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ORTHOGRAPHE

Les questions orthographiques étaient l'objet de vives discussions au temps de Voltaire. Les grammairiens (Dumarsais, Beauzée, d'Olivet) proposent des réformes hardies. Les philosophes (comme Duclos) se mêlent au débat et ne se montrent pas moins aventureux. Voltaire eut le mérite de faire aboutir une réforme assez simple, qui était demandée depuis longtemps, mais qui, devenue définitive après lui, a gardé son nom (1).

11 voulut qu'on écrivit par ai,, et non par oi, tous les imparfaits et conditionnels des verbes, quelques infinitifs tels que connaître et paraître, les mois faible et monnoie, avec leurs dérivés, el un certain nombre de noms dépeuples, dans lesquels on prononçait un c ouvert, tels que François, Anglois, Hollandois, etc.

(1) Il In réclamait depuis sa jeunesse : Dans l'édition de Zaïre de 1736, il annonce qu'il a imprimé Français par un a et il déclare qu'il en ainsi dans la nouvelle édition de la Henriade. (V. p. 167).

Voltaire écrivit à d'Olivet qu'étant « très dévoué à Saint François, il avait voulu le distinguer des Français ». (5 janvier 1767.)

Voilà ce que l'on appelle la réforme de Voltaire, qui n'alla pas sans protestations, mais qui, combattue par la plupart des grammairiens, ne fut reconnue définitivement par le Dictionnaire de l'Académie que dans l'édition de 183).

Voltaire était partisan de bien d'autres réformes, mais il ne put les faire prévaloir.

D'une manière générale il tend à rapprocher le plus possible l'orthographe de la prononciation. « L'écriture, dit-il dans le Dictionnaire philosophique (art. Orthographe), est la peinture de la voix : plus elle est ressemblante, meilleure elle est. » Mais ailleurs il se défend d'être « un de ces téméraires qui veulent transformer l'orthographe ». « Il m'a toujours semblé, dit-il, qu'on doit écrire comme on parle, pourvu qu'on ne choque pas trop l'usage, pourvu qu'on conserve les lettres qui font sentir l'étymologie et la vraie signification du mot. » (Lettre à l'abbé d'Olivet, 5 janvier 1767.)

Voltaire écrit toujours : je fesais, bienfesant, comme nous écrivons je ferai et je ferais. Il voulait supprimer l'o inutile dans les mots paon, faon, Laon.

11 écrit par un V et non par un W, les noms propres d'origine germanique, comme Vestphalie, Visigoth. Il orthographie même Virtemberg et non Vurtemberg. Il conserve le W pour les noms propres anglais.

Voici, à titre de document, l'orthographe authentique d'un court billet de Voltaire, en 1778. On remarquera l'absence d'accents et la rareté des signes de ponctuation.

A Madame de Saint-Julien.

Je scai bien ce que je désire mais je ne scais pas ce que je t'eray je suis malade, je soufre de la tête aux pieds il ny a que mon cœur de sain et cela nest bon a.rien.

(Ed. Mob^nd, vol. L) n« 10219.

Ci", l'orthographe des spécimens d'écriture que nous donnons par ailleurs, pp. 49, 459 et 965-

On a pu noter dans ces billets, en particulier dans le premier, la tendance à la simplification de l'orthographe : acomoder, ïranquilité, baucoup, poura, exenplaires, etc.

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