‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 217 sur 221 · TRIOLET · texte numérisé non relu

TRIOLET

Grâce à monsieur labbé Ségui, Messieurs, vous revoilà quarante.

Du dit que vous faites aussi Grâce à monsieur l'abbé Ségui.

Par la mort de je ne sais qui % Vous n'étiez plus que neuf et trente Grâce à monsieur l'abbé Ségui, Messieurs, vous revoilà quarante.

1. L'abbé Terrasson fut reçu de l'Académie franr.iise en ll'.il. î. L'abbé Ségui fut requ, eu l"!36, de l'Académie française, en rempiaosment de M, Adam, secrétaire l.:i •■" <'•> liJemcnls du priuce de Couti.

La Condamine est aujourd'hui Reçu dans la troupe immortelle :

U est bien sourd. Tant mieux pour lui. Mais non muet; tant pis pour elle *.

A quoi ressemble en un point Votre illustre Compagnie?

Vous ne vous en doutez point, Messieurs de l'Académie :

A la grande confrérie.

Plus grande à Paris qu'ailleurs.

D'elle nos mauvais railleurs Font, d'un ton de petits-maîtres, Cent contes tous des meilleurs; Puis finissent par en être.

1. Cette épigramme n'est que l'abrégé de celle que M. de La Coudamine fit lui-même, et qu'il publia la veille de sa réception à l'Académie française. La voici :

Apollon n'avait plus que trente-liuit apôtres; La Condamine entre eux vient s'asseoir aujourd'hui. Il est bien sourd, tant mieux pour lui ; Mais non muet, et tant pis pour les autres.

(La Condamine pronony son Discours de réception à l'Académie française le 12 janvier 1761. Huit jours après, le 19, Watelet prononça le sien. Il y avait donc, en effet, deux fauteuils vacants, et Apollon n'avait plus que Irente-liuil

gPiGRAMMES 567

A ht ville de Montpellur,

Secourable Mont des Pucelles ', Puissiez-vous longtemps prospérer !

Puissent de vos plantes nouvelles Les vertus toujours opérer.

Et ne jamais dégénérer, Comme la robe mémorable.

Qui fut un harnais honorable.

Tant que Rabelais l'eut sur lui; Mais qui, par un sort déplorable.

N'est plus qu'un bât d'âne aujourd'hui.

apôlres, quand La Condamine entra à l'Académie. Il y saccédait à M. de Vauréal, ancien évèque de Rennes. Watelet était nommé en remplacement de M. de Mirabaud, instituteur des jeunes princesses d'Orléans, et qui étan devenu secrétaire perpétuel de la Compagnie. )

1. On a longtemps cru que l'origine du nom 4e Montpellier était ilons Paellarun. Le sayant historien, M. Germain, discute cette étymologie, et en donne quelques autres, sans s'arrêter à aucune. Quant à la robe de Rabelais, elle est proverbiale et légendaire. On a dit que cette vieille robe avait été si souvent rapiécée qu'il ne restait plus rien de la première. L'Épigrarame de Piron est un trait de plus qui l'accroche et la déchire; mais que prouve ua trait malin, lancé au hasard, contre l'antique et illustre École, qui, dans le siècle même de Piron, produisait Barthez?

A Maupertuts.

Sur l'Eloge funèbre de M. de Montesquieu, qu'il lut à l'Académie, de Berlin.

Sut ïa.ii de Joœnde.

Est-ce donc là comme tu fais

Une Oraison funèbre?

Laisse l'éloquence aux profès.

Et retourne à l'algèbre :

Je lis ton Discours, et n'y voi

Que la folie extrême De dire bien du mal de moi,

Et du bien de toi-même.

Paul Piroa à Pierre Maupertuis.

D'être gai, Paul a cent raisons pour une Des gens de bien il est aimé, chéri; Tous, àl'envi, plaignent son infortune.

D'Olivet, seul, dans sa barbe en a ri. D'Achille, enfin, la pique a tout guéri. Paul toutefois n'est pas si cai qu'on pense : En France heureux, Paul est un peu marri Que Pierre, en Prusse, ait crié sa sentence * .

1. On a déjà lu cette Épigramme dans la préface de la Mélromanie , où Piron a exprimé toute sa mauvaise humeur contre Maupertuis. Nous avons Toulu chercher, dans les paroles même de ce dernier, le passage qui avait provoqué, de la part de Piron, tant de récriminations et d'amertume. Nous le donnerons ici comme étant le récit parfaitement exact de ce qui s'était passé, en dernier lieu , à l'occasion de l'Académie : t M. de Montesquieu, avait dit Maupertuis dans l'Eloge funèbre, prononcé devant l'Académie de Berlin, le 5 juin 1755, M, de Montesquieu n'était pas seulement un de ces hommes dont les talents honorent une Académie; ses vertus et la considération qu'elles lui avaient attirée, l'y rendaient encore plus utile. Lorsque l'Académie française eut à remplir la place de M. l'archevêque de Sens , tons les suffrages s'allaient réunir pour un homme qui avait donné les plus fortes preuves du mérite académiqiie : mais dans cent ouvrages excellents, il s'en était trouvé un seul, fruit malheureux de la jeunesse de l'auteur : ce n'était cependant point un de ces écarts frénétiques, où l'on ose attaquer la Divinité ou déchirer les hommes. C'était un petit poème qu'Horace et Pétrone auraient avoué, mais dans lequel les mœurs étaient trop peu respectées. M. de Montesquieu , alors directeur de l'Académie , reçut ordre de se rendre'à Tersailles; et le roi lui dit qu'il ne voulait point que Piron fût élu. M. de Montesquieu en rendit compte à l'Académie : mais en même temps il instruisit une dame protectrice des talents, parce qu'elle les possède tous, da méri^ et de la mauvaise fortune de celui que "Académie ne pouvait plus songer à admettre. Dans une lettre qu'il écrivit à M"* la marquise de Pom padonr, il eu fit une peinture si vive, que deux jours après M. Piron reçu une pension de cent pistoles, dont la bonté du roi consolait le mérite, qu sa justice ne lui avait pas permis de récompenser autrement. » — On s'er pLque peu, après avoir lu celte page, la mauvaise humeur de Piron. El bonne conscience , il ne devait à Maupertuis que des remercimenis. Mai;» Pii'ou était bourguignon, et U moutarde lui isontait vite au nez.

Sur l'air di Joconde.

Un pieux évêque a repris *

Et puni ma jeunesse.

Mais le roi très-clirétien a pris

Pitié de ma vieillesse.

L'histoire n'en finirait pas,

En deux mots je l'achève :

La crosse m'avait mis à bas,

Le sceptre me relève.

Ma dermère Éptgramme.

J'achève ici-bas ma route.

C'était un vrai casse-cou.

J'y vis clair, je n'y vis goutte ; J'y fus sage, j'y fus fou.

Pas à pas j'arrive au trou Que n'échappent fou ni sage,

\, M. de Mi repoix.

Pour aller je ne sais où.

Adieu, Piron, bon voyage!

Epitaphe cTun grammairien.

Ci-gît maître Jobelin, Suppôt du pays latin, Juré piqueur de diphthongue ; Endoctriné de tout point Sur la virgule, le point, La syllabe brève et longue; Sur Taccent grave, l'aigu.

Le circonflexe tortu, L'U voyelle et l'V consonne.

Ce genre qui le charma, Et dans lequel il prima.

Fut sa passion mignonne :

Son huile il y consuma ; Dans ce cercle il s'enferma, Et de son chant monotone Tout le monde il assomma.

Du reste il n'aima personne ; Personne aussi ne l'aima*.

1. Cette Épigramme est contre l'abbé d'Ol'yet, soupçonné d'aycir agi pour faire eicliwe Piron de l'Académie.

Mon e^iiaj.fie.

Ci-gît... Qui? Quoi? Ma foi, personne, rien. Un qui, vivant, ne fut valet ni maître^ Juge, artisan, marchand, praticien.

Homme des cliamps, soldat, robin ni prêtre; Marguillier, même académicien, Ni frimaçon. il ne voulut rien être.

Et véquit nul : en quoi certe il fil bien ; Car, après tout, bien fou qui se propose, Venu de rien et revenant à rien.

D'être en passant ici-bas quelque chose !

Pour le soulagement des mémoires , et pour le mieux, j'ai cru devoir réduire cette Epitaphe a deux vers :

Ci-gît Piron, qui ne fut rien, Pas même académicien *.

1. Nous rapprochons de la célèbre Epitaphe de Piron celle que Mercier

«j'ii fut de l'Académie et qui mourut le 25 avril 1814, avait composée pouj

lui même :

Ci-git Mercier, qoi Tut académicien, Et qui cependant ne fut rien.

(Voir, dans les Oubliés et les Dédaignés, l'originale et piquante Étude de U. Monselet sur Mercier^

Lettre de Piron à Baculard d'Arnaud, à propos de l'Ecossaise^.

• 20 mai 1760.

• Je vous rends grâces, monsieur, de votre attention, et de m'avoir fait lire l'Écossaise , que je vous renvoie. Il s'en faut bien que j'en pense tout le bien qu'on m'en avait dit. Le suffrage universel part sans doute du même principe que le grand cours dont est honorée la pièce du jour. Des chiens se houspillent dans la rue : tous les badauds mettent la tête aux fenêtres, les' animent, les harcellent, et, quand le combat est fini, se retirent et n'y songent plus, pendant que les combattants s'en vont léchant leurs plaies. Fréron a ici les oreilles horriblement déchirées : de quoi cela guérit-il? n n'en va déchirer qu'à plus belles dents. Les sots recommenceront de s'en amuser, sans que dans tout cela les honnêt es gens trou vent le mot pour rire. Du vinaigie et de la moutarde partout, du jel nulle part. Pourquoi, par exemple, avoir fait de ce pauvre diabla

1. Nous empruntons cette lettre à l'intéressant et curieux Recueil de M. Ludovic Lalanne, la Correspondance littéraire (n* du 5 octobre 1859), où elle a été publiée pour la première fois. M. Honoré Bonhomme l'a reproduite depuis, dans le nonvean volume ou Complément qu'il a ajouté aai Œuvres médites et posthumes de Piron librairie Sariorius, 1865). Tout écrit de Piron, comme un arbre son fruit, doit porter avec lui son Épigramme. Mais nous avons cm ici que l'Épigramme, qui termine cette lettre, n'avait qu'à perdre à être séparée de la prose aui la Drécède . 6t uue , selon nous , elle ne Tant pas.

de Fréron un pendard formidable? Il n'y a là que du faux et de l'outré, et rien de plaisant. Fréron ne clierclie à ôter la vie à personne; il cherche la sienne, et c'est tout, en nous déprimant, à la vérité ,ab hoc et ab hac; mais cela n'a jamais fait tort à qui que ce soit, ni n'en saurait faire. Ce n'est nullement être un pendard, encore moins un pendard formidable. Qu'il laboure et soit bien payé ; que je rie et fasse quelquefois rire ; qu'il ait du pain et moi du bon temps , voilà pour mon compte tout ce que j'en pense , et tout ce que , pour le leur , devraient penser les bonnes gens qu'il mordille ! Voltaire n'a-t-il point honte de se mettre en frais d'une comédie de cinq actes pour tomber sur le corpuscule de son pauvre petit adversaire? Hercule lever sa massue le plus haut qu'il peut sur la tête du pygmée! Il est écrasé, le beau fait d'armes ! Le beau treizième par -dessus les douze travaux! Vive ma première Épigramme !

La pauvre espèce en champ clos qu'un Zoïle î Rien de si plat ni moins franc du collier. Dans la mêlée il tranche de l'Achille, Et c'est Tliersite en combat singulier.

Par passe-temps, jadis bon chevalier, Je voulus bien désarçonner le maître - : C'est de mon fait : mais fesser l'écolier, C'est fait de cuistre, et je ne veux point l'être. »

i L'al)bc Des Fontaines.

Le 20 janvier 1768, Buffon écrivait à Gueneau de Montbeillard :

• Nos poètes se percent d'épigrammes. En voici une tien courte 1 1 bonne (si vous connaissiez l'homme!) de Piron contre Poinsinat :

Pégase constipé s'efforçait un matin :

Le petit Poinsinet fut son premier crottin *. »

Soleil, dp-scends; ton char est fait pour moi !

Place au démon de l'Encyclopédie!

De ce grand nom l'éclat le congédie,

Et le destm me nomme à ton emploi.

Le soleil dit : « Monte, éclaire et sieds-toi :

Mais tiens-toi bien; l'entreprise est hardie.

I. CorrespoDdauce inédite de BulToD, toiuu I, page 113 (1860/-

Le ciel te voit, la terre t'étudie; Au moindre écart, tout est en désarroi. Me nous va pas, roulant à l'étourdie.

Au lieu de jour, donner la coniédiej Comme, à son dam, se liant trop à soi, Fit autrefois le galant de Lydie, w

A tout ce'a, traité de rapsodie,

L'Encyclopède arrogamment répond :

« Fiat lux ! Gare ! » 11 dit, et le coq cliantc.

La lune au loin se retire expirante;

Son feu l'éteint, la dissout et la iond.

Lumineux seul au centre du grand rond,

De ses coursiers l'agililé l'encliante;

11 se promène en astre vagabond.

Il fait claquer son fouet en furibond;

Et cette aubade imprévue et tranchante

rrappe des airs l'écho vaste et profond;

Les coursiers même en prennent l'épouvante.

Le premier tire en bas, et le second

Veut s'élancer au céleste plafond.

Un limonier s'abat, l'autre se cabre;

1)3 ne vont plus que par saut et par bond.

Char, roue, essieu, timon, tout se délabre.

Nuit, crépuscule et jour, tout se confond.

Le Lapon sue et l'Américain gèle.

Bientôt la peur devient universelle.

Le chaos voit son règne rétabli.

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