‹ Œuvres choissiesChapitre 212 sur 232 · EMPLOI DES MODES · texte numérisé non relu

EMPLOI DES MODES

Indicatif. — !• Bossuet emploie l'indicatif dans les propositions subordonnées complétives où on mettra plus tard le subjonctif. « Dieu permettra que vous vous laisserez émouvoir. y>(Ambition.) Cf. « Il se peut faire que mon ouvrage ne vivra pas longtemps. »> (La Fontaine.) Vaugelas trouve que cette construction est une faute.

2® Il emploie l'indicatif après le seul qui, le premier qui, le plus que. « C'est presque le seul désordre qui nous est rapporté dans noire Evanfçile. » {Impénit. Finale.) Cf. « Je crois que c'est le seul de sa famille qui a l'âme tendre. » (Racine, Lett.). Aujourd'hui, après ces locutions on met l'indicatif si on énonce un fait, le subjonctif si on énonce un jugement qui peut être discuté : Bossuet n'a pas l'idée de cette distinction.

3° Contrairement aux décisions de Vaugelas et de Ménage, Bossue*.

emploie comme et l'indicatif à la place d'une proposition participe. « Comme il eut aperça (ayant aperçu) que le plaisir de dogmatiser était le charme qui possédait les esprits. » (Reine d'Anglel.).

4" Conformément à l'usage du seizième siècle Bossuet emploie volontiers l'indicatif après encore que, quoique^ bien que, sans que^ jusqu'à et tjueieic.), « Encore qu'à vrai dire cet avantage nous doit être peu con sidérable. » (Honneur.) « Jusqu'à ce que le prince calma... » (Condé.) Cf, * La mienne, quoique aux yeux elle n'est pas si forte. » (Molièrb! Ecole des Fem., IV, 9).

5° Suivant un usage latin, Bossuet emploie Vindicatif pour le conditvonnet. « Jamais je ne me devais laisser surprendre. » [Vie cachée.) t La bonté devait être le fond. » (Condé.) (Cf. en latin potui^faumis pa.)

Subjonctif. —1* Bossuet emploie le subjonctif dans des propositions subordonnées complétives où on mettra plus tard Vindicatif. « Où a-ton pris que la peine et la récompense hfe soient que pour les jugements humains ? » (Clèves.)

»° Il emploie le subjonctif là où on mettra plus lard le t^ndiffonhel. «c II nous représente deux villes dont l'une ne soit composée que de riches, l'autre n'ait que des pauvres. » (Dign. des Pauvres,) Cf. Je pensais que ma nièce vint seule. » (Sévioné.)

3« Il emploie le îsubjonctif précédé de que à la place de la proposition infinitive. « Nous supplions votre Majesté qu'elle ne se lasse jamais. » fDev. des Rois.)

4«> Il emploie, le subjonctif dans la proposition relative commençant jpar qui à laquelle il donne le sens latin, k Je ne suis pas ici un historien qui doive vous développer le secret. « {Reine d'Anglet.). (Ci*, ett latin qui debeai ; is qui debeal.)

ConditionneL — Bossuet emploie quelquefois le conditionnel à la place du subjonctif. « Il pourrait isembler que ce sisraii le plus authentique. » (Variât.) Cf. « Il se pourrait fort bien que yirais vous voir. » (Racine, Lett.).

Infinitif. — !• Bossuet fait précéder l'infinitif sujet de la préposition de. « D'aller faire le neutre et l'indifférent, ce serait faire au lecteur une illusion grossière. » (Variât.) Cet emploi est constant au dix-septième» siècle. Cf. tt D'attester ce qu'on ne croit pas est un crime horrible. (Racine, (Histoire de Port-Royal).

2» Très souvent chez Bossuet on trouve l'infinitif précédé de après, pour, de, sans, jusqu'à, loin de (etc.), o* ne se rapportant nï au sujet ni au complément. D'après lusage actuel cet infinitif n'est accepté que s'il se rapporte à un mot sous-entendu facile à suppléer. * C'est cette dureté qui fait les voleurs sans dérober, « (Impénit. Finale.) ^ Il se donne à eux pour en faire ce qu'ils veulent. » (Passion.) Cf. « Est-ce pour obéif pour qu'il obéisse) qu'elle l'a couronné ? » (Racine, Brz7ann/cus)

3° Bossuet emploie l'infinitif précédé de à là où nous mettons de pré* férence un mode personnel avec quand ou si. « A rechercher de près leé parties, on y voit de toutes sortes de tissus. »> {Connaiss. de Dieu.)

4» Après le» verbes faire, laiisser, sentir (elc), suivis d'un verbe réfléchi à l'infinitif, Bossuet supprime le pronom réfléchi. « Feu bien différent de celui que David sentait allumer (s'allumer) dans la méditation. »

(Marie-Thérèse.) Cf. « La peur ne me fera ni taire ni dédire (me dédire.)» (Racine. Bérénice, IV, 5).

5* Au seizième siècle l'infinitif joue plus fréquemment qu'aujourd'hui le rôle d'un véritable nom, ce qui dst conforme à sa nature; il reçoit des déterminations, il est sujet, attribut, complément. Montaigne écrit : (t Le n'avoir point de mal, c'est le plus heureux bien estre que l'homme puisse espérer, m {Essais^ II, 12.) Conformément à cet usage, Bossuet écrit avec l'article : « Un théâtre oh l'on monte pour disputer le prix da bien dire » ( Parole de Dieu.) « Il faut ôter le trop qui se trouve souvent dans les bons, le trop agir. » (Méditations,)

Remarque. — Voir le chapitre de la Construction pour certains emplois spéciaux de l'infinitif.

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