BOSSUE! A M. DE MALEZIEU, CHANCELIERDE DOMBES
Ce 19 mai 1702.
Permettez-moi, Monsieur, dans la longueur et Timportance du discours que j'ai à vous faire, d'épargner ma main et vos yeux. J'ai achevé mes remarques sur le Nouveau Testament en question. Leur nombre et leur conséquence se trouvent beaucoup plus grands que je ne l'avais pu imaginer : erreurs, affaiblissement des vérités chrétienneSj ou dans leur substance, ou dans leurs preuves, ou dans leurs expressions, en substituant «^es manières propres de parler à celles qui sont connues- et consacrées par l'usage de l'Église, ce qui emporte une sorte d'obscurcissement; avec cela singularités affectées, commentaires, ou pensées humaines et de l'auteur à la place du texte sacré, et autres fautes de cette nature se trouvent de tous côtés. J'espère qu'à force de cartons on pourra purger l'ouvrage de toutes erreurs et autres choses mauvaises, pourvu que l'auteur persiste dans la docilité qu'il a témoignée jusqu'ici, et que l'on revoie les cartons avec le même soin qu'on a fait l'ouvrage. Mais voici un autre inconvénient, c'est que le livre cependant s'est débité. On aura beau le corriger par rapport à Paris, le reste du monde n'en saura rien ; et Terreur aura son cours et demeurera autorisée.
Vous voyez bien. Monsieur, que pour parer ce coup on ne peut se dispenser de relever lescorrections ; et si j'avais à le faire je vous puis bien assurer sans présumer de moimême, qu'en me donnant lerloisir d'appuyer un peu mes remarques, je ne laisserais aucune réplique. Mais l'esprit de douceur et de charité m'inspire une autre pensée: c'est qu'il faudrait que l'auteur s'exécutât lui-même ; ce qui lui ferait dans l'Église beaucoup d honneur, et rendrait son ouvrage plus recommandable, quand on verrait par quel examen il aurait passé. Il n'y va rien de l'autorité du prince ni du privilège : on sait assez que tout roule ici sur la foi des docteurs, à qui, s'il paraît un peu rude de faire paraître leurs inadvertances, il serait beaucoup plus fâcheux de se voir chargés des reproches de tout le public. Ainsi il vaut mieux qu'on se corrige soi-même volontairement.