‹ Œuvres choissiesChapitre 138 sur 232 · XLII® JOURNÉE · texte numérisé non relu

XLII® JOURNÉE

Le grand commandement de la loi, Vamour de Dieu et du prochain.

Voilà donc toute la loi rappelée à ses deux principes généraux; et Thomme est parfaitement instruit de tous ses devoirs, puisqu'il voit en un clin d'œil ce qu'il doit à Dieu, son créateur, et ce qu'il doit aux hommes, ses semblables. Là est compris tout le Décalogue ; puisque, dans le précepte d'aimer Dieu, toute la première table ^ est comprise ; et, dans celui d'aimer le prochain, est renfermée toute la seconde. Et non seulement tout le Décalogue est compris dans ces deux préceptes, mais encore « toute la loi et tous les prophètes^ », puisque tout aboutit à être disposé comme il faut envers Dieu et envers les hommes ; et que Dieu nous apprend ici non seulement les devoirs extérieurs, mais encore le principe intime qui nous doit faire agir, qui est l'amour. Car qui aime ne manque à rien envers ce qu'il aime. Nous voyons donc la facilité que Jésus-Christ apporte aujourd'hui à notre instruction ; puisque, sans nous obliger à lire et à pénétrer toute la loi, ce que les faibles et les ignorants ne pourraient pas faire, il réduit toute la loi à six lignes, et que, pour ne point dissiper notre attention, s'il nous fallait parcourir en particulier tous nos devoirs, il.. les renferme tous, et envers Dieu et envers les hommes, dans le seul principe d'un amour sincère, en disant qu'« il faut aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-même ». « De ces deux préceptes, dit-il, dépendent toute la loi et tous les prophètes^. »

Adorons la vérité éternelle dans cet admirable abrégé de toute la loi. Que je vous suis redevable, ô Seigneur ! d'avoir tout ramassé en un * ; en sorte que, sans avoir toujours à me fatiguer dans une immense lecture, je tiens en sept ou huit mots toute la substance de la loi I Et lors-

1. Moïse reçut de Dieu deux tables de pierre sur lesquelles étaient gravés les dix commandements. —2. Matlh., XXII, 40. — 3. Malth, XXVII, 39 — k. En an. Grammaire : Pronom.

MÉDITATIONS SUR l'ÉVANGILE 631

que, pour donner à mon esprit un exercice convenable, je lirai avec affection et attention le reste de votre Écriture, vous m'avez mis en main, dans ces deux préceptes, le fil qui me conduira dans toutes les difficultés que je trouverai dans une lecture si profonde, ou plutôt dans la résolution et le dénouement de toutes les difficultés, puisque je suis assuré qu'en entendant ces deux préceptes je n'ignore rien de ce qui m'est nécessaire. 0 Dieu ! je vous loue ; ô Jésus I soyez béni; ô Jésus! je vais m'appliquer à méditer cet admirable abrégé de la doctrine céleste. Je me veux parler à moi-même, sans paroles, de ces paroles si pleines de lumières : c'est-à-dire je veux^tâcher de les pénétrer plutôt par l'affection que par le cfiscours^ J'en contemplerai la vérité, afin d'en sentir la force et de m'en remplir tout entier au dedans et au dehors. 0 Jésus ! donnez-m'en la grâce ; ô Jésus ! répandez dans mon âme votre Saint- Esprit, qui est l'amour éternel et subsistant de votre Père et de vous, afin qu'il m'apprenne à vous aimer tous deux, et à aimer avec vous, comme un seul et môme Dieu, l'Esprit qui procède de l'un et de l'autre.

« Et personne n'osait plus l'interroger 2. » Cette réflexion de saint Marc fait soupçonner que ceux qui lui firent faire cette dernière demande, ou du moins quelques-uns d'eux, ne le consultaient que pour le tenter. Car s'ils eussent consulté pour s'instruire de bonne foi un maître dont la doctrine était si remplie de vérité et de grâce, il y avait à l'interroger jusqu'à la fin. Mais, comme ils l'interrogeaient dans le dessein de le surprendre, et pour voir s'il répondrait mal, ou s'il demeurerait court dans quelques ^questions, ils cessent de le consulter aussitôt qu'ils * sentent qu'ils n'ont aucun avantage à tirer contre lui de ses réponses.

Apprenons de ceux qui consultent mal la vérité éternelle comment il la faut consulter c'est-à-dire non pour* la tenter, ou la contredire, ou même pour satisfaire une vaine curiosité, mais pour se nourrir de sa substance, y conformer tous nos sentiments, et vivre de la véritable vie, selon cette réponse du Sauveur : « Faites ceci, et vous

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