BOSSUET A M. NICOLE
trées, et que néanmoins je désirais fort qu'on remarquât. C'est, Monsieur, sur le triste état de la France, lorsqu'elle était obligée de nourrir et de tolérer sous le nom de Réforme tant de sociniens cachés, tant de gens sans religion, et qui ne songeaient de l'aveu même d'un ministre qu'à renverser le christianisme. Je ne veux point raisonner sur tout ce qui est passé en politique raffiné : j'adore avec vous les desseinsde Dieu,quia voulu révéler par la dispersion de nos protestants ce mystère d'iniquité, et purger la France de ces monstres.
Une dangereuse et liberju?^ critique se fomentait parmi nous: quelques auteurs ca'ttïôliques s en laissaient infecter; et celui qui veut s'imaginer qu'il est le premier critique de nos jours, travaillait sourdement à cet ouvrage. Il a été depuis peu repoussé comme il méritait, mais je ne sais si on ouvrira les yeux à ses artifices. Je sais en combien d'endroits et par quels moyens il trouve delà protection; et sans parler des autres raisons, il est vrai que bien des gens, qui ne voient pas les conséquences, avalent sans y prendre garde le poison qui est caché dans les principes. Pour moi, il ne m'a jamais trompé ; et je n'ai jamais ouvert aucun de ses livres où je n'aie bientôt ressenti un sourd dessein de saper les fondements de la religion : je dis sourd par rapport à ceux qui ne sont pas exercés en ces matières, mais néanmoins assez manifeste à ceux qui ont pris soin de les pénétrer.
Je finis en vous assurant de tout mon cœur de mes très humbles services, et en priant Dieu qu'il vous conserve pour soutenir la cause de son Église, dont vos ouvrages me paraissent un arsenal.
Convaincu de la gravité du danger, Bossuet entreprend un grand ouvrage pour réfuter Richard Simon et les nouveaux critiques, mais l'affaire du Quiétisme l'en détourne pour un temps. Il y revient en 1702. Richard Simon, sollicité par les protestants, avait entrepris une Version du Nouveau Testament qui parut à Trévoux imprimée par les Jésuites. Bossuet fut frappé des nouveautés et des erreurs qu'elle contenait. Il négocia pour obtenir des corrections. Quelques lettres de lui nous feront voir comment il cherchait à ménager l'auteur, sans rien abandonner des « droits et des devoirs de la vérité ».