Ordonné. Lex
par lesquels elles devaient ou s'élever, ou se soutenir, ou s'abattre.
C'est par la suite de ces conseils que Dieu a fait naître les deux puissantes maisons d'où la reine devait sortir, celle de France et celle d'Autriche, dont il se sert pour balancer ^ les choses humaines : jusqu'à quel degré et jusqu'à quel temps? il le sait, et n^^ous l'ignorons.
On remarque dans l'Écriture que Dieu donne aux maisons royales certains caractères propres, comme celui que les Syriens, quoique ennemis des rois d'Israël, leur attribuaient par ces paroles : « Nous avons appris que les rois de la maison d'Israël sont cléments ^. »
Je n'examinerai pas les caractères particuliers qu'on a donnés aux maisons de France et d'Autriche ; et sans dire que l'on redoutait davantage les conseils de celle d'Autriche ni qu'on trouvait quelque ot^ose de plus vigoureux dans les armes et dans le courage -de celle de France, maintenant que par une grâce particulière ces deux caractères se réunissent visiblement en notre faveur, je remarquerai seulement ce qui faisait la joie de la reine : c'est que Dieu avait donné à ces deux maisons d'où elle est sortie la piété en partage ; de sorte que, sanctifiée, qu'on m'entende bien, c'est-à-dire consacrée à la sainteté par sa naissance, selon la doctrine de saint Paul 3, elle disait avec cet apôtre : « Dieu que ma famille a toujours servi, et à qui je suis dédié par mes ancêtres ^. » Deus cui servio a progeniîoribus.
Que s'il faut venir au particulier^ de l'auguste maison d'Autriche, que peut-on voir de plus illustre que sa descendance immédiate, où, durant l'espace de quatre cents ans, on ne trouve que des rois ou des empereurs et une si grande influence de maisoijs royales, avec tant d'États et tant de royaumes, qu'on apf évu il y a longtemps qu'elle en serait surchargée,
Qu'est-il besoin de parler de la très chrétienne maison de France, qui par sa noble constitution est incapable d'être assujettie à une famille étrangère ; qui est toujours dominante dans son chef; qui, seule dans tout l'univers et
1. Balancer. Lex. — 2. III Reg., XX, 31. - 3. I Cor,, VU, 14. - 4. II
Tim., I, 3. — 5. Particulier. Grammaire •• Nom
dans tous les siècles, se voit après sept cents ans d'un* royauté établie (sans compter ce que la grandeur d'une si haute origine fait trouver ou imaginer aux curieux observateurs des antiquités); seule, dis-je, se voit après tant de siècles encore dans sa force et sa fleur, et toujours en pos* session du royaume le plus illustre qui fut jamais sous le soleil, et devant Dieu, et devant les hommes : devant Dieu ; d'une pureté inaltérable dans la foi; et devant les hommes, d'une si grande dignité, qu'il a pu perdre l'empire sans perdre sa gloire ni son rang'^
DANS LA GRANDEUR d'uNE RBINE, LES SOUFFRANCES
d'une femme
Deux choses vous vont faire voir Téminent degré de sa vertu. Nous le savons, chrétiens, et nous ne donnons point de fausses louanges devant ces autels ; elle a dit souvent dans cette bienheureuse simplicité qui lui était commune avec tous les saints, qu'elle ne comprenait pas comment on pouvait commettre volontairement un seul péché pour petit qu'il fût. Elle ne disait donc pas, Il est véniel ; elle disait, Il est péché, et son cœur innocent se soulevait. Mais comme il échappe toujours quelque péché à la fra^ gilité humaine, elle ne disait pas, Il est léger, encore une fois. Il est péché, disait-elle ; alors, pénétrée des siens, s'il arrivait quelque malheur à sa personne, à sa famille, à l'État, elle s'en accusait seule* Mais quels malheurs, direzvous, dans cette grandeur et dans un si long cours de prospérités ? Vous croyez donc que les déplaisirs ^ et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre ou qu'un royaume est un remède universel à tous les maux, un baume qui les adoucit, un charme ^ qui les enchante^? Au lieu que, par un conseil de la providence divine, qui sait donner aux conditions élevées leur contrepoids, cette grandeur que nous admirons de loin comme quelque chose au-dessus de l'homme touche moins quand on y est né, ou se confond elle-même dans son abondance, et qu'il se forme au contraire parmi les grandeurs une