‹ Œuvres choissiesChapitre 14 sur 232 · RÉFUTATION DU CATÉCHISME DE PAUL FERRI · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DU CATÉCHISME DE PAUL FERRI

reçu en son Paradis des chrétiens qui le servaient comme, nous ? Vous auriez la consolation d'être en la société, d'une Église à laquelle on ne peut reprocher qu'elle soit' nouvellement établie, à laquelle, quoi qu'on puisse dire, \ du moins n'oserait-on dénier que depuis le temps des Apôtres jusqu'à nos jours elle n'ait confessé sans interruption, et la Trinité adorable, et le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et la Rédemption par son sang, et les mystères de son Évangile, et les fondements du christianisme. Votre nouveauté s'égalera-t-elle à cette antiquité vénérable, à cette constance de tant de siècles et à cette majesté de l'Eglise? Qui etes-vous, et d'où venez-vous? A qui avez-vous succédé, et où était l'Église de Dieu, lorsque vous êtes tout d'un coup parus dans le monde * ? Et ne recourez plus désormais à ce vain asile d'Église invisible ^ réfuté par votre ministre; mais recherchez les antiquités chrétiennes, lisez les historiens et les saints docteurs; montrez-nous que, depuis l'origine du christianisme, aucune Église vraiment chrétienne se soit établie en se séparant de toutes les autres. Si jamais les orthodoxes ne l'ont pratiqué, si tous les hérétiques l'ont fait, si vous êtes venus par la même voie, regardez à qui vous êtes semblables, et craignez la peine de ceux dont vous imitez les mauvais exemples. Vous vous plaigniez de nos abus et de nos désordres ; êtes-vous si étrangement aveuglés que vous croyiez qu'il n'y en ait point parmi vous? Toutefois je ne m^arrête point à vous les décrire; car cette dispute serait inutileet je tranche en un mot la difficulté : s'il y a des abus en l'Église, sachez que nous les déplorons tous les jours; mais nous détestons les mauvais desseins de ceux qui les ont voulu réformer par le sacrilège du schisme. C'est là le triomphe de la charité, d'aimer l'unité catholique malgré les troubles, malgré les scandales, malgré les dérèglements de la discipline qui paraissent quelquefois dans l'Église ; et celui-là entend véritablement ce que c'est que la fraternité chrétienne, qui croit qu'il n'y a aucune

i. Bossuet reprendra souvent cet argument dans la controverse avec les Protestants. — 2. Quelques ministres prétendaient qu'avant la Réforme la véritable Eglise était invisible et que c'était cette Eglise invisible que la Réforme avait rendue visible.

2é BOSSUET

raison pour laquelle elle puisse être violée ^ Dieu saura bien, quand il lui plaira, susciter des pasteurs fidèles qui réformeront les mœurs du troupeau, qui rétabliront l'Église en son ancien lustre, qui ne sortiront pas dehors pour la détruire, comme ont fait vos prédécesseurs, mais qui agiront au dedans pour Tédifier. C'est pourquoi nous vous conjurons que vous fassiez enfin pénitence de cette pernicieuse entreprise de nous réformer en nous divisant, et d'avoir ajouté le malheur du schisme à tous les autres maux de l'Eglise. « Et ne vous persuadez pas, ce sont les paroles de saint Cyprien, que vous défendiez l'Évangile du Christ, lorsque vous vous séparez de son troupeau, et de sa paix et de sa concorde, étant plus convenable à de bons soldats de demeurer dans le camp de leur capitaine et, de là, de pourvoir d'un commun avis aux choses qui seront nécessaires. Car, puisque l'unité chrétienne ne doit pas être déchirée ^, et que d'ailleurs il n'est pas possible que nous quittions l'Église pour aller à vous, nous vous prions de tout notre cœur que vous reveniez à l'Église qui est notre mère, et à notre fraternité », afin que les nations infidèles que nos divisions ont scandalisées, soient édifiées par notre concorde ^.

§ III. — Bossuet à Metz. — 2. Les difficultés administratives.

Les difficultés administratives étaient insolubles. L'évêque était un laïque qui n'administrait pas; le sufïragant qui administrait, Bédacier, se vit disputer ses droits par le primicier du chapitre sous prétexte que Tévèque titulaire avait résigné son bénéfice. La querelle fut longue, douloureuse et comique à la fois, et Bossuet, malgré lui, dut y jouer un rôle.

Il avait d'autres préoccupations plus apostoliques. Désolé par la guerre, Metz souffrait de toutes sortes de misères. Bossuet s'emploie avec activité à les soulager : il s'adresse à Vin-

1. Bossuet se servira de cette idée dans sa correspondance avec Leibnitz. — 2. Ce sentiment toucha Paul Ferri, qui se rapprocha d« Bossuet et s'entretint avec lui de vive voix et par lettres des conditions de l'union. En 166»i, ils échangèrent à ce sujet une correspondance, qui prouve que Bossuet, par sa largeur d'esprit, avait gagne la confiance de Paul Ferri (cf. Correspondance de Bossuet^ éd. Urbain. Lévêque, tl, p. 160 et sec].). — 3. Voir le développement de cette idée dans le Panégyrique de saint Bernard,

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