LE CHEVALIER DE BELLE-ISLE
Preux Chevalier, que Mars et sa maîtresse Puissent couyrir de myrlc et de lauriers ! Or, écoutez un hère en grand' détresse, Qui craint bien Dieu, puis après les huissiers.
1. Piron, à l'occasion de cette pièce, a écrit une note explicative que nous allons donner. Oubliant sans doute qu'il l'avait faite , il en a écrit une seconde que les éditeurs nous semblent avoir rappoi-tée à tort à une pièce différente. Selon nous, les deux notes ne sont qu'une variante. On va, du reste, en juger, car nous les donnons toutes deux :
t En arrivant à Paris, dit Piron, je me trouvai dans la nécessité d'entrer ; chez le chevalier de Belle-Isle, qui m'employa à copier toutes sortes de » vieux grimoires du comte de Boulainvilliers, qu'il regardait comme les
• oracles de la Sibylle. J'avais pour compagnon de travail un soldat aux
• Gardes, qui, de son coté, copiait, à 20 sols par Jour, d'autres misères à sa » portée. Notre laboratoire commun était un bouge de laquais. Ayant travaillé
• pendant quelques mois, n'enter, i a ut pas parler du chevalier, ne l'ayant pa« I même aperçu, et a>3nt besoin d'argent pour vivre, je m'avisai d'attacher
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Mon aubergiste, un de mes créanciers,
Pour qui, le plus, je me sens de tendresse
(Même deux fois par jour lui fais caresse),
Jà me reçoit si très-peu volontiers,
Qu'il ferme l'huis dès qu'il voit que j'arrive :
Si faut-il vivre et griffonner pour vous.
Je le voudrais; mais comment, entre nous.
Si n'ai pécune, entend-on que je vive?
Bien mieux : comment (je le demande à tous) ,
Si je ne vis, entend-on que j'écrive?
Je ne le sais. Or, donnez-moi de quoi.
Voilà le point. Puis excusez ma Muse
De vous offrir vers de pareil aloi.
Faim fait faillir : je l'ai : c'est mon excuse*
Vous déplaît-elle? eh bien, ôtez-la-moi.
• ces vers aa col d'ane cnienne de caasse, qni nous tenait quelquefois compa-
• gnie, espérant que le cheralier, en voyant ces vers, s'informerait au moins
• de qui ils étaient et me payerait; mais je fus trompé dans mon attente. >
Voici la seconde note de Piron, plus abrégée, mais également piquante :
• Il y avait plus de six mois que le chevalier de Belle-Isle m'employait » à copier je ne sais quelles vieilles rapsodies politiques, et qu'il ne me payait » pas. J'imaginai d'entourer de ces vers le collier de son chien de chasse fa-
• vori, dans l'espoir que son maître s'inrormerail de qui po<ivaient être ces
• vers, et qu'il me payerait; mais je n'entendis parler ai de:> vers ni d» I payement : ce qui m'engagea, huit ou quinze jours après, de me servir du
• même stratagème qui me réussit, car je fus pï;é. •
Nous donnerons les deux pièces à la suite l'une ae l'autre. — C'est de la deuxième pièce, selon nous, qne Piron a dit qu'elle réussit et qfi'elle le flt payer.