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OU LES AMÉRICAINS

Tragédie en cinq actes.

27 janvier 1736.

Nous sommes transportés au Pérou, à Lima, au seizième siècle.

Acte premier. — Le vieuxgouverneur. Alvarez, résigne ses fonctions entre les mains de son fils Gusman. Il lui demande la grâce de plusieurs captifs auxquels il veut rendre la liberté, et comme Gusman lui représente que, pour se faire obéir des Américains, il faut les faire trembler, il répond en réprouvant ces rigueurs tyranniques :

« Ah ! Dieu nous envoya, quand de nous il fit choix, Pour annoncer son nom, pour faire aimer ses lois : Et nous, de ces climats ' destructeurs implacables, Nous, et d'or et de sang toujours insatiables, Déserteurs de ces lois qu'il fallait enseigner, Nous égorgeons ce peuple au lieu de le gagner. .. Nous seuls, en ces climats, nous sommes les barbares. »

Il rappelle qu'il a lui-même éprouvé la générosité des Américains. Un jour, clans une révolte, il s'est vu entouré, pris; ses soldats avaient péri. Mais, quand il s'est nommé, tous les bras de ses ennemis se sont désarmés. Un jeune homme, embrassant ses genoux, lui a dit : « Vivez, pour servir de père aux malheureux. Vivez, pour prouver la grandeur d'âme de ce peuple. »

Gusman consent à pardonner, mais à condition que les captifs se fassent chrétiens. Son père lui réplique « que les cœurs opprimés ne sont jamais soumis » et Gusman se rend.

Touché par la générosité d'Alvarez, un des rois du Potose, Montèze, s est converti au christianisme et il a promis à Alvarez la main de ~.i fille Alzire pour Gusman Mais celle-ci ■'• hait dons Gusman le

(1) Climat. V. Lex.

(2) Quand elle expose à son père la triste situation où elle est ré-

A 1,7, IRE

destructeur de sa nation et elle n'a pas oublié le. défenseur du pays, Zamore, son fiancé qui, dit-elle, a péri dans le combat. Sans se déconcerter devant Gusman, elle lai déclare qu'elle ne sait pas dissimuler.

« Qui peut se déguiser pourrait trahir sa loi : C'est un art de l'Europe : il n'est pas fait pour moi. » Cette fierté ne déplaît pas à Gusman.

Acte II. — Zamore. captif avec d'autres Américains, exhale sa fureur contre les vainqueurs qui lui ont pris son royaume et Alzire. Mis en liberté ainsi que ses compagnons par Alvarez, il s'étonne dr la générosité de' son bienfaiteur, si différent des autres Espagnols.

il reconnaît en lui le vieillard auquel il a, deux ans auparavant, sauvé la vie. Alvarez se déclare prêt à lui servir de père, il lui apprend que Montèze est vivant et va venir s'entretenir avec lui. Montèze trouve Zamore tout frémissant du désir de la vengeance et es»

saie de le calmer, mais Zamore lui rappelle ses promesses et lui redemande sa fille. Montèze, qui est converti, ne peut se faire comprendre ; Zamore le considère comme un traître et uu lâche. On vient prévenir Montèze qu'on l'attend pour la cérémonie. Zamore veut s'attacher à lui et le suivre, mais des gardes l'en empêchent.

L'acte III met Zamore en présence d'Alzire, au moment où elle vient d'épouser Gusman pour obéir à son père, sans savoir que Zamore fût vivant. Désespérée, la jeune femme demande à Zamore de l'immoler. Mais lui, il voit qu'Alzire l'aime toujours et il lui fait répéter l'aveu de cet amour. Sur ces entrefaites survient Alvarez qui présente à son fils Zamore comme son sauveur. Zamore, qui déteste Gusman, l'invective comme un exécrable tyran. Alvarez ému et déconcerté presse son fils de répondre, mais celui-ci ne veut pas

duite, victime près d'être immolée à la volonté «le son père, Alzire rappelle Iphigénie. Plus loin, c'est à Zaïre qu'elle fera penser.

Mlle Duchesnois dans le rùlc d'Alzire,

d'après un dessin de Gnaumont, gravé

par Ghaponnier.

s'abaisser à répondre à un esclave. Alzire placée entre son amant dont la séparent ses serments et un époux qu'elle déteste, déclare qu'elle ne peut appartenir ni à l'un ni à l'autre et demande la mort. Gusman furieux comple punir Alzire, en livrant son rival au supplice. A ce moment, on vient lui annoncer que les Indiens révoltés assiègent la ville. 11 vole au combat.

Acte IV. — Après la victoire, il ne respire que la vengeance. Son père lui demande de pardonner à Zamore et de gagner par sa clémence le cœur d'Alzire. Celle-ci dans un langage plein de sincérité et d'audace vient demander à son mari la grâce de Zamore. Elle proteste que la générosité seule peut changer ses sentiments. Gusman la réprimande avec hauteur, mais il ne la repousse pas. Alzire cependant cherche à faire ouvrir la prison.

Zamore mis en liberté par Alzire lui demande de le suivre. Elle résiste à ses instances, à ses reproches, retenue qu'elle est par sa parole. Il s'en va la rage au cœur.

Acte V. — Zamore, en se jetant sous un déguisement dans le palais, a pu approcher de Gusman et le frapper. Le meurtrier va périr, les Espagnols réclament le supplice d'Alzire, que l'on croit sa complice. Celle-ci, rencontrant Zamore avant de monter sur l'èchafaud, bénit le trépas qui l'arrache à Gusman et la rend à Zamore.

Cependant Alvarez, chargé par le tribunal de venger Gusman, promet à Zamore le pardon pour Alzire et pour lui s'il se fait chrétien. Zamore, qui n'est nullement converti, ne se soucie pas d'acheter la vie à ce prix. Mais il s'agit aussi de la vie d'Alzire : il la consulte, elle lui conseille de rester sincère et, « si Dieu ne lui donne une clarté nouvelle, » de mourir sans trahir sa conscience ' ». Alors on amène Gusman, dont la blessure est plus grave que l'on n'avait cru d'abord et qui veut expirer entre les bras de son père.

Ce n'est plus le même homme. Au moment de mourir, il s'élève à des vertus qu'il ne comprenait pas. 11 pardonne à Zamore et il veut lui montrer par sa clémence la supériorité du christianisme. Il remet Alzire à son rival. Celui-ci, confondu, se jette à ses pieds. Il admire l'héroïsme de son ennemi et commence à croire que la loi qui commande un si sublime effort est la loi de Dieu même.

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