ALVAREZ
Mon fils mourant, mon fils, ô comble de douleur !
ZAMOKE, à Gusman.
Tu veux donc jusqu'au bout consommer ta fureur? Viens, vois couler mon sang, puisque tu vis encore, 4365 Viens apprendre à mourir en regardant Zamore
GUSMAN, à Zamore.
Il est, d'autres vertus que je veux t'enseigner. Je dois un autre exemple, et je viens le donner.
(A Alvarez.)
Le (Jiel, qui veut ma mort, et qui l'a suspendue,
Mou père, en ce moment, m'amène à votre vue. 1370
Mon âme fugitive, et prête à me quitter,
S'arrête devant vous... mais pour vous imiter.
Je meurs ; le voile tombe; un nouveau jour m'éclaire;
Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière ;
J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cercueil, 1375
Gémir l'humanité du poids de mon orgueil.
Le ciel venge la terre : il est juste ; et ma vie
Ne peut payer le sang dont ma main s'est rougie.
Le bonheur m'aveugla, la mort m'a détrompé.
Je pardonne à la main par qui Dieu m'a frappé. 1380
J'étais maître eu ces lieux, seul j'y commande encore :
Seul je puis faire grâce, et la1 fais à Zamore.
Vis, superbe ennemi, sois libre, et te souvien2
Quel fut et le devoir et la mort d'un chrétien.
(A Montèze, qui se jette à ses pieds.) Montèze, Américains, qui fûtes mes victimes, 1385
Songez que ma clémence a surpassé mes crimes. Instruisez l'Amérique; apprenez à ses rois Que les cbréliens sont nés pour leur donner des lois.
(A Zamore.) Des dieux que nous servons connais la différence3 :
(1) V. Notes gramm., p. 9S4, IV, i, 2.
(2) Souvien sans s, licence poétique pour la rime.
(3) Ce vers souvent cité traduit une peDsée chère à Voltaire et donne
Les tiens t'ont commandé le meurtre et la vengeance ; 1390 Et le mien, quand ton bras vient de m'assassiner, M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.