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AU LIEUTENANT GÉNÉRAL DE POLICE

30 août 1748.

Monsieur, j'apprends, en arrivant à Paris, que le public reçoit avec quelque indulgence une tragédie d'un goùl un peu nouveau 3, que vous honorez de vos bontés. Des pièces de théâtre qui respirent la vertu sont par là une partie de la police digne de votre attention. Je vous supplie de vouloir bien ordonner que deux exempts soient sur le théâtre pour faire ranger une foule de jeunes Français qui ne sont guère faits pour se rencontrer avec des Babyloniens4.

(1) Voltaire et Mme du Châtelet se trouvaient alors à la cour de Stanislas, ancien roi de Pologne, qui avait reçu la souveraineté de la Lorraine et du duché de Bar au traité de Vienne (1738), en compensation de ses États. Le roi résidait alternativement à Nancy et à Lunéville.

(2\ M. Berryer.

(3) La Sémiramis de Voltaire (29 août 1748) était surtout nouvelle par l'importance donnée au spectacle et par l'apparition d'une ombre, celle du roi Ninus (au IIIe acte). Le lieutenant général de police s'était entremis pour faire rétablir quelques vers retranchés par la censure. Le vieux poète Crébillon, qui exerçait les fonctions de censeur, était d'autant moins bien disposé pour la tragédie de Voltaire qu'il en avait fait une lui-même sur le même sujet, en 1717,

(4) La scène était encombrée par les banquettes des spectateurs privilégiés. Quand l'ombre de Ninus avait paru dans ces conditions, il avait fallu que l'on criât : « Place à l'ombre », ce qui avait produit un effet d'hilarité. Ces malencontreuses banquettes ne furent supprimées que le 23 mai 1759. à l'instigation de Voltaire et sur l'initiative du duc

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