BOSSUET POÈTE
Que me présentez-vous, fortune de la terre ?
Rien que Téclat d'un verre, Une glace luisante et qui fond dans les mains,
Ou des fantômes vains ^
Que me présentez-vous ? une creuse figure,
Pour Tobjet la peinture :
D'un nuage léger les changeantes couleurs,
Les ris tournés en pleurs.
Que vois-je ? autour de moi tout le monde s'empresse,
Et chacun s'intéresse A me jeter du port dans le milieu des flots
Pour m'ôter mon-1'epos.
Je m'impose à moi-même, et si Dieu ne la guide,
Mon âme toujours vide Court d'erreur en erreur, et croit se convertir
Par un vain repentir.
L'aveugle cœur humain qui veut se reconnaître
Trouve un plus cruel maître ; L'avarice, l'orgueil, la colère, l'amour,
Y régnent tour à tour.
Son désir vagabond va d'idole en idole,
Il se prend et s'envole D'un lacet dans un autre, et malgré la raison
Toujours dans la prison.
Jusqu'à tant qu'à Jésus la vérité nous livre
Et par là nous délivre.
Dans nos esprits déçus, le mal n'est que caché.
Et s'accroît le péché.
Jésus change les cœtirs par la secrète atteinte
D'une volupté sainte Et de ma volonté d'un délicat effort
Fait mouvoir le ressort.
■ . :l 1. Voici la même image rendue par un vrai poète : « Toute votre félicité I Sujette à l'instabilité | En moins de rien tombe par terre | Et' comme elle a léclat du verre | Elle en a la frairilité. >» Corneille, Po^ lyeucle, IV, L : ;
5Si BOSSUET
Je ne vous suivrai plus, fugitives images,
Du bien ombres volages ; Des hommes éveillés songes capricieux,
Fuyez loin de mes yeux.
Possédez seul, Seigneur, un cœur qui ne respire
Qu*à vivre en votre empire.
Heureux qui se soumet et s'abandonne à vous
Dont le joug est si doux.
Je ne demande point de ces vives lumières
Pour mes faibles paupières :
Je m'abaisse, et ce cœur qiie-Vous daignez calmer.
Ne veut que vous aimer.
LEUCHARISTIB
Où suis-je ? par Teffet d'un sublime mystère,
Sur un nouveau calvaire Je vois mourir Jésus, et de son corps sacré
Son sang est séparé.
Impassible, immortel, sa puissante parole
Encore un coup l'immole ; Il souflre tous les jours par un divin transport
Une mystique mort...
Cédez, cédez, mes sens : fuyez, troupe infidèle,
A Tesprit si rebelle ; Ce n'est plus aujourd'hui ces témoins que je croi.
Je ne vis que de foi...
Comme il veut, à nos yeux il se montre ou se couvre,
Il les ferme, il les ouvre ; Il passe ; et promptement au milieu disparu,
Il cesse d'être vu.
Il visite inconnu la triste Madeleine,
Sans soulager sa peine ; Puis touché de ses pleurs, il apparaît soudain
Dans le sacré jardin»