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Le trop agir. Grammaire : Verbe. — â. Cant., II

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printemps, lorsque la vigne commence à pousser, on lui doit ôter même jusqu'à la fleur, quand elle est excessive. Coupez, céleste ouvrier ; et toi, âme chrétienne, coupe aussi toi-même ; car Dieu t'en donnera la force, et c'est par toi-même quH te veut tailler ^. Coupe non seulement les mauvaises volontés, mais le trop d'activité de la bonne, qui se repaît d'elle-même. Ame toute pleine d'Adam, et du vieux levain, que ne dois-tu pas craindre de tes vices, si tu as tant ^ craindre de tes vertus mêmes?

Q.ui nous dira ce que c'est que cette âme, qui ne cesse point d'agir et de pousser ; qui, en poussant, néanmoins, ne pousse pas trop, et, agissant, n'agit pas trop ; qui sait retenir cette force qui se dissiperait au dehors et ne garderait rien pour le dedans, qui 2, à force de se cantenter elle-même, en agissant comme une autre Marthe avec trop d'activité et d'inquiétude, môme sur un bon objet, s'ôte le repos, et le veut encore ôter à Marie assise aux pieds de Jésus, cornm^ sans action, et mettant son action dans le repos, avec lequel elle prête son attention tout entière au Sauveur qui parle au dedans? C'est ainsi que doit être l'âme chrétienne ; ni oisive, ni empressée, mais tranquille aux pieds de Jésus, écoutant Jésus. Oh ! qu'elle s'est utilement taillée, qu'elle a fait une salutaire blessure à son trop d'activité I quand il faudra agir, elle trouvera ses forces entières, et son action d'autant plus ferme qu'elle sera plus paisible ; non plus comme ces torrents qui bouillent, qui écument, qui se précipitent et se perdent, mais comme ces fleuves bénins^, qui coulent tranquillement et toujours. Tel est le fleuve qui vé.jouil la cité de Dieu "* ; il a une impétuosité, une force, un mouvement ferme et durable ; mais en même temps doux et tranquille { l'âme, se remplit d'une céleste vivacité qui ne sera plu? d'elle-même, mais de Dieu.

Voyez ce cheval ardent et impétueux, pendant que son écuyer le conduit et le dompte; que de mouvements irréguliers 1 C^est un effet de son ardeur; et son ardeur vient

1. Il le veut taUler. Grammwre : Constraclion. — 2. Qai se rapporte à force non à âme. La phrase est négligée. -— 3. Bénins Lex — 4. Psa/m., XLV, 5.

MÉDITATIONS SUR l'ÉVANGILE 529

de sa force, mais d'une force mal réglée. Il se compose S il devient plus obéissant sous Téperon, sous le frein, sous la main qui le manie à droite et à gauche, le pousse, le retient comme elle vaut. A la fin, il e^st dompté ; il ne fait que ce qu'on lui demande : il sait aller au pas, il sait courir, non plus avec cette activité qui Tépuisait, par laquelle son obéissance était encore désobéissante. Son ardeur s'est changée en force ; ou plutôt, puisque cette force était en quelque façon dans cette ardeur, elle s'est réglée. Remarquez: elle n'est pas détruite, elle se règle; il ne faut plus d'éperon, presque plus de bride, car la bride ne fait plus l'effet de dompter l'animal fougueux : par un petit mouvement, qui n'o^t que l'indication de la volonté de l'écuyer, elle l'avertit pfiitôt qu'elle ne le force ; et le paisible animal ne fait plus, pour ainsi dire, qu'écouter. Son action est tellement unie à celle de celui qui le mène, qu'il ne s'en fait plus qu'une seule et même action.

Ame chrétienne, écoute l'Époux qui te dit : Je Vai comparée à une belle cavale ^, et entièrement domptée. Et s'il faut t'atteler à un chariot, te faire agir en concours avec d'autres âmes également soumises, ce ne sera pas de ces chariots mal assortis, où l'un tire, et l'autre demeure sans action, ce qui épuise et accable ceux qui sont de bonne volonté, et se donnent de bonne foi à l'ouvrage. Sous le fouet du conducteur, ou, pour mieux dire, non tant sous le fouet que sous sa voix et avec la légère indication d'un coup bénin, qui avertit, qui réveille quelquefois, les deux chevaux sont unis, parce qu'ils sont tous deux également soumis à la sage main qui les mène. Ame chrétienne, agis ainsi; et change ton ardeur, ton activité, en gravité, en douceur, en règle. Noble animal fait pour être conduit de Dieu, et le porter, pour ainsi dire, c'est là ton courage ^, c'est là ta noblesse.

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