DEUXIÈME PERSONNAGE
Ah ! que vieus-je d'entendre !
JOCASTE
Interprète des dieux, qu'osez-vous nous apprendre?
(A Œdipe.) Qui, vous ! de mon époux vous seriez l'assassin ? Vous à qui j'ai donné sa couronne et ma main? 790
(1) Dans le grec, la colère d'Œdipe est encore plus marquée,
Œdipe.
(Acte III, scène IV.)
Figure «le Gravelot. tirée de l'édition des Œuvres., de 176S.
Non, seigneur, non: des dieux l'oracle nous abuse ; Votre vertu dément la voix qui vous accuse.
PREMIER PERSONNAGE DU CHOEUR
O ciel, dont le pouvoir préside à notre sort, Nommez une autre tète, ou rendez-nous la mort.
PHILOCTÈTR
N'attendez point, seigneur, outrage pour outrage; 795
Je ne tirerai point un indigne avantage
Du x'evers inouï qui vous presse à mes yeux :
Je vous crois innocent malgré la voix des dieux,
Je vous rends la justice enfin qui vous est due,
Et que ce peuple et vous ne m'avez point rendue l. 800
Contre vos ennemis je vous offre mon bras ;
Entre un pontife et vous je ne balance pas.
Un prêtre, quel qu'il soit, quelque dieu qui l'inspire,
Doit prier pour ses rois, et non pas les maudire2.
gediim:
Quel excès de vertu ! mais quel comble d'horreur ! 805. L'un parle en demi-dieu, l'autre en prêtre imposteur.
(Au grand prêtre.) Voilà donc des autels quel est le privilège ! Grâce à l'impunité, ta bouche sacrilège, Pour accuser ton roi d'un forfait odieux, Abuse insolemment du commerce des dieux ' 840
Tu crois que mon courroux doit respecter encore Le ministère saint que ta main déshonore. Traître, au pied des autels il faudrait t'immoler, A l'aspect de tes dieux que ta voix fait parler.
LE GRAND PRÊTRE
Ma vie est en vos mains, vous en êtes le maître3 : 815
Profitez des moments que vous avez à l'être ; Aujourd'hui votre arrêt vous sera prononcé. Tremblez, malheureux roi, votre règne est passé ;
(i) V. plus haut, p. 21, l'analyse.
(2) V. p. 35, ce que nous disons de ces traits « philosophiques ».
(3) Sophocle a prêté au divin Tirésias plus de fierté, une confiance plu s haute dans son rôle et d'ans le dieu a"i le soutient.
OEDIPE 27
Une invisible main suspend sur votre tèle
Le glaive menaçant que la vengeance apprête ; 820
Bientôt, de vos forfaits vous-même épouvanté,
Fuyant loin de ce trône où vous êtes monté,
Privé des feux sacrés et des eaux salutaires,
Remplissant de vos cris les antres solitaires,
Partout d'un dieu vengeur vous sentirez les coups : 825
Vous chercherez la mort : la mort fuira de vous.
Le ciel, ce ciel témoin de tant d'objets funèbres,
N'aura plus pour vos yeux que d'horribles ténèbres :
Au crime, au châtiment, malgré vous destiné,
Vous seriez trop heureux de n'être jamais né. 830
OEuiPi-; J'ai forcé jusqu'ici ma Colère à l'entendre: Si ton sang méritait qu'on daignât le répandre, De ton juste trépas mes regards satisfaits De ta prédiction préviendraient les effets. Va, fuis, n'excite plus le transport qui m'agite, 835
Et respecte un courroux que ta présence irrite : Fuis, d'un mensonge indigne abominable auteur.
LE GRAND PUÊTRE
Vous me traitez toujours de traître et d'imposteur : Votre père autrefois me croyait plus sincère.
ŒDIPE
arrête : que dis-tu? qui? Polvbe mon père... 840
LE GRAND PRÊTRE
Vous apprendrez trop lot votre funeste sort ;
Ce jour va vous donner la naissance et la mort.
Vas destins sont comblés, vous allez vous connaître,
Malheureux ! savez-vous quel sang vous donna l'être?
Entouré de forfaits à vous seul réservés, 845
Savez-vous seulement avec qui vous vivez?
O Gorinthe! ô Phocide! exécrable hyménée!
.le vois naître une race impie, infortunée,
Digne de sa naissance, et de qui la fureur
Remplira l'univers d'épouvante et d'horreur. 850
Sortons.