où étaient les gardes françaises jusqu'à celui où les Anglais se formaient.
Les officiers des gardes françaises se dirent alors les uns aux autres : « Il faut aller prendre le canon des Anglais. » Ils y montèrent rapidement avec leurs grenadiers, mais ils furent bien étonnés de trouver une armée devant eux. L'artillerie et la mousqueterie en couchèrent par (erre près de soixante, et le reste fui obligé de revenir dans ses rangs.
Cependant les Anglais avançaient, et cette ligne d'infanterie, composée des gardes françaises et suisses, et de Courten, ayant encore sur leur droite Aubeterre et un bataillon du régiment du roi, s'approchait de l'ennemi. On était à cinquante pas de distance. Un régiment des gardes anglaises, celui de Campbell et le royal-écossais étaient les premiers : M. de Campbell était leur lieutenant général; le comte d'Albemarle, leur général major, et M. de Churchill, petit-fils naturel du grand-duc de Marlborough, leur brigadier. Les officiers anglais saluèrent les Français en ôtant leurs chapeaux. Le comte de Chabanes, le duc de Biron, qui s'étaient avancés, et tous les officiers des gardes françaises leur rendirent le salut. Milord Charles Hay, capitaine aux gardes anglaises, cria : « Messieurs les gardes françaises, tirez. »
(1) Envi ion S00 mètres. v
l-e comte d'Auteppcfièi "lors lieutenant de grenadiers et depuis capitaine, lui dit à voix haute: « Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers ; tirez vousmêmes.-)) Les Anglais firent un feu roulant, c'est-à-dire qu'ils tiraient par divisions ; de sorte que le front d'un bataillon sur quatre hommes de hauteur ayant tiré, un autre bataillon faisait sa décharge, et ensuite un troisième, tandis que les premiers rechargeaient. La ligne d'infanterie française ne tira point ainsi : elle était seule sur quatre de hauteur, les rangs assez éloignés, et n'étant soutenue par aucune autre troupe d'infanterie. Dix-neuf officiers des gardes tombèrent blessés à cette seule décharge. MM. de Clisson, de Langcy, de Peyre, y perdirent la vie ; quatre-vingt-quinze soldats demeurèrent sur la place ; deux cent quatre-vingOcinq y reçurent des blessures ; onze officiers suisses tombèrent blessés, ainsi que deux cent neuf de leurs soldats, parmi lesquels soixante-quatre furent tués. Le colonel de Gourten, son lieutenant-colonel, quatre officiers, soixante et quinze soldats tombèrent morts, quatorze officiers et deux soldats furent blessés dangereusement. Le premier rang ainsi emporté, les trois autres regardèrent derrière eux, et ne voyant qu'une cavalerie à plus de trois cents toises1, ils se dispersèrent...
...Les Anglais avançaient à pas lents, comme faisant l'exercice. On voyait les majors appuyer leurs cannes sur les fusils des soldats pour les faire tirer bas et droit. Ils débordèrent Fonlenoy et la redoute. Ce corps, qui auparavant était en trois divisions, se pressant par la nature du terrain, devint une colonne longue et épaisse, presque Inébranlable par sa masse, et plus encore par son courage.
Le régiment d'Aubeterre, le régiment du roi malgré l'ardeur du duc de Biron et l'héroïsme de M. de Lutteaux, premier lieutenant général de l'armée, ne réussirent pas à enrayer la marche de cette colonne.
(1) Près de fSQOjmètres.
... Le maréchal de Saxe, qui voyait de sang-froid combien l'affaire était périlleuse, fit dire au roi, par le marquis de Meuse, qu'il le conjurait de repasser le pont avec le dauphin, qu'il ferait ce qu'il pourrait pour remédier au désordre. « Oh ! je suis bien sur qu'il fera ce qu'ilfaudra, répondit le roi, mais je resterai où je suis. »
Il y avait de l'étonnement et de la confusion dans l'armée depuis le moment de la déroute des gardes françaises et suisses. Le maréclial de Saxe veut que la cavalerie fonde sur la colonne anglaise. Le comte d'Estrées y court. Mais les efforts de cette cavalerie étaient peu de chose contre une masse d'infanterie si réunie, si disciplinée et si intrépide, dont le feu toujours roulant et toujours soutenu écartait nécessairement de petits corps séparés. On sait d'ailleurs que la cavalerie ne peut guère entamer seule une infanterie serrée ; le maréchal de Saxe était au milieu de ce feu : sa maladie ne lui laissait pas la force de porter une cuirasse ; il portait une espèce de bouclier de plusieurs doubles de taffetas piqué, qui reposait sur l'arçon de sa selle. Il jeta son bouclier, et courut faire avancer la seconde ligne de cavalerie contre la colonne.
Tous les efforts pour entamer la colonne anglaise restaient jjnpuissants. Le maréchal de Saxe voulut tenter une dernière attaque mieux dirigée et plus pleine, mais le succès en était incertain et il fallait se ménager une retraite en cas de défaite.
« p. On désespérait alors du succès de la journée. Un conseil assez tumultueux se tenait auprès du roi. On ie pressait, de la part du général et au nom de la France, de ne pas s'exposer davantage. Le duc de Richelieu, lieutenant général, et qui* servait en qualité d'aide de camp du roi, arriva en ce moment. Il venait de reconnaître la colonne près de Fontenoy. Ayant ainsi couru de tous côtés, il se présente hors d'haleine, l'épée à la main et couvert de poussière. « Quelle nouvelle apportez-vous? lui dit le maréchal de Noailles ; quel est votre avis? — Ma nouvelle, dit le duc de Richelieu1, est que la bataille est ga-
(1) Voltaire fait la partie belle à son ami, à son héros, le duc de Richelieu, au détriment du maréchal de Saxe.
gnée si on le veut, et mon avis est qu'on fasse avancer dans l'instant quatre canons contre le front de la colonne; pendant que celte artillerie l'ébranlera, la maison du roi et les autres troupes l'entoureront, U faut tomber sur elle comme des fotirrageiirs. » Le roi se rendit le premier à cette idée. .
Vingt personnes se détachent. Le duc de Péquigny, appelé depuis le duc de Chaulnes, va faire pointer ces quatre .pièces; on les place vis-à-vis la colonne anglaise. Le duc de Richelieu court à bride abattue au nom du roi faire marcher sa maison ; il annonce cette nouvelle à M. de Monlesson qui la commandait. Le prince de Soubise rassemble ses gendarmes, le duc de Chaulnes ses chevau-légers, tout se forme en marche; quatre escadrons de la gendarmerie avancent à la droite de la maison du roi; les grenadiers à cheval sont à la tète, sous M. de Grille, leur capitaine, les mousquetaires comman dés par M. de Jumilhac se précipitent.
Dans ce même moment important, le comte d'Eu et le duc de Biron, à la droite, voyaient avec douleur les troupes d'Anthoin quitter leur poste, selon l'ordre positif du maréchal de Saxe. « Je prends sur moi la désobéissance, leur dit le duc de Biron ; je suis sûr que le roi l'approuvera dans un instant où tout va changer de face ; je réponds que M. le maréchal de Saxe le trouvera bon. » Le maréchal, qui arrivait dans cet endroit, informé delà résolution du roi, et de la bonne volonté des troupes, n'eut pas de peine à se rendre ; il changea de sentiment lorsqu'il en fallait changer, et fit rentrer le régiment de Piémont dans Anthoin; il se porta rapidement, malgré sa faiblesse, de la droite à la gauche, vers la brigade des Irlandais, recommandant à toutes les troupes qu'il rencontrait en chemin de ne plus faire de fausses charges et d'agir de concert.
Le duc de Biron, le comte d'Est rées, le marquis de Gioissi, le comte de Lowendal, lieutenants généraux, dirigent cette attaque nouvelle. Cinq escadrons de Penthièvre suivent M. de Croissi et ses enfants. Les régiments
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de Chabrillant, de Brancas, de Brionne, Aubeterre, Courten, accourent; guidés par leurs colonels; le régiment de Normandie, les carabiniers, entrent dans les premiers rangs delà colonne, et vengentleurs camarades tués dans leur première ebarge. Les Irlandais les secondent. La colonne était attaquée à la fojs de front et par les deux flancs.
En sept ou huit minutes, tout ce corps formidable est ouvert de tous côtés ; le général Posomby, le frère du comte d'Albcrmale, cinq colonels, cinq capitaines aux gardes, un nombre prodigieux d'officiers étaient renversés morts. Les Anglais se rallièrent, mais ils cédèrent; ils quittèrent le champ de bataille sans tumulte, sans confusion, et furent vaincus avec honneur l.
Le roi de France allait de régiment en régiment ; les cris de victoire et de « Vive le roi », les chapeaux en l'air, les étendards et les drapeaux percés de balles, les félicitations réciproques des officiers, qui s'embrassaient, formaient un spectacle dont tout le monde jouissait avec une joie tumultueuse. Le roi était tranquille, témoignant sa satisfaction et sa reconnaissance à tous les officiers généraux, et à tous les commandants des corps ; il ordonna qu'on eût soin des blessés, et qu'on traitât les ennemis comme ses propres sujets.
Le maréchal de Saxe, au milieu de ce triomphe, se fit porter vers le roi; il retrouva un reste de force pour embrasser ses genoux, et lui dire ces propres paroles : « Sire, j'ai assez vécu; je ne souhaitais de vivre aujourd'hui que pour voir Votre Majesté victorieuse. Vous voyez, ajoutat-il ensuite, à quoi tiennent les batailles. » Le roi le releva et l'embrassa tendrement.
... On est entré dans les détails sur cette seule bataille
(1) Les Anglais, dans cette bataille, perdirent 9.000 hommes tués ou blessés, 5.000 prisonniers et 40 canons. Les Français eurent 6.000 hommes hors de combat. La victoire de Fontenoy eut pour conséquence la prise du S.-O des Pays-Bas. Celle de Rocoux (au nord de Liège) nous valut le reste, et celle de Lawfeld (près de Maestricht) ouvrit l'entiée des Provinces-Unies. La chute de Maestricht amena la conclusion de la paix
ÉI'ITRE A BOttEAti 945
de Fontenoy. Son importance, le danger du roi et du dauphin l'exigeaient. Celle action décida du sort de la guerre, prépara la conquête des Pays-Bas, et servit de contrepoids à tous les événements malheureux. Ce qui rend encore cette bataille à jamais mémorable, c'est qu'elle fut gagnée lorsque le général, affaibli et presque expirant, ne pouvait plus agir. Le maréchal de Saxe avait fa i î la disposition, et les officiers français remportèrent la victoire.
(Cu.vp. XV.)
ÉPITRE A BoiLKAU
ou Mon Testament.
Mars 1769.
Boileau, correct auteur de quelques bons écrits,
Zoïle de Quinault et flatteur de Louis,
Mais oracle du goût dans cet art difficile
Où s'égayait Horace, 'ou travaillait Virgile,
Dans la cour du Palais, je naquis ton voisin 1 ; 5
De Ion siècle brillant mes yeux virent la fin :
Siècle de grands talents bien plus que de lumière,
Dont Corneille, en bronchant, sut ouvrir la carrière.
Je vis le jardinier de ton jardin d'Auteuil,
Qui chez toi, pour rimer, plantait le chèvrefeuil 2. 10
Chez ton neveu Dongois, je passai mon enfance,
Bon bourgeois qui se crut un homme d'importance3,
(1) Ce vers suffirait à lui seul pour trancher la question du lieu de naissance de Voltaire (V. plus haut, p. 2).r
(2) Allusion aux vers de î'Épître XI de Boileau.
Antoine, gouverneur de mon jardin d'Auteuil, Qui diriges chez moi l'if et le chèvrefeuil. La forme masculine chèvrefeuil est donnée par le Dictionnaire de - , «u"e (1694).
(3) L'illustre M Dongois, comme disait Boileau. était greffier en chef du Parlement. Il possédait près de Mantes, à Haute-Isle, une propriété, où son oncle aimait à se reposer l'été et qu'il a décrite dans l'Epitre VI (a Lamoignon).
Je veux l'écrire un mot sur tes sots ennemis
A l'Hôtel Rambouillet contre toi réunis,
Qui voulaient pour loyer de tes rimes sincères, 15
Couronné de lauriers, t'envoyer aux galères.
Ces petits beaux esprits craignaient la vérité,
Et du sel de tes vers la piquante àcreté.
Louis avait du goût, Louis aimait la gloire :
Il voulut que ta muse assurât sa mémoire; 20
Et, satirique heureux, par ton prince avoué,
Tu pus censurer tout, pourvu qu'il fût loué.
Bientôt les courtisans, ces singes de leur maitre *, Surent tes vers par cœur, et crurent s'y connaître. On admira dans toi jusqu'au style un peu dur 25
Dont tu défiguras le vainqueur de Namur2; Et sur Y Amour de Dieu ta triste psalmodie Du haineux janséniste en son lemps applaudie; Et Y Equivoque même, enfant plus ténébreux, D'un père sans vigueur avorton malheureux. 30
Des Muses dans ce temps, au pied du trône assises, On aimait les talents, on passait les sottises.
Après cette appréciation assez peu sympathique et même assez peu équitable de Boileau et de son rôle, Voltaire, dans une cinquantaine de vers satiriques, oppose son temps à celui de Boileau, puis il en vient à décrire sa propre attitude.
Ce temps est, réponds-tu, très bon pour la satire.
Mais quoi ! puis-je en mes vers, aiguisant un bon rnots 85
Affliger sans raison Pamour-propre d'un sot ;
Des Cotins de mou temps poursuivre la racaille,
Et railler un Coger3 dont tout Paris se raille ?
Non, ma muse m'appelle à de plus hauts emplois :
A chanter la vertu j'ai consacré ma voix. 90
... J'ose aux persécuteurs prêcher la tolérance;
Je dis au riche avare: assiste l'indigent ;
(1) La Fontaine avait appelé la cour : « peuple caméléon, peuple singe du maître. » {Les obsèques de la lionne) Fables VIJI, 17.
(2) Voltaire avait déjà écrit ce vers dans le Temple du goût. (V. plus haut, p. 186.) •
(3) Coger (1723-1780) était recteur de l'Université de Paris. Ayant pris parti contre les philosophes, il se désigna aux railleries de Voltaire.