A L'AIMABLE V
A mon départ de Dijon, en 1719.
Belle et jeune Amarille, avant Theure fatale Qui me va pour jamais arracher de ces lieux, Souffrez qu'un instant de morale Se mêle à mes derniers adieux.
Pour enchaîner les cœurs, vous n'avez qu'à paraître: Et vous en avez un facile à s'enflammer : Vous êtes telle qu'il faut être Pour être aimée et pour aimer.
Je ne bornerai point le pouvoir de vos charmes : Bientôt le temps rapide en saura disposer; Mais épargnez-vous les alarmes Que vous seule devez causer.
N'aimez jamais. Fuyez l'amour iinpiloyaltie ! Malheur au faible cœur qui s'y laisse liDpurter ! Son jouy est un fardeau qui nous semble ;i;^réuble Tant qu'un autre avec nous se plait à le jiDrtcr;
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Mais cet autre bientôt vient à se rebuter : Tout le fardeau nous reste alors et nous accable.
Sous un air simple et doucereux.
C'est un enfant malin dont le ris puéiiie Me promet rien d'abord que de doux et d'IieureuN^
Mais ce ris est plus dangereux
Que les larmes du crocodile.
C'est un monstre plein de venin,
Dont la seule approche empoisonne.
Et qui, sous un masque bénin,
Cache une face de Gorgone; Un barbare, un tyran, un traître, un séducteur, De l'aveugle jeunesse ardent persécuteur,
Pour Vous d'autant plus redoutable,
Que, rencontrant dans vos appas
De quoi se rendre inévitable.
Il est sans cesse sur vos pas.
Qu'est-ce au fond qu'une tendre llanime?
Tout en est vain, tout en est faux ;
Si vous en exceptez les maux, Rien de vrai, de réel, ne s'y présente à l'ànie. Entretiens dérobés, ouvertures de cœurs
Contre des parents en furie, Soupirs, complots secrets, doux baisers, tendres pleurs. Jalousie obhgeante et sur-le-champ guérie :
Tout cela, source de malheurs !
C'est pour ces douceurs délicates Que le perfide amour nous mène à mille ennuis;
POÉSIES DIVERSES f>3<
Qu'il me parut charmant quand vous me l'inspirâtes !
Qu'il me l'a paru peu depuis!
Je ne fus pas longtemps paisible !
Tout me devint contraire après que tout m'eût ri .
Revers, en amour, infaillible!
Pensez-vous en être à l'abri?
N'est-il pas des ingrats comme il est des ingrates?
Votre cœur seul est-il léger ?
Peut-être le rival, pour qui vous me l'ôtâtes,
Est sur le point de me venger.
Et qu'avez-vous qui vous réponde Que vous ne soyez pas, comme un autre, en danger? Est-ce sur vos attraits que votre espoir se fonde?
Inutile et faible raison ! ■»
Les bords de Naxe * ont vu les plus beaux yeux au moude D'un fugitif ingrat pleurer la trahison. Le caprice est la loi qui seule est obéie; Tel adore aujourd'hui qui demain peut haïr. Vous n'aviez qu'un moyen de n'être point trahie :
C'était de ne me point trahir.
Vous l'avez fait : ma perle en rendra témoignage. C'est à moi d'en gémir, à vous d'en profiter; Heureux dans mes malheurs si, du moins, leur imago
Sert à vous les faire éviter !
t, L'ile de Naios, où Ariane (ut, dit-on, abandonnée parTIiésée.
MADRIG.\L
Vous dites que jamais lettre ne fut si tendre 1
Quand vous saurez d'où j'ai ce talent merveilleux, Il cessera de vous surprendre.
Voulant écrire un jour à celle dont les yeux Ont allumé le feu qui me consume.
Selon l'amoureuse coutume, Des deux mains impatiemment Je cherchais partout une plume :
Amour passait en ce moment
Auprès de ma fenêtre, ainsi qu'une hirondelle. J'y courus si légèrement, Que je lui pris une plume de l'aile.