‹ Œuvres choissiesChapitre 126 sur 232 · UNE INCRÉDULE CONVERTIE PAR UN SONGE · texte numérisé non relu

UNE INCRÉDULE CONVERTIE PAR UN SONGE

Ce fut un songe admirable, de ceux que Dieu même fait venir du ciel par le ministère des Anges, dont les images sont si nettes et si démêlées, où l'on voit je ne sais quoi de céleste. Elle crut, c'est elle-même qui le raconte au saint Abbé^ : écoutez, et prenez garde surtout de n'écou-

1. Flatteuse. Lex. — 2. Elle désirait de connaître. Grammaire : Préposition. — 3. L'abbé de Rancé qui lui avait ordonné décrire le récit de sa conversion.

ter pas avec mépris l'ordre des avertissements divins, et la conduite de la grâce. Elle crut, dis-je, « que marchant seule dans une forêt, elle y avait rencontré un aveugle dans une petite loge. Elle s'approche pour lui demander s'il était aveugle de naissance, ou s'il l'était devenu par quelqueaccident.il répondit qu'il était aveugle-né. Vous ne savez donc pas, reprit-elle, ce que c'est que la lumière, qui est si belle et si agréable, et le soleil qui a tant d'éclat et de beauté? Je n'ai, dit-il, jamais joui de ce bel objet, et je ne m'en puis former aucune idée. Je ne laisse pas de croire, continua-t-il, qu'il est d'une beauté ravissante. L*aveugle parut alors changer de voix et dévisage, et prenant un ton d'autorité : Mcrn exemple, dit-il, vous doit apprendre qu'il y a des choses très excellentes et très admirables qui échappent à notre vue, et qui n'en sont ni moins vraies ni moins désirables, quoiqu'on ne les puisse ni comprendre ni imaginer. » C'est en effet qu'il manque un sens aux incrédules, comme à l'aveugle; et ce sens, c'est Dieu qui le donne, selon ce que dit saint Jean : « Il nous a donné un sens pour connaître le vrai Dieu, et pour être en son vrai fils ; Dedil nobis sensum, ut cognoscamus verum Deum, et simus in vero filio ejus ^». Notre princesse le comprit. En même temps, au milieu d'un songe si mystérieux, « elle fit l'application de la belle comparaison de l'aveugle aux vérités de la religion et de l'autre vie » : ce sont ses mots que je vous rapporte. Dieu, qui n'a besoin ni de temps ni d'un long circuit de raisonnements pour se faire entendre, tout à coup itii ouvrit les yeux. Alors, par une soudaine illumination, « elle se sentit si éclairée », c'est elle-même qui continue à vous parler ; € et tellement transportée de la joie d'avoir trouvé ce qu'elle cherchait depuis si longtemps, qu'elle ne put s'empêcher d'embrasser l'aveugle, dont le discours lui découvrait une plus belle lumière que celle dont il était privé : Et, dit-elle, il se répandit dans mon cœur une joie si douce et une foi si sensible, qu'il n'y a pointde paroles capables de l'exprimer. » Vous attendez. Chrétiens, quel sera le réveil d'un sommeil si doux et si merveilleux . Écoutez, et reconnais-

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