‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 81 sur 221 · SCENE PRExMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PRExMIERE

DAMIS, seul.

Je ne me connais plus, aux transports qui m'agitent. En tous lieux, sans dessein, mes pas se précipitent. Le noir pressentiment, le repentir, l'effroi. Les présages fâcheux volent autour de moi. Je ne suis plus le même, entin, depuis deux heures. Ma pièce, auparavant, me semblait des meilleures : Maintenant je n'y vois que d'horribles défauts, Du faible, du clinquant, de l'obscur et du faux. De là, plus d'une image annonçant Tinfamie : La critique éveillée, une loge endormie, Le reste, de fatigue et dennui harassé. Le souffleur étourdi, l'acteur embarrassé. Le théâtre distrait, le parterre en balance. Tantôt bruyant, tantôt dans un profond silence; Mille autres visions, qui toutes^ dans mon cœur, Font naître également le trouble et la terreur.

(ncgardaiil à sa monlic.)

Voici l'heure fatale, où l'arrêt se prononce!

Je sèche. Je me meurs. Quel métier! J'y renonce.

:i40 LA MÊTROMANIE

Quelque flatteur que soit l'iionneur que je poursuis, Est-ce un équivalent à l'angoisse où je suis? Il n'est force, courage, ardeur qui n'y succombe. Car, enfin, c'en est fait; je péris, si je tombe. Où me cacher? Où fuir? Et par où désarmer L'honnête oncle qui vient pour me faire enfermer? Quelle égide opposer aux traits de la satire? Comment paraître aux yeux de celle à qui j'aspire? De quel front, à quel titre, oserais-je m'offrir. Moi, misérable auteur qu'on viendrait de flétrir?

(Après quelques moineiils de sileuce el d'agitation.)

Mais mon incertitude est mon plus grand suppUce. Je supporterai tout, pourvu qu'elle l'inisse. Chaque instant qui s'écoule^ empoisonnant son cours, Abrège, au moins d'un an, le nombre de mes jours.

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