‹ Œuvres choissiesChapitre 169 sur 232 · Entendent ; Lex · texte numérisé non relu

Entendent ; Lex

deur des femmes à son humeur satirique, et qu'il fasse de belles peintures d'actions bien souvent très laides, il est content^. Un autre croira fort beau de mépriser l'homme dans ses vanités et dans ses airs ; il plaidera contre lui la cause des bêtes % et attaquera en forme jusqu'à la raison sans songer qu'il déprise l'image de Dieu, dont les restes sont encore si vivement empreints dans notre chute, et qui sont si heureusement renouvelés par notre régénération. Ces grandes vérités ne lui sont de rien 3; au contraire, il les cache de dessein formé* à ses lecteurs parce qu'elles rompraient le cours de ses fausses et dangereuses plaisanteries, tant on s'éloigne de la vérité, quand on cultive les arts à qui la coutume et Terreur ne donnent, dans la pratique, d'autre objet que le plaisir.

Un philosophe blâme ces arts, et les bannit de sa république avec des couronnes sur la tête et une branche de laurier à la main. Mais ce philosophe est-il lui-même plus sérieux lui qui, ayant connu Dieu, ne le connaît pas pour Dieu ; qui n'ose annoncer au peuple la plus importante des vérités ; qui adore avec lui des idoles et sacrifie la vérité à la coutume. Il en est de même des autres, qui, enflés de leur vaine philosophie, parce qu'ils seront ou physiciens, ou géomètres, ou astronomes, croiront exceller en tout, et soumettront à leur jugement les oracles que Dieu envoie au monde pour le redresser : la simplicité de l'Écriture causera un dégoût extrêi»e à leur esprit préoccupé^; et, autant qu'ils sembleront s'approcher de Dieu par l'intelligence, autant s'en éloigneront-ils par leur orgueil : Quantum propinquaverunl inîelligenliâ, îanlùm superbiâ recesserunlj dit saint Augustin^. Voilà ce que fait dans l'homme la philosophie, quand elle n'est pas soumise à la sagesse de Dieu ; elle n'engendre que des superbes et des incrédules.

1. C'est Boileau. Bossuet se laisse entraîner par son éloquence; on sail d'ailleurs qu'il estimait et aimait Boileau.— 2. Montaigne. — 3. De nen. Grammaire; Préposition. — ^. De dessein /"orme, consciemment et aprèo réflexion. — 5. Préoccupé. Lex. — 6. Aug., Serm., CXLI.

Chap. XIX

DE LA GLOIRE : MERVEILLEUSE MANIÈRE DONT DIEU PUNIT l'orgueil, EN LUI DONNANT CE QU'iL DEMANDE

Mon Dieu, que vous punissez d'une merveilleuse manière l'orgueil des hommes ! La gloire est le souverain bien qu'ils se proposent; et vous, Seigneur, comment les punissez-vous? en leur ôtant cette gloire dont ils sont avides ? quelquefois ; car vous êtes le maître, et vous la donnez ou l'ôtez comme il vous plaît, selon que vous tournez l'esprit des hommes. Mais pour montrer combien elle est non seulement wddj^^ mais encore trompeuse et malheureuse, vous la donnée très souvent à ceux qui la demandent, et vous en faites leur supplice.

Que désirait ce grand conquérant ^ qui renversa le trône le plus auguste de TAsie et de tout le monde, sinon de faire parler de lui, c'est-à-dire d'avoir une grande gloire parmi les hommes ? « Que de peine, disait-il, il se faut donner, pour faire parler les Athéniens ! » Lui-même, il reconnaissait la vanité de la gloire qu'il cherchait avec tant d'ardeur; mais il y était entraîné par une espèce de manie dont il n'était pas le maître. Et que fait Dieu pour le punir, sinon de le livrer à l'illusion de son cœur, et de lui donner cette gloire dont la soif le tourmentait, avec encore plus d'abondance qu'il n'en pouvait imaginer? Ce ne sont pas seulement les Athéniens qui parlent de lui ; tout le monde est entré dans sa passion, et l'univers étonné lui a donné plus de gloire qu'il n'en avait osé espérer. Son nom est grand ètf Orient comme en Occident, et les Barbares l'ont admiré comme les Grecs. Loin de refuser la gloire à son ambition, Dieu l'en a comblé, il l'en a rassasié, pour ainsi parler, jusqu'à la gorge; il l'en a enivré ; et il en a bu plus que sa tête n'était capable d'en porter. 0 Dieu, quel bien est celui que vous prodiguez aux hommes que vous avez livrés à eux-mêmes et que vous avez repoussés de votre royaume !

Et pour la gloire du bel-esprit, qui peut espérer d*en

1. Alexandre. Cf. Sermon pour Mlle de la Vallière p. 370 où la même Idée est développée et Oraison funèbre de Condèt p. 510.

j CaLVET. -r- BOSSUET. ^g

avoir autant, et durant sa vie, et après sa mort, qu'un Homère, qu'un Théocrite, qu'un Anacréon, qu'un Cicéron, qu'un Horace, qu'un Virgile? On leur a rendu des honneurs extraordinaires pendant qu'ils étaient au monde, et la postérité en a fait ses modèles et presque ses idoles. La folie de les louer a été poussée jusqu'à leur dresser des temples : ceux qui n'ont pas été jusque-là, n'ont pas laissé de les adorer à leur mode, comme des esprits divins et au-dessus de l'humanité. Et qu'avez-vous prononcé dans votre Évangile de cette gloire qu'ils ont reçue et reçoivent continuellem^^nt dans la bouche de tous les hommes? « Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense *. »

0 vérité, ô justice, et sagesse éternelle, qui pesez tout dans votre balance, et donnez le prix à tout le bien, pour petit qu'il soit, vous avez préparé une récompense convenable à cette telle quelle industrie qui paraît dans les écrits de ceux qu'on nomme les grands auteurs ! Vous les avez récompensés et punis tout ensemble : vous les avez repus de vent renflés par la gloire, vous les en avez, pour ainsi dire, crevés. Combien ces grands auteurs ont-ils donné la gêne à leur esprit, pour arranger leurs paroles et composer leurs poèmes! Celui-là, étonné lui-même du long et furieux ^ travail de son Enéide, dont tout le but, après tout, était de flatter le peuple régnant et la famille régnante, avoue, dans une lettre, qu'il s'est engagé dans cet ouvrage par une espèce de manie, « pêne vitio mentis^». Leur conscience leur reprochait qu'ils se donnaient beaucoup de peine pour rien, puisque ce n'était après tout que pour se faire louer.

Que d'étude, que d'application, que de curieuses recherches, que d'exactitude, que de savoir, que de philosophie, que d'esprit faut-il sacrifier à cette vanité ! Dieu la condamne, et à la fois il la contente, pour laisser aux hommes un monument éternel du mépris qu'il a fait de cette gloire si désirée par des gens qui ne 1^^ connaissent pas ; il leur en donne plus qu'ils n'en veulent. Ainsi, dit saint Augustin, ces conquérants, ces héros, ces idoles du monde

1. Mallh.. VI, 2. — 2. Furieux. Lex. — 3. Virgile à Auguste, dans Macrobi {Salurn.t I).

trompé, en un mot ces grands hommes de toutes les sortes, tant renommés dans le genre humain, sont élevés au plus haut degré de réputation où Ton puisse parvenir parmi les hommes ; et vains ils ont reçu une récompense aussi vaine que leurs desseins : Receperunl mercedem suam, vani vanam^,

Chap. XXXII

PB I.A RACÏN^ COMMUNE DE; LA TRIPLE CONCUPISCENCE, QUI EST l'amour de SOI-MÊME : A QUI IL FAUT OPPOSER Ï-E gAINT ETPUïl AMOyR DE DIEU.

... Je me suis levé pendant la nuit a\00 David, « pour voir vos cieux qui sont les ouvrages de vos doigts, la lune et les étoiles que vous avez fondées^». Qu'ai-je vu, ô Seigneur, et quelle admirable image des effets de votre lumière infinie? Le soleil s'avançait, et son approche se faisait connaître par une céleste blancheur qui se répandait de tous côtés ; les étoiles étaient disparues, et la lune s'était levée avec son croissant, d*un argent si beau et si vif que les yeux en étaient charmés. Elle semblait vouloir honorer le soleil, en paraissant claire et illuminée par le côté qu'elle tournait vers lui ; tout le reste était obscur et ténébreux ; et un petit demi-cercle recevait seulement dans cet endroit-là un ravissant éclat, par les rayons cju soleil, comme du père de la lumière. Quand il la voit de côté, elle reçoit une teinte de lumière ; plus il la voit, plus S8i lumière s'accroît. Quand il la voit tout entière, elle est dans son plein ; et plus elle a de lumière plus elle fait honneur à celui d'où elle lui vient. Mais voici un nouvel hommage qu'elle rend à son céleste illuminateur. A mesure qu'il approchait, je la voyais disparaître; le faible croissant diminuait peu à peu; et quand le soleil se fut montré tout entier, sa pâle et débile lumière s'évanouissant, se perdit dans celle du grand astre qui paraissait, dans laquelle elle fut comme absorbée. On voyait bien qu'elle ne pouvait avoir perdu sa lumière par rapproche du soleil qui l'éclairait ; mais un petit astre

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