‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 205 sur 221 · FABLE S · texte numérisé non relu

FABLE S

Elle était jeune, était belle (On pevi s'en était fallu).

Et ce peu la laissait telle, Qu'une plus belle eût moins plu.

Bref, le fuyard, flit l'histoire.

S'empêtra dans le lien :

Pigeon n'aime que trop bien, N'étant pas, comme on peut croire, L'oiseau de Vénus pour rien.

On l'aimait, en récompense,

Peut-être au fond, presque point,

Mais assez en apparence ;

Et c'est toujours un grand point

Pour l'amant en défiance.

Déjà, cependant, en l'air

Régnait l'orageux Borée :

Déjà s'approchait l'hiver.

Au voyage d'outre-mer.

L'hirondelle est préparée :

Ne plus vivre en même lieu !

0 disgrâce sans égale !

Arriva l'heure fatale, Qu'il fallut se dire adieu.

Quand ce mot des bouches tombe.

Malheur aux cœurs de colombe I « Consolez-vous, mou ami, Lui répétait l'iiirondelle :

o2G FABLE

C'est trop pleuré, trop gémi.

Je vaux une tourterelle.

Je retournerai fidèle,

Et sans déchet, ni demi. »

A ces mots, la favorite

Passe au pays tempéré ;

Et par un hrns d'Amphitrito,

Le couple est tôt séparé.

L'oiseau reste, se désole.

Eh ! pourquoi ces cns perçants?

Le voyage, pour qui vole,

Ne paraît pas des plus grands.

Trois mois ne sont pas mille ans.

Surtout trois mois d'espérance.

Non; mais, pour un tendre amant,

Fut-il jamais courte absence,

Ni petit éloignement?

A chaque moment qui passe,

L'amour, en cas pareil, fait

Compter plus d'un siècle, et met.

Entre l'un et l'autre objet,

Les deux pôles pour espace.

Enfin le printemps paraît,

Et ramène l'hirondelle :

Le pigeon la voit, l'appelle,

Et Progné le reconnaît.

« Que me voulez- vous? » dit-elle.

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