‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 101 sur 221 · JUPITER, JUNON · texte numérisé non relu

JUPITER, JUNON

JUPITER, à eoa aigle.

Va, mon ami, va chercher Ganymède; et dis-lui qu'il apporte du nectar. Je veux prendre ici du poil de la bête. Eh bien ! ne voilà-l-il pas ma diable de femmo qui est encore sur mes talons ! Je méritais bien quelque moment de liberté, pour la peine de n'avoir pas découché; et le pis que j'y trouve, c'est qu'il faut encore lui faire bonne mine. Ah ! le maudit meuble, qu'une femme immortelle!

JUNON

J'aurais été bien étonnée que le jour vous eût retrouvé à mes côtés. Oh ça ! pour combien de siècles en voilà-t-il?

JOPITER.

Junon, vous grondez toujours. Cependant vous devriez, pour cette fois-ci, être assez contente.

JDNON.

Voilà de nos gens qui font rarement leur devoir. Ik sont si fiers, quand il leur arrive d'être use fois dans les règles, qu'ils ne cessent pas de s'en targuer.

JCPITER.

Bon ! montons déjà sur nos grands chevaux.

AlB : De quoi vous plaignez-vous^

De quoi vous plaignez-vous?

Ah ! vous me rompez la tête !

Morbleu ! défaites-vous

De cet esprit j aloux !

Peut-on rien de plus homaête !

Quoique je sois votre époux,

Nous soupons tête à tête,

Et je couche avec vous.

N'allez pas vous en vanter. Je serais au désespoir qu'on le sût dans l'Olympe. De l'amour, entre des époux de notre condition ! Fi ! des bourgeois même en auraient honte. Cependant je brave la mode : j'ai des complaisances ; je vous donne le mouchoir, et vous murmurez ! Oh!... quelles preuves encore voulez-vous d'un feu conjugal ?

JDNON.

Le beau feu d'étoupes ! vantez-vous en bien : vous avez

bonne grâce. îl en faudrait bien comme celui-là pour éteindre ceux des gourgandines après qui vous courez. 3lais on les chauffe de gros bois, celles-là, pendant que d'honnêtes femmes sont régalées d'une diligence.

AïK : De la jalousie.

Suis-je une femme sans cervelle?

Pensez-vous que je sois sans yeux?

Si le jour vous étiez fidèle, La nuit, les choses iraient mieux, Si vous m'aimiez constamment...

(Jupiter rit )

Bon , bon ! riez bien maintenant !

Ah! je veux qu'un jour

Vénus vous attrape :

Vous aurez un jour

Besoin d'Esculape; Nous rirons à notre tour.

JOPITER.

Ah! belle Junon^ ne m'accusez point de libertinage. Ave/;vous oublié déjà les serments que je viens de faire d'une inviolable fidélité ?

JDNON.

Non ; mais c'est vous qui les aurez bientôt oubliés. Preuve de cela, c'est que vous n'avez eu garde de juv^r par le Styx. Voyons, faites ce sermcnt-là : vous n'osez ?

JOPITER.

Il faudrait aimer avec moins de délicatesse que je n'en ai.

Vous croiriez ne plus devoir ma fidélité qu'à ce terrible serment, et vous ne la tiendrez que de znon cœur. Mais, ma petite femme, ne t'ai-je prouvé ma tendresse que par des serments ? heim !

JDNON.

Encore ! nous y revenons toujours. Eh ! ne vous faites pas tout blanc de cette épée de chevet ! Nous savons bien à qui nous en avons l'obligation.

JUPITER

Et à qui, si ce n'est à moi ?

JUKON.

Aux fumées du nectar, dont vous vous étiez fait verser plus qu'à votre ordinaire.

JUPITER

Eii ! ma pleine lune ! canne de sucre ! âme de mon âme ! angle de mon foyer !

JDNON.

Tenez, l'animal, avec ses douceurs orientales !

JUPITER

En voulez-vous du ponant ? Ma poulette ! mon cœur î mon petit nez! ma reine !...

JDNON.

Portez plus loin vos fadeurs.

JDPITÊR.

Attendez. Vous voulez peut-être des mignardises \ la Suisse? Parti, par mon foi, moi li être toute prête d'en fournir à fous.

Allons, mondame, un petit débauche encore. Recoinniençuiis le trinouemane, et fumons chacun son pipe.

GANYMÈDE, en vendeur de titane, eolranl

A la fraîche! qui veut boire?

JUPITER

Holà ! petit garçonne, à boire peur moi et mon clioli diablesse.

J D N 0 N , donnant un soufflet à Ganyn)pde.

Retirez-vous, petit coquin : je vous trouve encore bien hardi de me rire au nez ! Mais voyez ce petit insolent ! Ote-toi de mes yeux!

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