‹ Œuvres choissiesChapitre 174 sur 232 · CHAPITRE III BOSSUET ET RICHARD SIMON · texte numérisé non relu

CHAPITRE III BOSSUET ET RICHARD SIMON

Bossuet et la Bible. — Jusqu'en 1670, Bossuet avait cherché dans la Bible un aliment pour sa piété et pour la prédication. Laissant de côté les difficultés qui n'intéressent pas la doctrine, il allait droit aux idées essentielles, il en nourrissait sa pensée et son style. On peut remarquer dans ses Sermons et dans ses Oraisons funèbres jusqu'à quel point il avait pénétré la Bible : les expressions de l'Éoriture se mêlent aux siennes, sans faire disparate, et l'auditeur devait avoir de la peine à les distinguer.

Après 1670, Bossuet vient à des points de vue plus scientifiques. D'ailleurs, les difficultés soulevées par Spinoza contre l'authenticité des Livres saints l'obligent à renouveler son exégèse. Il constitue alors ce qu'on a appelé le petit Concile^ une réunion de savants où se rencontrent Mabillon, Fénelon, Fleury, Renaudot, Nicolas Thoynard. Aidé par eux, Bossuet apprend l'hébreu, compare les versions ,ile la Bible et s'attache maintenant à élucider îes endroits 'difficiles. Mais, il sait que la Bible n'est pas un livre ordinaire et il ne consentirait pas à appliquer à un texte inspiré les méthodes de critique qu'il applique aux ouvrages profanes : il faut interpréter la Bible, d'accord avec la tradition de l'Église et l'enseignement des Pères.

Bossuet et Richard Simon. — C'est ce qui explique refi"roi de Bossuet quand il apprit qu'un oratorien, Richard Simon, faisait imprimer un livre où ce principe était méconnu. Ce livre était VHistoire critique du Vieux Testament. Laissons Bossuet raconter lui-même les événements:

« Ce livre allait paraître dans quatre jours, avec toutes les marques de l'approbation et de l'autorité publique. J'en fus

5Ôé BeSSUET

averti très à propos, par un homme bien instruit, et qui savait pour le moins aussi bien les langues que notre auteur. Il m'envoya un index et ensuite une préface, qui me firent connaître que ce livre était un amas d'impiétés et un rempart du libertinage. Je portai le tout à M. le Chancelier, le propre jour du jeudi saint. Ce ministre en même temps envoya ordre à M. de la Reynie de saisir tous les exemplaires. Les docteurs avaient passé tout ce qu'on avait voulu, et ils disaient pour excuse que l'auteur n'avait pas suivi leurs corrections. Quoi qu'il en soit, tout y était plein de principes et de conclusions pernicieux à la foi. On examina si l'on pouvait remédier à un si grand mal par des cartons ; car il féut toujours tenter les voies les plus douces : mais il n'y eut pas moyen de sauver le livre, dont les mauvaises maximes se trouvèrent répandues partout ; et après un très exact-examen que je fis avec les censeurs, M. de la Reynie eut ordre de brûler tous les exemplaires au nombre de douze ou quinze cents, nonobstant le privilège donné par surprise, et sur le témoignage des docteurs. »

(Bossuet à M. de Malezieu, 19 mai 1702.)

Après avoir confondu Richard Simon par ce coup d'autorité, Bossuet, qui l'estimait, entra en relations avec lui et l'aida à refaire son livre. Mais l'abbé Pirot, le censeur, ayant refusé son visa à la nouvelle rédaction, Richard Simon publia en Hollande un texte identique à l'édition supprimée (1685). En 1689, il publia une Histoire critique du Nouveau Testament conçue sans le même esprit, mais qui ne déplut pas entièrement à Bossuet. En 1693 il publia VHistoire critique des principaux commentateurs du Nouveau Testament qui était une attaque directe contre certaines interprétations traditionnelles de la Bible. Ce que Bossuet pensait de Richard Simon à cette époque, nous le savons par une lettre qu'il écrivait à Nicole.

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