LE PARTICIPE
Proposition participe.— Souvent chez Bossuet la proposition participe n'est rattachée à la proposition principale que d'une manière vague que nous jugerions aujourd'hui insuffisante — souvent même la proposition participe est complètement indépendante et équivaut à l'ablatif absolu latin. « Résolu malgré sa colère à la fin de sauver tous les hommes, sa bonté reluit toujours parmi ses vengeances. « {Elevât.). « Ne pouvant pas y avoir grande différence entre la boue et la boue. » {Saint Paul.) « N'y ayant rien de plus libre qu'un homme qui sait vivre de peu. » {Hist. Univ.). Cf. « Hait ans déjà passés^ une impie étrangère || Du sceptre de David usurpe tous les droits. » (Racine, Athalie, l, 1.) Bossuet use de cette construction très souvent avec le participe présent précédé de en. « Le crime devient permis en le cachant, « (Variât.),
Participe présent. — 1" Comme les écrivains de son temps, Bossuet confond souvent le participe présent et l'adjectif verbal. « La misère p/eura/i^e et gémissante à leur porte. » {Impénit Finale) ; 2» Pour le participe présent proprement dit, il le faitvarier jusqu'en 1656. Il a deux désinences une en ant pour le singulier masculin et féminin, l'autre en ans pour le pluriel des deux genres, ir Ces vérités élans supposées. » {Pâques 1654). 3» A partir de 1656 — quatre ans avant que la règle du participe invariable fût proclamée par Arnauld, Bossuet commence à faire le participe présent invariable.
Toutefois il conserve encore beaucoup de pluriels en ans ; il s'interdit presque toujours cette forme pour les participes des verbes avoir et être, des verbes transitifs et des veines réfléchis; il la conserve volontiers pour les participes des verbes intransitifs. « a Toujours avançants vers votre fin. » (Madame). « Des rivières coulantes de lait et de miel. » {Conception . )
Comme Bossuet, Corneille a fait varier le participe présent jusqu'en 1660 ; il l'a rendu invariable entité. La Fontaine, Mme de Sévigné et Racine ont conservé plus longtemps l'accord du participe présent, même des verbes transitifs et réfléchis. Ainsi en 1679 La Fontaine écrit : « Tant d'èlres empruntants la voix de la nature » et Racine écrit en 1694 : ^ Les morts se ranimants à la voix d'Elisée. »
3* Bossuet emploie le participe présent avec le verbe aller pour indi
quer le progrès d'une action, u Elle allait s'affaiblissanl peu è peu. » {Hist. Univ.). Cf. « Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant. « (La Fontaine).
Participe passé. — Il est impossible ici de donner des règles. Tantôt Bossuet fait accorder le participe passé, tantôt il le fait invariable. Ainsi il écrit : « Je ne puis contempler sans admiration ces merveilleuses découvertes qu'a fait la science... ni tant de belles inventions que l'art a trouvées. » [Mort.) Lebarq déclare que Bossuet suivait les mêmes règles que nous et que tous les faits qui paraissent contredire cette affirmation sont des négligences orthographiques. On peut cependant établir les observations suivantes : 1<» Dès le début de sa carrière, Bossuet observe la règle déjà acceptée de tous qui demande que le participe pas.sé conjugué avec avoir s'accorde avec le complément quand il en est précédé et reste invariable quand il en est suivi : 2° Quelques cas où le participe passé précédé de so^ complément reste invariable peuvent être expliqués par des négligences orthographiques ; 3» Mais, c'est en vertu d'un usage antérieur qui s'explique logiquement, que Bossuet fait accorder parfois le participe avec le complément qui suit : « Vous qui avez si puissamment unis leurs intérêts à ceux de votre Fils. » {Toussaint) ; 4« Parfois, par une anomalie inexplicable, Bossuet fait accorder le participe conjugué avec avoir avec le sujet. « Quelle famille s'est contentée des titres qu'elle avait reçue de ses ancêtres ? >» {Néces. de la vie.)
Participe passé du verbe FAIRE. — Le participe fait reste inva fiable chez Bossuet lorsqu'il est suivi d'un adjectif ou qu'il forme locution avec un nom. « Combien de fois a-t-elle en ce lieu remercié Dieu humblement de deux grandes grâces, l'une de l'avoir fait chrétienne^ l'autre, de l'avoir fait reine malheureuse. » (Reine d'Anglet,).
Participe passé suivi d'un infinitif. — Chez Bossuet, le participe passé suivi d'un infinitif reste invariable dans des cas où plus tard il prendra l'accord, a Les sujets ont cessé d'en révérer les maximes quand ils les ont vu céder aux passions. » {Reine d'Anglet,).
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