ACTE II, SCÈNE IV
Le temps lui a bien accourci les ailes, mais lui a diablement allongé les oreilles, en récompense. Pendant que nous sommes dessus , caracolons un peu et faisons le manège, (n prque des deux; la mazetio rue.) Ma fcmmc, gare! gare! mcts-toi de côté : tu vas voir beau jeu, encore que la corde soit rompue. Cboisissons : sur quel ton le prendrai-je? Faisons du tragique. Cela est beau, long et facile. Allons, gai ! Un impromptu de deux mille vers.
(Il pique, repique; Pégase fait des haut-le-corps , des Toltes, etc. Arlequin se tient aux crins et s'écrie : )
Oui, tous ces conquérants rassemblés sur ce bord, Soldats, sous Alexandre, et rois après sa mort*...
(Là, il culbute sur le dos, se relève pesamment, la main sur le bas de l'échiné, qu'il se frotte douloureusement, répétant : « Après sa mort... après sa mort... »)
Me voilà tout éclopé. Jarnibleu, c'est bien dommage ! J'allais beau train! Regagnons l'élrier.
(Il se rapproche de Pégase, qui conlinne ses courbettes ; il le flatte et fait si bien , qu'il se remet en selle.)
OÙ en étais-je? Là, là, là, bellement, mon ami! Allons, bride en main ! Pian piano I pian piano ! Un peu d'épû dramatique. Cela repose les poumons. Partons.
(Il rentre en enthousiasme, et prononce avec emphase:) Je chante Romulus... Pégase, attends, demeures!
1. les deux premiers vers à.'Arlémire (1720). (Voir pag. 43 de ce -vol., la lettre oîi Piron se prévaut d'avoir raconté cette scène devant Voltaire.)
Je chante Romulus, qui, pendant vingt-quatre henres, Vit tramer contre lui quatre ou cinq attentats, Et sut les esquiver par quatre ou cinq combats...
Oh ! ma foi, voilà trop de besogne pour le moment : remettons cela à une autre fois, et pelotons en attendant partie. (a pêçase.) Çà, mou drôle, je veux ne faire qu'une petite fable; là, quelque chose de gai, de riant, de léger, d'enfantin. Mettons-nous au pas, comme quand tu vas à la fontaine. Fort bien, (n récite.)
Dom Jugement, dame Mémoire, Et demoiselle Imagination...
Et demoiselle Imagination! Voilà un vers heureux! Qu'on dise encore qu'on s'y perd en épithètes superflues! Et demoiselle Imagination ! La mesure y est, il n'y a plus qu'une rime à trouver. Et demoiselle Imagination ! Les cinq pieds y sont. Parle donc, cheval; où senties tiens? Es-tu de bronze? Il s'appesantit de plus en plus. Et demoiselle Imagination ! Le voilà fourbu ! Il s'arrête, il plie le jarret. Et demoiselle Imagination ! Il donne de la croupe à terre : nous voici bien ! Peste soit de la lourde Imagination, qui rompt bras et jambes à ma rosse. Et demoiselle Imagination ! Bon ! nous voilà embourbés. Je veux pourtant aller jusqu'à la rime : je n'en suis pas loin. Iras-tu, criquet, chienne de haridelle ! Imagination... Imagination... Il faut un coup de feu pour rimer là-dessus. Je m'y rends. Ma femme, par charité, va m'emplir le cul de mon chapeau, de l'eau de l'une de ces fontaines.
(Elle prend le chapeau, en rreu-e la forme, et va puiser.) TeT>eZ, VOllà