‹ Œuvres choisiesChapitre 28 sur 199 · TOME PREMIER, CONTENANT · texte numérisé non relu

TOME PREMIER, CONTENANT

Obdh>h avec la Critique, Hacone et MartaMHe.

qu'il a faite de celui de So- Le m au va ri Mi'nao t.

PHùcLL,dectlai d«CoR- La HtNRiAt>t > ivcv fa

neillj., & du lîtn. Critique.

J LA H A T E, ■ Chez P. Gosse & J. Nêàulme, M. DCC. XXVlll.

Titre de la première édition des Œuvres de Voltaire (1728).

le parterre, au lieu d'être frappé du pathétique qui pouvait être en cet endroit, ne sentit d'abord que le prétendu ridicule d'avoir mis ces vers dans la bouche d'acteurs peu accoutumés et il fit un éclat de rire. C'est ce qui m'a empêché dans Brutus de faire parler les sénateurs, quand Titus est accusé devant eux, et d'augmenter la terreur de la situation en exprimant l'étonnement et la douleur de ces pères de Rome, qui sans doute devaient marquer leur surprise autrement que par un jeu muet, qui même n'a pas été exécuté. »

« Les Anglais donnent beaucoup plus à l'action que nous ; ils parlent plus aux yeux... Il est certain qu'il est plus difficile de bien écrire que de meltre sur le théâtre des assassinats, des roues, des potences, des sorciers et des revenants. »

De Vamour. — « Des critiques judicieux pourraient- me demander pourquoi j'ai parlé d'amour dans une tragédie dont le titre est Junius Brutus; pourquoi j'ai mêlé cette passion avec l'austère vertu du sénat romain et la politique d'un ambassadeur...

« Vouloir de l'amour dans toutes les tragédies me paraît un goût efféminé ; l'en proscrire toujours est une mauvaise humeur bien déraisonnable... Les Grecs ont rarement hasardé cette passion sur le théâtre d'Athènes : premièrement, parce que leurs tragédies n'ayant roulé d'abord que sur des sujets terribles, l'esprit des spectateurs était plié à ce genre de spectacles; secondement, parce que les femmes menaient une vie beaucoup plus retirée que les nôtres et qu'ainsi le langage de l'amour n'étant pas, comme aujourd'hui, le sujet de toutes les conversations, les poètes en étaient moins invités à traiter cette passion, qui de toutes est la plus difficile à représenter, par les ménagements délicats qu'elle demande. Une troisième raison, qui me paraît assez forte, c'est que l'on n'avait point de comédiennes; les rôles de femmes étaient joués par des hommes masqués : il semble que l'amour eût été ridicule dans leur bouche. »

,..(( Le mal est que l'amour n'est souvent chez nos héros

BRUTUS 89

de théâtre que de la galanterie ; et que chez les vôtres il dégénère quelquefois en débauche... »

« Pour que l'amour soit digne du théâtre tragique, il faut qu'il soit le nœud nécessaire de la pièce... ; il faut que ce soit une passion véritablement tragique regardée comme une faiblesse et combattue par des remords. 11 faut ou que l'amour conduise aux malheurs et aux crimes, pour faire voir combien il est dangereux ; ou que la vertu en triomphe pour montrer qu'il n'est pas invincible ; sans cela, ce n'est plus qu'un amour d'églogue ou de comédie. »

« C'est à vous, Milord, à décider si j'ai rempli quelquesunes de ces conditions ; mais que vos amis daignent surtout ne point juger du génie et du goùl de notre nation par ce discours et par cette tragédie que je vous envoie. »

Page 1