‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 99 sur 221 · OPÉRAS-COMJQUES DE PIRON · texte numérisé non relu

OPÉRAS-COMJQUES DE PIRON

On sait le reproche que Voltaire faisait à Piron, d'avoir passe sa vie à boire, à chanter, à dire àe bons mois et à ne rien faire de bien ulUe. Un jour, dinant avec lui, il affectait de le plaindre « d'avoir perdu le plus beau de son imagination à l'Opéra-Comique. > Piron éjjarpilla en effet son talent et son esprit un peu dans tous les genres qui y prêtaient. Il commença par travailler pour le théâtre de la Foire, comme il aurait, de nos jours, écrit pour tous les théâtres de genre, Déjazet, les Variétés ou les Bouffes, en compagnie de M. de Saint-Rémy. Il y a des esprits qui vont à la farce comme d'autres à la tragédie. On le voit par l'exemple des plus grands seigneurs quand ils sont gens d'esprit. C'est pour les vaudevillistes, librettistes, les Favart et les Offenbach du dixhuitième siècle et du nôtre, et aussi à l'adresse de leurs joyeux interprètes, les comédiens de toutes les petites scènes, que Diderot a dit : € Tout ce qui amuse et fait rire est fort bon. » Il y en a, parmi ces auteurs, d'humeur gaie, à la fois sarcastique et douce, d'esprit malin et d'une plaisanterie inoffensive, qui croient h leur art, qui ont cette croyance bien ancrée que rien ne se fait sans conviction, qui en mettent dans la confection d'une pantomime, et qui finissent par opérer des révolutions au théâtre des Funambules. Un fragment à' Annick, le vieil opéra de Gluck, ou un menuet de Mozart évoquent dans I^ht esprit un inonde

chimérique et enchanté : il semble que les personnages de Watteau défilent sous leurs yeux quand ils entendent cette musique simple et grande; sous chaque portée, ils traceftt un rôle ; ils entendent des soupirs amoureux dans un alto qui gémit, un violoncelle qui se plaint : « Quelle jolie pantomime on ferait ave cette belle musique ! > disent-ils. — Piron n'apportait pas tant de convictions artistiques à la Foire. Sa force était toute dans la gaillarde encolure de son esprit. Jeune, pauvre, sans emploi et plein de gaieté, il v trouva à vivre dès les premiers jours. Son sac à malice était plein de l'inépuisable gros sel dont il nous a laissé la mine dans ses opéras-comiques. La foire Saint-Germain était une ressource qui s'offrait d'elle-même aux auteurs sans fortune et qui se sentaient de la verve narquoise et de l'imagination. Ce qu'on s'y permettait d'épigrammes à bout portant, de railleries, de satire, la liberté en un mot qu'on y prenait devait attirer Piron bien plus naturellement que la Comédie française. Avant de jeter dans le bronze, comme il disait plus tard en faisant allusion à ses ennuyeuses tragédies qu'il croyait immortelles, il moula dans le carton, et il n'a pas à s'en repentir, car l'esprit, le sel et la gaieté (on trouve toujours ces trois mots quand on parle de Piron) qu'il a semés et répandus à profusion dans son petit théâtre, rachètent et font pardonner ses grandes œuvres sérieuses, qu'on ne peut plus lire. — Piron s'amusait luimême en amusant les autres. S'il trouvait cela tout simple, pourquoi lui en ferait-on un reproche et un cas de conscience? D'ailleurs égayer le pubhc, lui désopiler la rate pendant quelques heures, comme cela se voit encore tous les soirs, et plus que jamais, dans le Paris nouveau qui avoisine l'ancien boulevard du Temple, n'est-ce pas faire œuvre d'utilité et saine en soi ? Il y a certes des emplois qui sont pires.

Les opéras-comiques de Piron sont de petites pièces faites au plus vite et au jour le jour, pour les besoins du théâtre, et qui

ont presque toutes pour principaux personnages les célèbres acteurs de la pantomime : Arlequin, Pierrot, Colombine, Scaramouche. Avec ces héros pleins de gaieté, de ruse, de fourberie et d'imagination, Piron n'avait qu'à se laisser être lui-même pour inventer, trouver, créer des situations comiques et des farces ; c'étaient autant de cane\as sur lesquels la verve des acteurs pouvait encore broder tout à son aise, et s"en donner tant que le public et les tréteaux libres de la Foire en voulaient supporter. Le public ne se plaignait jamais, mais bien souvent il fallait implorer M, de Maurepas pour laisser jouer une nouvelle pièce. — Rameau, enfant de la Bourgogne, a mis en musique beaucoup de couplets de son compatriote Piron, ce qui justifie en effet ce titre d'opéras-comiques, genre alors dans l'enfance, mais une enfance gaie, et qui a eu de tendres et joyeux parrains pour le nourrir au biberon : Lulli, Lalande, Destouches, Campra, Mouret, Favart, etc. Avec un compère tel que Piron, l'Opéra-Comique allait être abreuvé comme Henri IV à sa naissance. Piron lui apportait pour présent une joyeuse coupe de vin de Bourgogne : vin sur lait, c'est santé, dit un proverbe de nourrice. — Il n'en est pas moins vrai que le début de Piron fut une planche de salut pour l'Opéra-Comique. Ce que nous avançons là sera justifié tout à 1 heure par le succès à'Arlequin- Deucalion, qui sauva et rapporta dans son tonneau la caisse et la fortune de l'entrepreneur du théâtre.

Deux théâtres rivaux se disputaient alors la foire Saint-Germain : l'Opéra-Comique et les Italiens. Ces derniers avaient quitté l'hôtel de Bourgogne, oii ils se morfondaient, pour venir disputer le succès et la vogue à l'Opéra-Comique. Ils s'étaient établis sur le préau même de la foire, et ce pouvait être une rude concurrence portée à l'Opéra-Comique sur son propre terrain : le public est si inconstant ! il n'avait qu'à changer ses prédilections et les porter aux derniers venus ! Mais il paraît qu'il n'en fut riea

L'Opéra-Comique conserva toute sa vogue ; on accourait en foule de tout Paris. Les dénonciations d'immoralité, de pièces graveleuses, ne manquaient pas, et elles venaient le plus souvent de» entrepreneurs des autres théâtres. Mais le beau monde ne s'empressait qu'avec plus de curiosité aux pièces dénoncées et courant des risques : on voyait à certains jours de grands éventails se déployer sur le devant des loges ; le public du parterre disait que ces éventails étaient percés à jour. Derrière se cachaient de belles prudes, qui suivaient de plus près, à l'aide de lorgnettes artistement adaptées par l'ouvrier aux riches et grands éventails, le jeu élégant et la sveltesse des acteurs. Francisque, Vimpremno in temps de Piron, habile et élégant Arlequin, qui eut toute la désinvolture, l'agilité et la souplesse de notre grand Debureau, dut faire ainsi plus d'une conquête. — L'Opéra-Comique finit par porter ombrage à la Comédie française elle-même et à l'Opéra, ce grand seigneur, qui firent cause commune avec leurs humbles confrères, les Italiens de la Foire, accusant à la fois le public de mauvais goût, et l'Opéra-Comique de détourner tout le flot de la foule à son profit. Il s'ensuivait des entraves dont la plus singulière est celle qui venait tout d'un CL/up interdire la parole aux comédiens de l'Opéra-Comique. Ils ne pouvaient plus ni parler ni chanter. — Mais le vaudeville, enfant de la France, ne fut jamais irahi par le parterre ; les acteurs de l'Opéra-Comique avaient recours à un expédient trouvé plus tard, dans leurs faibles moyens, par les primitifs caricaturistes dans rembarras : ils font sortir les paroles tout écrites de la bouche de leurs personnages. Les artistes de l'Opéra-Comique faisaient descendre leurs paroles du cintre écrites , en grosses lettres , avec leurs airs notés, ou bien ils portaient eux-mêmes leur rôle écrit au bout d'une perche. Il n'était pas défendu aux violons de se faire entendre. — Le violon fut toujours l'âme de la pantomime. — Ceux-ci donnaient le la, quelques compères disséminés dans

la salle entonnaient l'air, et le public les suivait en chœur. Ainsi la pièce trouvait à la fois des interprètes sur la scène et dans la salle.

L'histoire du théâtre de la Foire, et celle du théâtre de Piron en particulier, est remplie à chaque instant des plaintes de Francisque. 11 avait tout lieu de se plaindre. Entre les entrepreneurs des théâtres rivaux qui lui rognaient sa part et la police qui le surveillait de près, il était fort à la gène : en ses heures de détresse, il s'adressait à Piron. Piron tira toujours Francisque d'embarras. Ce fut un vrai tour de force que sa première pièce, Ârlequin-Deucalion, monologue donné à TOpéra-Gomique, le 23 février 1722. Le théâtre se trouvait en ce moment sous le coup d'une de ces entraves qui partaient de haut. La Comédie française avait obtenu contre lui un arrêt qui réduisait l'Opéra- Comique à un simple spectacle de voltigeurs et de danseurs de corde. Ce Francisque n'avait vraiment pas de chance : il venait de perdre toute sa fortune dans l'incendie d'un théâtre qu'il dirigeait à Lyon '. Quand il s'était chargé de l'Opéra-

1. Le même malheur lui arriva plus tard à Dijon. Buffon écrivait de Bordeaux, le 22 janvier 1731, aa président de Ruffey : • Ce que vous me dites de la stérilité des plaisirs à Dijon ne ra'étonne point. C'est souvent qu'on en est réduit à passer le carnaval saus comédie ni bal. 11 y en avait une italienne, fort boune, dans cette ville. Francisque et sa troupe y représentaient avec un succès et un applaudissement in&nis ; mais malheureusement le feu p"'t, il y eut hier huit jours, au bâtiment qui servait aux représentations, et consuma avec huit antres maisons; il fut rais par un feu d'artifice allumé ns le théâtre pour briller don Juan, dans le Festin de Pierre. Les pauvres comédiens ont perdu toutes leurs hardes; à peine Francisque put-il se sauver en robe de chambre. Pour surcroît de malheur, on voulait les poursuivre et leur faire payer, par la prison ou autrement, le dommage du feu; mais tant de gens se sont intéressés pour eux , on leur a fait tant de présents par les quêtes, qo'on dit qu'ils seront bientôt en état de représenter encore dans la salle du concert, qu'on leur donnera pour rien. • (Correspondance inédite de ouffon, tome I p (go 7. )

Comique, il comptait bien sur la recette de la foire de l'année 1722 pour relever un peu ses affaires, et il avait besoin de beaucoup d'esprit et de gaieté, accompagnés d'un peu de musique , pour maintenir â l'Opéra-Comique toute sa vogue. Mais pour cela, il ne fallait pas se tenir pour battu et se courber devant l'arrêt qui en faisait un rival des baladins de la rue. Il eut beau solliciter, supplier, tout ce qu'il put obtenir de grâce et de faveur fut qu'on lui permît de laisser parler un seul acteur en scène. Francisqu'i se mit donc en quête d'un monologue. Le Sage et Fuzelier refusèrent impitoyablement d'en fabriquer un. La difficulté de faire dire des choses seasées à un seul acteur, qui n'avait aucune réplique à donner ni à recevoir, leur parut plus grande que le protit. Ils abandonnèrent l'Opéra-Comique à son malheureux sort, et allèrent chez les Marionnettes, qui jouaient au moins des pièces à plusieurs personnages. Il fallait, pour sauver la situation , quelqu'un qui n'eût rien à perdre. Piron, qu'on lui avait indiqué comme un garçon d'esprit, parut à Francisque le seul qui pût le sauver dans sa détresse. Il n'avait encore rien donné au théâtre. Francisque courut chez lui, lui conta son cas : « M. Le Sage et M. Fuzelier m'abandonnent; je suis perdu si vous ne venez à mon secours... » Et il tira cent écus, qu'il lui laissa entre les mains, et s'enlui i en lui disant qu'il en gagnerait bien d'autres à son théâtre s'il voulait l'aider. — Piron, ainsi mis en demeure de gagner les cent écus ou de les rendre, chercha un sujet. A quel moment le monde peut-il raisonnablement n'avoir eu qu'un acteur et qu'un seul personnage? Après le déluge. La mythologie en fera les frais. Deucalion repeuplera le monde. Mais Pyrrha ? Bah ! Pyrrha, on ne la fera pas parler... Ce sera un peu dur pour une femme, mais ainsi le veut l'arrêt; elle aura de la peine à s'y conformer, mais le public s'en accommodera bien. On peut, à la rigueur, la noyer... mais ii est besoin d'elle : Deucalion et Pyrrha ne peuvent se

séparer... Enfin Piron s'en tira tant et si bien que ce fut Francisque qui se crut sauvé du déluge quand il reçut, deux jours après, des mains de l'auteur, le monologue A' Arlequin-Deucnlion, en trois actes. Quel rôle et quel succès ! Francisque jouait en personne Arlequin; il vit en un instant sa salle repeuplée; il paya sur-le-champ cent écus de plus à Piron. — Il n'y eut plus d'autre orage sur la scène qu'un tonnerre d'applaudissements. Arlequin arrive au milieu d'une tempête effroyable, grossie encore par le bruit de l'orchestre, qui fait chorus avec tous les éléments déchaînés : fracas Oes eaux, mugissement des vents, trompettes qui tonnent et tempêtent, grosses caisses, tambours, violons qui grincent sur la chanterelle, tout est de la partie pour imiter l'orage : c'est le jour des Ténèbres. Le ciel et la terre sont en guerre : la terre envoie ses sources, ses rivières, ses fleuves, ses mers, ses océans et tous les trésors d'eau qu'elle recelait dans son sein ; le ciel lâche toutes ses cataractes , l'artillerie roule et croule au-dessus des nuages ; chaque éclair est un coup de canon; il semble, à voir la scène, que toutes les eaux de l'univers se soient donné rendez-vous au-dessus du plus haut sommet des plus hautes montagnes. Les déluges du Châtelet et de la Gaîté sont devancés. Comment Arlequin trouve-t-il à poser le pied au milieu de cette immersion générale ? La colombe de Noé, qui avait des ailes, n'en serait pas revenue... Arlequin a pris pour monture le ventre d'un tonneau qui nageait au-dessus de l'élément perfide, et il espère bien que cette espèce d'arche, sur laquelle il se sauve à califourchon, le consolera tout à l'heure dune telle abondance d'eau. Mais il se trompe, l'arche était une boite de Pandore. Le tonneau, plus perfide que l'onde, renfermait, comme pour nous montrer que les hommes fossiles ne valaient pas mieux que nous, un exemplaire de toutes les vanités humaines et de ce qui cause tous les malheurs, les fléaux, toutes les guerres : un nobiliaire, lorsque la race humaine vient de

périr ! — une paire de pistolets, qui feront tant de mal après le déluge ; — des écus, qu'Arlequin garde dans sa poche, par habitude ; — un factum littéraire en faveur des anciens contra les modernes; la querelle de Boileau et de Perrault renouvelée. Arlequin espère que les Muses du jour et le parterre seront pour les modernes; il garde le factum précieusement, pour assister plus tard à la querelle. — Ce tonneau sauvé du déluge est comme la fameuse enseigne du cordonnier : A ta botte pleine de malice. Il y manque les trois êtres vivants, la femme, le chat et le singe, mais ils reviendront plus tard, quand Deucalion et Pyrrha auront jeté des pierres derrière eux. — Arlequin en jette dans tous les jardins. Le commissaire, qui était là pour voir si l'arrêt était bien exécuté, reçoit la sienne en passant, et il fallait bien qu'il prît le mot pour rire. Arlequin commençait à jouir de la suzeraineté du monde noyé, quand il voit venir à lui, dansant, cascodant, faisant toutes sortes de pirouettes, Thalie, la muse de la Comédie... française; il n'a qu'une peur, c'est qu'elle ne parle, et il la chasse en lui criant: «Te tairas-tu, bavarde?» Et il crie alerte ! en appelant à son aide M. le commissaire. — Une autre surprise qu'on lui réservait, à M. le commissaire, c'est l'intervention de M. Polichinelle. Quelques coups de pratique, un coup de bâton sur le bord du tonneau, deux ou trois brrr Stridents et vifs, sont les coups de tam-tam qui annoncent l'arrivée de Momus. le dieu du Rire, sous les traits de Polichinelle ; à l'aide de cette divinité protectrice, qui fut toujours celle de Piron, l'auteur va hardiment braver la défense de faire parler plus d'un acteur : Polichinelle, caché au fond du tonneau, montre tout d'un coup sa face réjouie, et se met à donner de bons conseils à Deucalion, effrayé tout d'abord (et il y avai je quoi en présence de M. le commissaire) de trouver un interlot^uteur qui parle... dans cette île muette. Les comédiens français n'avaient pas mentionné la voix de Polichinelle dans leur re-

quête; l'organe de cette marionnette échappait à la prescription et à la proscription générales. L'arrêt ne le spécifiait pas et ne mentionnait rien contre lui. Thalie ne pouvait rien cette fois contre ce personnage baragouinant, qui interrompt à chaque instant son discours par des roulements d'rrr, dont la voix esl discordante et aigre, qui chante plutôt qu'il ne parle, qui pousse des cris stridents avec sa pratique dans la bouche *. Polichinelle- Momus rend ses oracles en agitant ses petits bras, et il les rend en vers, ce qui est le langage de Polichinelb, quand il a besoin d'être digne et solennel. C'est l'oracle de la dive bouteille, le seul bon, qui tire Deucalion d'embarras. — Deucahon finit par jeter Polichinelle à la mer ; c'était y jeter Le Sage et Fuzelier avec toutes leurs pièces des Marionnettes. L'Opéra-Comique était ainsi vengé de la défection de ces deux auteurs *. Polichinelle pousse en l'air un grand cri de joie; le dieu du Rire était las de vivre depuis qu'il ne pouvait plus rire en toute liberté sur la scène de l' Opéra-Comique. Il était heureux de mourir par la main d'un coHjpère, comme Hercule autrefois par Ja main d'un ami. Son royaume est la Folie, et il craint que Thalie ne le fasse condamner à dire des choses trop raisonnables. — Dans les Enfants

1. Piron définit ainsi cette voix dans Cnloml/ine-Nilélis, parodie eu trois actes, mêlée de prose et de vaudevilles, représentée par les mariormetles de la troupe de Francisque, à la foire Saint-Laurent, en 1723: • Mon cher compère! dit Pierrot à Policliinelle, quel rôle pourriez-vons faire dans une tragédie, avec votre air et votre voix qui ressemble au bruit du vinaigre qu'on met dans une lèchefrite! » Voilà de ces déflnitions parlantes.

2. Piron, ayant fait ses preuves d'esprit et de talent an théâtre de la. Foire, fut vite réconcilié avec Le Sage. Ils se mirent à l'œuvre ensemble l'année suivante (1723), et firent jouer, de compagnie avec un troisième collaborateur, Dorneval, tes Trois Commères, opéra-comique. On a dit et répété, mais sans preuves, que c; qu'il y avait de meilleur et de plus amusant était de Piron. Entre Le Sage et lui, il sera toujours difficile de faire la part de l'esi^rit et de la gaieté. Voici au reste ce que Piron a dit loi»

de la Joie *, quand la Morale se présente pour corriger ses enfants, il craint qu'elle ne les gâte : ses fils sont des sacripans, — Scarainouche, Pierrot et Arlequin, — des vauriens, des bons à rien, des fainéants, des gourmands, des voleurs, mais lui qui ne se sent pas tous ces défauts réunis, qui ne s'en connaît que deux, mais les meilleurs et les plus inoffensifs, lui, le bon dieu du Rire qu'il est, il a pour premier mouvement d'envoyer la Morale chez son frère... l'Ennui, logé à l'enseigne de l'Académie royale de musique. Il faut que la Morale consente à partager le royaume du monde avec lui : Castigat ridendo mores. Ce n'est qu'au théâtre de la Foire, d'ailleurs, qu'il peut être déraisonnablement permis d'emmancher la marotte de la Folie au sceptre de la Raison : ce sonj des gants noirs, les gants de la Sagesse, aux mains de Pierrot enfariné. — Piron vécut de petite guerre à l'Opéra-Comique avec toutes les scènes grandes et pe-

même de la pièce; c'est daus la scène IV du prologue de Colombine-yUétis : PIERROT, au. docteur Est-ce que tu ne vas pas rester ici?

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