‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 122 sur 221 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

sens de nature pour en approcher. Le courant l'entraînait à frauche : le maudit vent qu'il faisait te faisait voler à droite; l'instinct me tirait vers le tonneau. Je vOyais l'instant où tu Sallais souiller du meurtre de ton cher époux : tu m'étran- |flais. Pour t'épargner ce paçricijje, j'ai tiré des ciseaux de ma poche, et, crac, je me suis mis à l'aise, en te recommandant aux dieux. J'ai agrippé le tonneau, l'ai enjambé; et^ ne te voyant pas tomber, je m'étais flatté jusqu'ici, l'ayant laissée p^us près du ciel que de la terre, que tu aurais pris le plus court chemin, en achevant la montée, au lieu de tenter la descente. Tu as pensé autrement; tu ne m'as pas voulu quitter, que tu ne me susses noyé. Grâce au ciel, nous ne le sommes ni l'un ni l'autre : nous voici encore ensemble, et je n'ai été veuf qu'une heure ou deux. Mais, dis-moi, par quelle diable de voiture as-tu pu débarquer du haut des airs ici -bas ?

PYRRHA désigne encore ici, plus fort que la première fois, qu'elle ne saurait parler.

ARLEQUIN

Ce n'est, ma foi, pas pour rire : voilà une femme devenue absolument muette. Cela lui vient de la peur. Parbleu, la Peur, convenons-en, est une divinité bien puissante. J'ai lu, dans une vieille histoire, qu'elle délia la langue à un enfant de trois mois, qui voyait qu'on allait tuer son père : le prodige était grand, puisqu'il frappa les assassins et les désarma. En voici bien un autre! Arrêter la langue d'une femme, et d'une femme comme la mienne, cela passe le prodige. U

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faut le voir pour le croire. Il se faut résigner à tout; et même tout prendre, tant qu'on peut, du bon côté ! Eh bien ! j'avais le bonheur d'èlre veuf; je ne le suis plus : patience! Elle est muette; du moins, il n'y a que demi-mal. (a pyrrha.) Apprends-nous au moins par quelque signe comment, après t'avoir laissée au haut des nues, je te retrouve ici, sans que tu te sois cassé bras ni jambes.

PYRRHA fait les démonstrations qu'elle imagine, faisant claquer sa langue contre le palais, et remuant ses bras comme deux ailes, pour faire entendie qu'elle est venue , montée sur le cheval Pégase.

ARLEQUIN

J'y suis. Je t'entends. Tenez, ce sera ce maudit Pégase qu'elle aura trouvé en l'air sous sa main, au moment précis où je tranchais le fil deses^joujis. (a pa.t.) Ce clieval-!à est né pour se charger de bien mauvaises marchandises. (Haut.) Je te félicite d'une si belle rencontre; et oiî est-il? Ne pourraistu pas me montrer où tu l'as laissé?

PYRRHA lui montre l'endroit où il a disparu, en la posant à terre. Il y court; et Pyrrha, restée seule, fait un monologue-pantomime qui tend à exprimer sa joie et son étonnement.

ARLEQUIN rentre, monté sur Pégase, qui a des oreilles d'âne «t des ailes de dindon. II. est caparapoinié d'affiches des pièces nouvelles jouées cette année. Ilomulas est sur le poitrail, et la MorI d'Aiiiiibali au cul; le cavalier, dans son style polisson, plaisant* sur cette Mûri au cul. Puis, repie-

nanl sou style de tliéàtre : -

Enfin, le voilà donc, ce cheval admirable, Si fameux, si vanté dans riiistoire et la fable!

(. Annibal, tragédie de Marivaux, non pas de l'année, mais de 1720, et la v-ptième on luiilii;mc *.ragédie àWnnibal connue.

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