‹ Œuvres choissiesChapitre 148 sur 232 · ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES S · texte numérisé non relu

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES S

il est père du beau et du bon, la source de toute beauté, et le plus parfait de tous les êtres. Et s'il y a de la force dans ces corps qu'ils ont adorés, combien doit être plus puissant celui qui les a laits? Car, par la grandeur et la beauté de la créature, on pouvail voir et connaître intelligiblement le Créateur. Mais encore ceux-là sont-ils les plus excusables, puisqu ils se sont égarés peut-être en cherchant Dieu dans ses œuvres, qui les invitaient à s'élever vers leur principe ; quoique en effet ils soient toujours inexcusables, puisque, s'ils pouvaient parvenir à connaître la beauté d'un si grand ouvrage, combien plus facilement en devaient-ils trouver Fauteur? Mais ceux-là sont sans comparaison plus*aveugles et plus malheureux et leur espérance est parmi les morts, qui, trompés par les inventions et l'industrie d'un bel ouvrage, ou par les superbes matières dont on Taura composé, ou par la vive ressemblance de quelques animaux, ou par l'adresse et le curieux travail d'une main antique sur une pierre inutile et insensible, ont adoré les ouvrages de la main des hommes ^ En dressant un bois pesant, reste du feu dont ils ont fait cuire leur nourriture, et le soutenant avec peine par des liens de fer dans une muraille, le peignant d'un rouge qui semblait lui donner un air de vie, à la fin vient à Tadorer, à lui demander la vie et la santé qu'il n'a pas, à le consulter sur son mariage et sur ses enfants, et lui fait de riches offrandes ; ou, porté sur un bois fragile dans une périlleuse navigation, il invoque un bois plus fragile encore 2. Un père affligé fait une image d'un fils qui lui a été trop tôt ravi, et, pour se consoler de cette perte, il lui fait offrir des sacrifices comme à un dieu. Toute une famille entrait dans cette flatterie. Les rois de la terre faisaient adorer leurs statues; et n'osant se procurer ce culte à eux-mêmes, à cause de leur mortalité trop manifeste de près, ils croient plus aisément pouvoir passer pour dieux de plus loin. Telle a été l'illusion de la vie humaine : emportés par leurs passions et leur amour pour leurs rois, les hommes en ont adoré les statues, et ont donné au bois et à la pierre le nom « incommuni-

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