‹ Œuvres choissiesChapitre 112 sur 232 · BOSSUET DIRECTEUR DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

BOSSUET DIRECTEUR DE CONSCIENCE

vie quotidienne admirent dans ces lettres la clairvoyance, le bon sens, la simplicité, la bonté, et le respect des consciences.

Les Correspondantes de Bossuet. — Les lettres de Bossuet sont très diverses de ton, suivant ses correspondantes. Il dirige Mme de Luynes et Mme d'Albert, deux sœurs, filles du duc de Luynes et d'une Séguier. Mme de Luynes est une Jemme d'action, ferme et décidée ; Mme d'Albert est instruite, elle sait le latin et le grec, mais c'est une rêveuse, une compliquée, qui se forge sans cesse des scrupules et des terreurs : Bossuet lui recommande l'esprit d'abandon, et la supplie de se contenter de faire « ce qui se peut bonnement ». Mme Gornuau, une veuve entrée en religion après la mort de son mari, est, semble-t-il, la pénitente» ;préférée de Bossuet. C'est une femme ardente, prompte aux résolutions extrêmes et aux découragements subits; Bossuet la calme quand elle s'emporte et l'encourage quand elle se désespère. Mme Cornuau se montre docile aux avis de son directeur, trop facile au gré de Bossuet. Il en est autrement de Mme de Maisonfort, l'altière nièce de Mme Guyon, qui fatigue Bossuet de ses questions infinies et de ses objections subtiles.

A chacune de ses correspondantes, Bossuet envoie le mot précis qui éclaire et qui console. Il ne se plaint jamais, il demande seulement à ses pénitentes d'écrire gros pour ménager ses yeux ; et quand il est trop occupé il répond par quelques mots très brefs.

On lira ici quelques lettres de Bossuet à Mme Cornuau.

A Paris, ce 10 mars 1687.

Il n'y a point à hésiter, ma fille, non seulement à manger gras, mais encore à rompre le jeûne : l'état de votre santé le demande, et je vous l'ordonne après que vous en aurez pris la permission de votre curé. Ces fluxions survenues vous obligent à vous modérer sur les austérités, après même que votre santé sera rétablie : car outre qu'il est vraisemblable qu'elles y ont pu contribuer, c'est assez qu'on le croie; et il vaut bien mieux surseoir aux austérités, que d'indisposer la communauté contre vous. Ce n'est pas que j'approuve la curieuse recherche qu'on a faite de ce qui était dans votre cellule ; mais il ne faut pas laisser de garder de justes mesures sur tout cela.

Autant que je loue le désir pressant qi4 vous attire à la ^

religion *, autant je crains de vous amuser par des pensées et agitations inutiles. Vous vous trompez bien, ma fille, quand vous croyez que vous trouveriez dans la religion la liberté que vous souhaitez, pour vous abandonner aux mouvements qui vous pressent. Chaque état a ses contraintes ; et celui de la religion en a que vous n'avez pas expérimentées, mais qui ne sont guère moins pénibles que celles dont vous vous plaignez. Le tout est de savoir^ s^abandonner à Dieu en pure foi, et s'élever au-dessus des captivités où il permet que nous soyons à Textérieur. Là où est TEsprit du Seigneur, là se trouve la liberté ^ véritable. Je ne veux donc pas que vous vous occupiez l'esprit de cette pensée de relS^ion, sans vous exclure d'embrasser ce saint état, dans les occasions que la divine Providence me fera connaître.

Pour ce qui regarde votre conscience et votre intérieur, il faut attendre que je sois à Meaux plus en liberté de m'y appliquer, et d'écouter le Saint-Esprit sur votre sujet.

Dites à ma sœur N. que le vrai temps d'expier ses péchés et de goûter la grâce du pardon, est celui de la maladie, pendant que cette épine nous perce et nous pénètre, que la main de Dieu est sur nous, et qu'il nous impose luimême notre pénitence selon la mesure de son infinie miséricorde. Récitez-lui à genoux auprès de son lit, dans cet esprit, le Psaume XXXI ; et dites-lui ce que Dieu vous inspirera pour la consoler, pendant qu'elle ne se peut dire à elle-même tout ce qu'elle voudrait bien. Je prie Dieu, ma fille, qu'il soit avec vous.

A Germigny, ce 8 novembre 1689,

J'ai reçu votre présent, ma fille, que j'ai accepté au nom et à l'honneur de mon saint patron ; mais je vous prie une autre fois de ne ni'en plus faire de cette nature, où il y ait de l'or, de l'argent et de la broderie : je n'en veux plus recevoir aucun de cette sorte, et j'en ai fait la défense bien précise.

Je tâcherai au premier loisir de me rappeler le sermon que vous souhaitez, pour vous en envoyer quelques traits.

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