ACTE III. — SCENE IV MÉROPE, 1SMÉNIE, ËURYCLÈS, EGISTHE enchaînai
GAKDES, SACRIFICATEURS.
MÉROPE
Qu'on amène à mes y.eux cette horrible victime. 68a
Inventons des tourments qui soient égaux au crime;
(1) Mérope, croyant que son fils a été assassiné et que le meui-
MEROPE 371
Ils ne pourront jamais égaler ma douleur.
ÉGISTHE
On m'a vendu bien cher un instant de faveur, Secourez-moi, grands dieux, à l'innocent propices.
EURYCLÈS
Avant que d'expirer, qu'il nomme ses complices. 690
MÉROPE, avançant.
Oui; sans doute, il faut. Monstre! qui t'a porté A- ce comble du crime, à tant de cruauté? Que t'ai-je fait ?
ÉGISTHE
Les dieux, qui vengent le parjure, Sont témoins si ma bouche a connu l'imposture. J'avais dit à vos pieds la simple vérité ; 695
J'avais déjà fléchi votre cœur irrité ; Vous étendiez sur mol voire main protectrice : Qui peut avoir sitôt lassé votre justice? Et quel est doue ce sang qu'a versé mon erreur ? Quel nouvel intérêt vous parle en sa faveur? 700
MÉROPE
Quel intérêt? barbare !
ÉGISTHK
Hélas ! sur son visage J'entrevois de la mort la douloureuse image : Que j'en suis attendri ! j'aurais voulu cent fois Racheter de mou sang l'état où je la vois.
MÉROPE Le cruel ! à quel point on l'instruisit à feindre ! 705
Il m'arrache la vie, et semble encor me plaindre !
(Elle se jette dans les bras d'Isménie.)
EURYCLÈS
Madame, vengez-vous, et vengez à la fois Les lois, et la nature, et le sang de nos rois.
trier est le jeune homme qui vient d être arrêté, se tait amener relui ci pour le punir elle-même — Kuryclès est un favori de la reine.
ÉGISTHE
A la cour de ces rois telle est donc la juslice !
On m'accueille, on me flatte; on résout mon supplice! 710
Quel destin m'arrachait à mes tristes forêts?
Vieillard infortuné, quels seront vos regrets ?
Mère trop malheureuse, et dont la voix si chère
M'avait prédit...
MÉROPE
Barbare ! il te reste une mère!
Je serais mère eucor sans toi, sans ta fureur. 715
Tu m'as ravi mon. fils.
ÉGISTHE
Si tel est mon malheur, S'il était votre fils, je suis trop condamnable. Mon cœur est innocent, mais ma main est coupable. Que je suis malheureux ! Le ciel sait qu'aujourd'hui J'aurais donné ma vie et pour vous et pour lui. 720
MÉROPK
Quoi, traître ! quand ta main lui ravit, cette armure...
ÉGISTHE
Elle est à moi.
MÉUOPE
Comment? que dis-tu?
ÉGISTHE
Je vous jute Par vous, par ce cher fils, par vos divins aïeux, Que mon père en mes mains mit ce don précieux.
MÉROPE
Qui, ton père? En Élide? En quel trouble il me jette! 725 Son nom? parle, réponds.
ÉGISTHE
Son nom est Polyclète :
Je vous l'ai déjà dit.
MÉROPE
Tu m'arraches le cœur.
Quelle indigne pitié suspendait ma fureur!
MEROPE 373
C'en est trop : secondez la rage qui me guide
Qu'on traîne à ce tombeau ce monstre, ce perfide. 730
(Levant le poignard.) Mânes de mon cher fils ! mes bras ensanglantés... NARRAS, paraissant avec précipitation .
Qu'allez-vous faire, ô dieux !
■MÉROPE
Qui m'appelle ?
NARBAS
Arrêtez !
Hélas! il est perdu, si je nomme sa mère, S'il est connu.
MÉROPE
Meurs, traître!
NARRAS
Arrêtez !
ÉGISTHE, tournant les yeux vers Narbas.
O mon père !
Son père !
ÉGISTHE, à Narbas.
Hélas! que vois-je? où portez-vous vos pas? 735 Venez-vous être ici témoin de mon trépas ?
NARBAS
Ah ! madame, empêchez qu'on achève le crime. Euryclès, écoutez, écartez la victime :
Que je vous parle.
El'RYCLÈS, emmène Égisthe. et ferme le fond du théâtre.
O ciel !
MÉROPE, «'avançant Vous me faites trembler :
J'allais venger mon fils.
>ARBAS, se jetant à genoux.
Vous alliez l'immoler. 740
Égisthe...
MÉROPE, laissant tomber le poignard.
Eh bien ! Égisthe ?
NARBAS
O reine infortunée !
Celui dont voire main tranchait la destinée, C'est Égislhe...
MÉROPK
Il vivrai! !