‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 129 sur 221 · ÉTIQUETTE · texte numérisé non relu

ÉTIQUETTE

POUR le sieur Mathanaze, admirateur des Anciens ; CONTRE dame Piiilantie, admiratrice des Modernes.

Ce procès ne pouvait mieux tomber. Il est ici chez le juge compétent. Je remettrai tantôt les pièces sur le bureau d'Apollon. Il ferait bien d'être pour l'admirateur des Anciens; m^is les neuf Pucelles seront, à coup sûr, pour les Modernes. Oh se tiguonnera, et cela me donnera du passe-temps.

(iiaveint une paire de pistoieis. ) Tubleu ! voici Une aulre drogue,

celle-ci! (ll les examine, les bande, les louroe el Icsviie.) 11 faUt dire

la vérité, ces coquins d'hommes étaient bien adroits. Si je ne suis le plus fort, a dit l'un, je serai le plus traître. On inventa cela pour tuer, et tuer à coup sûr, à l'aise, en remuant un doigt. Avec cela, le plus lâche tuait le plus brave. Eh li ! Dans les premiers temps on s'assommait avec des pierres et des massues : quelle grossièreté ! Vivent les nations policées ! Puisque nous ne pouvons nous passer de nous tuer, tuons-nous ; soit : mais tuons-nous-'proprement, lacilement, et comme on ne se tuait pas dans les temps de /Barbarie. Une pincée de poudre, du plomb, gros comme rien, là dedans, paf ! je mets un César à terre.

(En disant cela, il lâche le pistolet, qui part; il le laisse choir et lui-même tombe à terre de frayeur. Pyrrha, qui est tombée aussi, se relève la première et lui prend la main pour le relever à son tour. )

ARLEQUIN, d'une voii faibie.

Qui est-ce qui me tire? Est-ce Alecton, Mégère, ou Tisiphone? (il 96 lève.) Ah! c'est toi, Pyrrha! Je ne suis donc pas encore mort? Continuons de vivre, en attendant mieux. (Il ramasse les pistoieis.) Voilà une amie bien brutale! J'en fus aussi toujours l'ennemi capital. Il ne sera pas dit que j'aurai transmis cette machine scandaleuse à la postéjité, s'il y en a

jamais une. (il les jcue le plus loin quil peut dans la mer, l'un après

l'ïutre.) Allez-vous en à tous les diables, d'où vous venez; et que d'ici à la fin des temps on n'entende plus parler de

Page 1